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Interceptions électronique : Big Brother toujours en vedette
Écoutes, fichage, surveillance

A moment où commence le débat sur "Lopsi" (la nouvelle loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) un tour d'horizon sur l'actualité des écoutes et interceptions de télécommunications dans nos sociétés de contrôle.

On n'a pas fini de parler de Big Brother et des écoutes des citoyens. Pour compléter les publications de ce site sur le sujet, un petit tour de l'actualité des interceptions électroniques.

Par 143 voix contre 138, et malgré de nombreuses protestations, la Suède a adopté une loi qui permettra à l'Agence Militaire Suédoise FRA (une organisation civile, en dépit de son nom) d'intercepter courriels et communications téléphoniques entrant et sortant du pays comme elle surveille déjà actuellement les télécommunications par ondes radio terrestres.

Les missions de la FRA sont l'interception et l'analyse de signaux (SIGINT ), l'identification de menaces extérieures, la sécurité des système d'information gouvernementaux, l'aide à l'armée suédoise en guerre de l'information et la cryptanalyse, ce qui en fait peu ou prou un équivalent scandinave de la fameuse NSA.

Premier problème : qu'est-ce qu'une communication qui "entre " ou qui "sort" d'un pays ? Pour le savoir, la FRA va devoir dans un premier temps intercepter toutes les communications téléphoniques, pour trier ensuite. Quant aux communications qui passent par Internet, VOIP ou courriels, et qui passent fournisseur d'accès étranger comment savoir lesquels ont "passé la frontière" ? En dépit du but officiel de la loi - lutter contre le terrorisme et protéger la sécurité des Suédois - c'est pour le moins douteux.

Quant au contrôle de légalité, il sera exercé par une commission parlementaire a posteriori, et, curieusement par une agence dite indépendante qui déterminera quels mots clefs la FRA devra employer.

Car, on l'a bien compris, le nouveau système suédois fonctionnera sur un modèle "à l'américaine" de type Echelon hérité de la guerre froide : le dispositif d'interception obéit au principe de la nasse : il intercepte tout ce qu'il peut quand "cela" passe par les frontières (au lieu d'écouter des gens précis par des numéros précis comme dans le cadre des écoutes judiciaires), il ramasse une énorme quantité de texte oral ou écrit, puis il trie pour identifier des éléments intéressants. Ce qui suppose de bons logiciels sémantiques, si possible en plusieurs langues, capables non seulement d'identifier certains mots (en dépit de variations d'orthographe ou de prononciation), mais aussi de les contextualiser pour ne signaler que ceux qui méritent une alerte. C'est une méthode qui n'a permis à la NSA ni d'anticiper le && septembre, ni de retrouver ben Laden, ni d'être vraiment très efficace contre le terrorisme en dépit d'un budget que certains estiment à 12 voire 16 milliards de dollars.



Au même moment, on apprend que le pays d'Europe qui pratiquait le plus les écoutes téléphoniques, l'Italie, semble prendre une direction inverse en votant une loi qui en restreindrait les possibilités de façon drastique en les limitant aux affaires de crime organisé et de terrorisme. De fait, l'Italie qui autorisait environ cent mille écoutes par an (cinq fois plus que la France) et qui y consacrait le tiers de son budget de la Justice était en passe de battre tous les records.

Encore faut-il comparer ce qui est comparable. En Italie, la loi toucherait les écoutes judiciaires, celles qu'ordonnent les juges pour mettre une personne précise sous surveillance dans le cadre d'une instruction. Celles-ci ont été très largement employées par les magistrats transalpins, y compris contre Berlusconi lui-même dans des affaires de pots-devin et de corruption.
. Du reste, il n'est pas très difficile de trouver dans la presse italienne des transcriptions d'écoutes de Berlusconi ou d'autres hauts personnages.
De là à soupçonner que le Cavaliere veut désormais se mettre à l'abri, lui et ses amis corrompus, de futures enquêtes, il n'y a qu'un pas que franchissent l'opposition et divers syndicats de magistrats. Résultat paradoxal : en Italie, c'est la gauche qui défend bec et ongles le maintien des écoutes téléphoniques.

Ajoutons qu'il n'y avait pas que les magistrats qui profitaient des écoutes téléphoniques. On pouvait trouver sur You Tube des conversations entre Berlusconi et des responsables de la RAI et, plusieurs scandales avaient révélé que des officines avaient accès depuis une dizaine d'années à des milliers d'écoutes téléphoniques.

Continuons notre tour d'Europe. En Allemagne, une nouvelle loi contre le terrorisme permettra d'installer des caméras au domicile des suspects, de faire des "perquisitions numériques" dans leurs ordinateurs à distance grâce à des "chevaux de Troie".

En Hollande, le NSO, se développe, lui aussi visiblement sur le modèle de la NSA américaine, pour compléter par son travail d'interception de signaux celui des services de renseignement hollandais, le MIVD et l'AVD.

En France, depuis environ un an, l'Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste possède à Levallois-Perret une plate-forme d'interception des données de connexion. Ce dispositif ne permet pas de faire des écoutes illégales ou des écoutes de contenu plus performantes, mais il répond à un problème auquel se heurtaient souvent les enquêteurs dans le cadre d'écoutes administratives : la difficulté de réunir des informations sur les différents moyens de communication du suspect (fixe, GSM, utlisation de SMS, d'ordinateur éventuellement sur Wifi, etc) sans compter la possibilité de géolocalisation déjà évoquée sur ce site. Désormais, si la demande est acceptée par un commission, ce qui se fait très vite, les enquêteurs connaîtront les adresses téléphoniques, les points de connexion Internet, les fournisseurs d'accès, les abonnements liés aux numéros repérés, les sites consultés, les correspondants par téléphone, Sms ou courriel, la géolocalisation du portable... Bref toutes sortes d'information qui, il faut insister sur ce point, ont été réunies dans des mémoires d'ordinateurs sans encore écouter le contenu de moindre conversation ou lire le moindre e-mail - permettent déjà de cerner les activités et les réseaux personnels d'un individu. À partir de là pourrait commencer une vraie demande d'interception administrative ou, plus tard, judiciaire si une instruction est ouverte.

Quant à la future loi dite Lopsi ( loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) qui sera présentée au Parlement cet automne, elle prévoit de nouvelles formes de "captations" informatiques et sonores, éventuellement par logiciels espions. Comprenez que les enquêteurs pourront introduire à distance des chevaux de Troie ou autres dispositifs informatiques permettant "sans le consentement des intéressés, d'accéder à des données informatiques, de les observer, les collecter, les enregistrer, les conserver et les transmettre, telles qu'elles s'affichent pour l'utilisateur ou telles qu'il les y introduit par saisie de caractère"

Et les USA que l'on attendait à ce chapitre ? Un des sujets qui marque la campagne électorale ces derniers jours est l'affaire de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act). Elle remonte aux "écoutes sans mandats" pratiquées par l'administration Bush contre des personnes soupçonnées d'être liées à des activités de terrorisme et révélées en 2005 Dans la nouvelle mouture de la loi, les compagnies de téléphone seraient blanchies pour leur participation passée ou future à des opérations d'écoutes par des agences fédérales, mais sans le mandat de la Foreign Intelligence Survelliance Court, comme elles auraient du le faire légalement Du coup, les particuliers qui comptaient traîner devant les tribunaux ces compagnies qu'il soupçonnaient d'avoir prêté la main à leur surveillance illégale se trouvent désarmés. Cette sorte d'amnistie les mettrait à l'abri d'importantes demandes financières, même si elles ont participé à des milliers d'écoutes, pourvu qu'elles se soient contentées d'assurances vagues de l'administration Bush.

La loi a déjà été adoptée par la Chambre des Représentants, mais pas par le Sénat. L'aile gauche du parti démocrate et les activistes "anti Big Brother" voudraient mener une obstruction complète à cette révision - après tout les démocrates sont majoritaires dans l'Assemblée - mais ne parviennent pas à obtenir du candidat Obama plus qu'une vague condamnation de principe du projet.








































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