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Transmission et communication : la médiologie
Comment se débarrasser d’un homard ?
Comment gouverner avec un homard ? L’affaire de Rugy le montre coincé entre deux crustacés. Il y a d’abord celui, grillé, coloré, superbe et appétissant qui apparaît à sa table sur un photo prise sur smartphone lors des agapes du palais Lafay. Et puis il y a le homard symbolique qu’évoquent les foules goguenardes en scandant « on veut du homard ». Entre les deux, toutes les plaisanteries ont couru sur les réseaux sociaux : il s’est fait pincer, rouge comme un homard, homard l’a tuer, c’est Thermidor....
Sans juger sur le fond -c’est-à-dire quelles dépenses étaient somptuaires, excessives, faites à usage privé- reste que l’affaire de Rugy aura révélé deux sortes de mécanismes.

Les uns sont d’ordre symbolique : le homard, non seulement est la marque du repas de luxe, mais sa rougeur agresse les yeux. S’il est accompagné d’une bouteille de Bordeaux à 5 ou 600 €, chacun comprend qu’il ne pourra jamais se payer de pareilles agapes pas plus qu’il n’aurait pu s’offrir un costume de Fillon. En outre, toutes sortes d’expression populaires - se remplir la panse, s’en foutre jusque là, se goberger avec les copains - viennent facilement à l’esprit. Face à cela, que peut la contre offensive (soit su le ton raisonnable -les ors de la République… il faut bien recevoir les représentants de la société civile..., soit en cherchant le point Godwin - ceux qui critiquent sur le thème « tous pourris » sont les mêmes qui, dans les années trente..., en réalité, c’est à la République qu’ils s’en prennent ?

Un homard ne venant jamais seul, l’affaire du menu en a entraîné bien d’autres : la réfection de l’appartement, le logement social, le sèche cheveu plaqué or, l’usage du chauffeur, l’utilisation des fonds pour payer des cotisations... Nous ne jugeons pas lesquelles sont vraies et condamnables, mais leur simple succession, suivant le principe du feuilleton scandaleux de l’été, suffisait à garantir une chose : d’autres suivraient (soit que Médiapart en ait « sous la pédale », soit que suivent d’autres dénonciations y compris d’ex petits camarades), Et, dans tous les cas, on était certains d’entendre parler de homard jusqu’à la fin du qui quinquenat.

La seconde leçon de cette affaire est d’ordre médiologique : à l’ère du smartphone (qui enregistre votre vie) et des réseaux sociaux qui vérifient vos assertions, les puissants ne sont jamais assis qu’à portée de selfie. La défense dite « com’ de crise » de Rugy fut désastreuse parce qu’elle se prêtait chaque fois à démenti ( je le faisais pour rencontrer la société civile, je suis allergique au homard, je ne bois pas de champagne, j’ai toujours soutenu les mêmes valeurs...
Face aux médias mainstream qui ne furent pas d’une férocité terrible à son égard - coutumes bien françaises, traditions, vérifier, ne pas faire d’antiélitisme, ne pas donner d’armes au RN, les réseaux sociaux fonctionnèrent sur le principe « balance ton homard » pour la bonne et simple raison que l’indignation est le sentiment qui se prête le plus à mobilisation, like, reprise et retweet. Quand tout est enregistré tout peut devenir viral et il n’est guère de pouvoir d’en haut qui tienne face à cela.

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