Le langage est-il politique ?

 

Le vocabulaire a-t-il une identité politique ?

Oui puisque chaque camp tend à imposer ses catégories sémantiques et mentales, à la fois pour exercer un effet de persuasion et pour rassembler les siens autour de représentations partagées. Si quelqu’un vous parle souveraineté, sécurité, pression fiscale, vous n’avez pas de mal à deviner qu’il est plus à droite qu’un autre qui n’a à la bouche que les avancées sociétales et démocratiques menacées par le déclinisme haineux des identitaires.

Le choix des mots lors d’une prise de parole d’un politicien a-t-il plus d’importance aujourd’hui qu’il y a quelques décennies ?

Il y a une quarantaine d’années un orateur de gauche savait combiner forces productives, classes laborieuses et idéaux républicains pour un public à peu près convaincu, comme son adversaire giscardien s’y retrouvait grosso modo entre rationalité économique, projet européen et société de communication. Les choses se sont compliquée en une ou deux générations avec d’une part la quasi disparition de la phraséologie marxiste et, d’autre part, la montée en puissance d’une langue consensuelle technocratique (la langue de coton) – performance, valeurs, mondialisation ouverte, interactivité, croissance verte, vivre ensemble…- dont le flou sert surtout à légitimer le système tel qu’il est. Il faudrait ajouter l’importation du vocabulaire dit politiquement correct ou de la cancel culture des États-Unis comme projet explicite de déconstruire la langue et la pensée dominantes pour imposer un rapport de culpabilité.

Si l’efficacité rhétorique de certains termes reste à prouver, il est certain que l’usage d’expressions comme grand remplacement ou racisme systémique dans un discours politique tendent à déclencher, en particulier sur les réseaux sociaux, un scandale garanti : les tabous existent plus que jamais.

L’évolution de notre langue a-t-elle toujours une impulsion politique ?

 Il ne faut pas tomber dans le ridicule du « tout est politique » (même si tout, d’un vêtement à une expression ou un film peut être interprété politiquement). En revanche la langue a des effets politiques à la fois par ce qu’elle interdit de penser et par les catégories mentales qu’elle impose. Aujourd’hui plus qu’hier ? Peut-être dans la mesure où sur les questions dites sociétales, de genre, de race, idéologico-culturelles etc. des visions du monde tendent chacune à vouloir imposer leur hégémonie. Donc leur vocabulaire. Plus le bloc élitaire et le bloc populaire s’éloignent mentalement plus leurs discours diffère.

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