Icône

Il est difficile de lire un article sur Christiane Taubira sans rencontrer l’expression rituelle « icône de la gauche ». Au sens religieux orthodoxe, l’icône, du mot grec signifiant image, est à la fois la représentation ultra codifiée d’une figure sainte et un objet de contemplation offert à la vénération des fidèles. Théologiquement parlant, l’icône rend présent le monde indicible et oriente vers lui la dévotion du croyant. Sans faire de plaisanteries faciles (l’icône dont on attend des miracles…) l’interprétation la plus charitable de la métaphore appliquée à la future candidate est :

– l’icône « représenterait » l’image idéale de la gauche. À commencer par les sujets qui font sa fierté (et celle de l’ex ministre) : la loi sur le mariage ou sa démission pour ne pas cautionner le projet de réforme de la nationalité, deux occasions où une sorte d’essence morale pure de la gauche, « gauche divine » disait Baudrillard, se serait manifestée : un droit nouveau et le refus d’en retirer un autre à certains citoyens. On notera au passage qu’il s’agit de deux positions libérales au sens le plus strict et que les deux ne faisaient pas précisément partie des préoccupations principales des couches populaires. Mais l’important c’est d’incarner.

– cela permettrait aux électeurs de gauche de s’identifier à Taubira, et d’adresser à cet idéal type de grande conscience, par ailleurs ostensiblement féminin et décolonial, sinon une adoration mystique, du moins un suffrage civique. Contempler l’icône, c’est aussi une façon de conforter sa foi, et de se rassurer sur sa propre identité et sa propre communauté.

S’ajoute enfin un caractère qui rend la figure de Taubira, longtemps absente, si désirable : elle est censée déclencher la fureur des iconoclastes, comprenez les fachos, et leur détestation pourrait bien être une preuve supplémentaire de la sainteté de l’image chérie.

Les esprits taquins noteront qu’en informatique une icône est un petit dessin sur l’écran qui permet de déclencher un logiciel et que celui de la gauche ne semble guère activé. Et pour les esprits taquins, mais pédants, on rappellera que, dans la sémiotique de Peirce, « Une icône est un signe qui possède un caractère qui le rendrait signifiant même si son objet n’existait pas ».

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