IRIS Médias et opinion internationale

Entre logique de puissance et logique d’influence

L’idée d’utiliser les médias comme relais au-delà de ses frontières que ce soit dans un dessein militaire, diplomatique, idéologique (voire religieux) ou économique n’est pas nouvelle.

Il existe depuis longtemps des stratégies positives d’attraction ou d’imitation (exporter son modèle, exercer une influence par séduction) ou des stratégies de répulsion (rendre l’adversaire odieux, lui faire perdre ses partisans ou ses alliés). Elles se déclinent de diverses façons : propagation d’une idéologie, exportation de modèles de consommation, de style de vie, de culture, prosélytisme religieux, recherche du prestige… Elles se professionnalisent aussi depuis bientôt un siècle. Des spécialistes se chargent de tous les aspects : stratégie d’image, sélection des informations disponibles, agenda des médias, campagnes à destination l’opinion étrangère, contrôle des moyens de communication envisagés comme « manufactures du consensus ».

Ces méthodes sont employées de façon intensive en cas de guerre : les médias aussi sont mobilisés bien au-delà du territoire national. Tous les conflits deviennent des guerres des images (dont l’enjeu est souvent de savoir quel cadavre on verra) et toutes visent aussi à conquérir « les cœurs et les esprits »

L’influence que peuvent exercer images et informations en temps de paix n’a pas non plus échappé aux décideurs politiques et économiques : l’action médiatique est le relais de la puissance économique. Une source de pouvoir et de contrôle pour qui possède les canaux par où circulent des discours, des images (voire des données numériques).
Mais aussi un champ ouvert à bien d’autres acteurs qu’à l’État…

Les médias électroniques en raison de leur capacité de passer les frontières politiques, de leur omniprésence, et de leur logique économique tendent répandre les mêmes contenus culturels, images, rythmes, rêves sur toute la planète. De là à conclure que la mondialisation des capitaux investis dans les médias, celle des vecteurs et celle des contenus mène à la mondialisation des esprits, il y a un pas que beaucoup franchissent. Les uns pour se réjouir de l’avènement du village planétaire, les autres pour s’inquiéter de l’impérialisme culturel et du contrôle généralisé.

Le contenant (le média) exerce un pouvoir intrinsèque qui ne se réduit pas à celui du seul contenu, fut-il fabriqué ou sélectionné par des spécialistes de la persuasion (dont les fameux «spin doctors»). Mais à l’ère numérique une nouvelle logique de production et d’accès à l’information change la donne.

Le jeu est devenu infiniment plus ouvert : dans une actualité planétaire rythmée par les crises médiatisées et vécues en direct, de nouveaux représentants de la société civile ou prétendus tels interviennent : ONG, lobbyistes, think tanks, mais aussi grandes entreprises ou mouvements protestataires. Guerre spectacle, diplomatie spectacle, économie, contestation, solidarité, terreur… ont besoin de la scène planétaire des médias et s’y adaptent.

Par ailleurs les stratégies de communication se heurtent à d’autres stratégies (après la guerre culturelle et désinformation entre l’Occident et l’URSS, le match CNN contre al Jazira, la cybercontestation, etc.). Elles rencontrent des résistances communautaires (surprise : on peut adorer les sitcoms made in USA et faire le jihad)… Elles sont aussi sujettes à des surprises dont l’émergence d’un terrorisme hypermédiatique n’est pas la moindre.

La situation se révèle bien plus ouverte que ne le pensaient les prophètes de l’élargissement : des communautés culturelles, parfois purement virtuelles, se forment au-delà des frontières. Tandis que se constitue une hyperclasse cosmopolite avec ses propres médias, d’autres se replient sur leurs identités : l’hétérogénéité des médias reflète ces divisions. Les différences nationales sont loin d’être abolies. Et la disponibilité de l’information n’est pas inconciliable avec la coexistence des autismes.

Enfin et surtout, il faut penser la dimension horizontale (l’affrontement ou l’attraction à distance par médias interposés) par rapport à la dimension verticale (l’histoire desdits médias). Il y a un rapport entre le moyen de transmission dominant à chaque période (la médiasphère) et la façon dont s’exerce une influence internationale.

Payer un auteur pour écrire un libelle diffusé à l’étranger (comme les pamphlets contre les rois ou les protocoles des sages de Sion), émettre comme le faisait Radio Free Europe au-delà du rideau de fer, avoir le monopole des images d’un conflit comme CNN en 1991, ce n’est pas la même chose que de tenter de contrôler la Toile ou de diriger l’attention de millions d’internautes.

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