IPRIS Géoéconomie et intelligence stratégique I

Mode d’emploi : ce guide accompagne le cours de François-Bernard Huyghe pour l’ Iris : Géoéconomie et intelligence stratégique

Outre les notes que vous prendrez pendant ce cours, vous pourrez, bien entendu, consulter la bibliographie.

Une autre méthode consiterait à naviguer sur le site de F.B. Huyghe au gré de votre inspiration pour y consulter des extraits de certains livres, comme « Comprendre le pouvoir stratégique des médias », aller télécharger des brochures voire même des livres numériques.

Par ailleurs, si un terme vous semble obscur, vous pouvez consulter un dictionnaire critique ou, pour des termes plus techniques et des définitions plus courtes, un glossaire.

Vous avez sans doute noté que la partie du cours assumée par F.B.H. s’articule autour de quatre thèmes auxquels correspondent diverses brochures téléchargeables en Pdf, des anthologies de textes figurant ailleurs sur le site :

Un présentation générale de la notion de recherche de l’information introduisant à la veille.

Une introduction à l’intelligence économique

Une partie historique sur l’influence notamment dans ses rapports avec les technologies de communication

Une partie sur le risque (une brochure regroupera prochainement les articles sur ce sujet).

Bien entendu, personne ne pense que vous allez lire tous les documents auxquels il est fait renvoi : ce serait très long et passablement répétitif (il y a forcément des textes redondants). Simplement, au gré de vos curiosités, vous pouvez approfondir tel ou tel point. Il s’agit d’aides et de suggestions pour construire votre propre méthode de documentation et de veille.

Vous préféreriez un bon vieux plan de cours classique ?

En ce cas, il commence ci-dessous par un résumé de la partie I (« S’informer ») lui aussi truffé de liens renvoyant vers des pages plus détaillées :

INTELLIGENCE STRATÉGIQUE ET VEILLE

• Éclairer la réalité, gagner en liberté d’action

L’intelligence stratégique (notion plus vaste que celle d’intelligence économique) recouvre toutes les activités organisées qui visent à acquérir une information de valeur stratégique, à l’interpréter pour la rendre utilisable en vue de l’action, et à la faire parvenir aux décideurs au bon moment. Cette valeur stratégique se mesure notamment à la capacité que confère l’information (ici entendue comme « les nouvelles ») de réduire l’incertitude à laquelle est confronté tout décideur, de lui fournir des éléments de choix voire d’anticipation et de gagner du temps et de la liberté d’action (notamment par rapport à un rival ou à un adversaire).

Qu’est-ce que s’informer (voir aussi ) ?

• Des informations pertinentes et vraies, un but stratégique et juste à temps

La recherche d’information (terme qui peut recouvrir aussi bien des données stockées quelque part que des messages circulant, des «nouvelles» ou des connaissances reliées à un ensemble d’autres connaissance) est indispensable pour tout organisation. L’information qui nous concerne ici doit répondre à des critères de :

  • pertinence (en quoi elle concerne notre projet stratégique et se traduit, par exemple, en termes de dangers et opportunités)
  • authenticité (bien émaner de la source désirée) et véracité (bien décrire la réalité)
  • « fraîcheur » (parvenir à temps pour l’action)
  • exhaustivité (bien couvrir l’ensemble du sujet)
  • etc.

Des qualités parfois difficiles à concilier avec la détection des signaux faibles

• L’information et ses ennemis : désinformation, surinformation,…

Acquérir l’information, c’est aussi se préserver de plusieurs dangers :
la désinformation (La désinformation consiste à propager délibérément des informations fausses pour influencer une opinion et affaiblir un adversaire.)
la surinformation accrue par la surabondance de texte et images disponibles sur le Web.
La surinformation avec ses inconvénients (impossibilité d’être exhaustif, problèmes de temps, difficulté de remonter à la source primaire, confrontation à la circulation circulante de l’information..) présente un autre danger : l’abondance crée la redondance. En d’autres termes, on s’aperçoit souvent que le très grand nombre documents disponibles recouvre une énorme part de répétition et traite souvent des mêmes sujets. La surinformation renvoie donc à la mésinformation (la situation de celui qui, finalement, en dépit des sources disponibles, n’arrive pas à savoir l’essentiel) et à la question de l’agenda (qui décide de quoi on parle et ce qui fait débat ?). Du coup, le vrai pouvoir devient celui de faire l’agenda ou d’attirer l’attention.
le secret proliférant à notre époque
Paradoxe de notre société dite de l’information et qui se réclame tant des valeurs de transparence : le nombre d’information secrètes (c’est à dire délibérément conservées confidentielles par des stratégies, des procédures légales ou techniques, est en augmentation exponentielle : secret d’État, secret technique ou d’entreprise, informations dites sensibles…
chacun doit aussi tenir compte de ses propres biais cognitifs (mode de perception, d’interprétation ou de raisonnement erroné et récurrent) et ses propres catégories idéologiques

• Le trajet de l’information : des faits au savoir

S’informer ne consiste pas à accumuler des donnés, mais à les traduire en connaissances opérantes, et surtout à poser les bonnes
questions.

La propagation des informations et des idées obéit à des règles propres.

• Les sources et le sens

Qualifier les sources, comprendre la nature des médias : qui m’informe, dans quel but, comment a été traitée l’information quel sens acquiert-elle pour moi ? etc

• S’informer dans le monde de l’imprimé : logiques du classement

Dans la graphoshère (pour employer le vocabulaire de la médiologie) ou système de transmission dominé par l’imprimé, l’information est fixée sur un support matériel, rangée quelque part, fixée à une date de publication (livre ou article), dont le contenu est accompagné de tout un appareil métatextuel, et dont le classement obéit à un nomenclature fixe. Nous parvenons au texte qui nous intéresse par un système de recommandation (évaluation des pairs, citations, opinion de professionnels de la lecture, réputation..) et en fonction de sa place sur « l’arbre de la connaissance ». Nombre de connaissances informelles nous aider à évaluer a priori la valeur d’un texte.

• L’information et l’image : les pièges de l’interprétation

Les pouvoirs de l’image (génératrice d’émotions, toujours construite, particularisante, difficile à mettre en perspective, utilisée par des stratégies, manipulable..) on été largement critiqués
Raison de plus pour rechercher un «bon usage des médias»

• La sphère numérique : une cartographie de l’attention

Quand l’information est à la fois numérisée et en réseaux, nous devons déléguer la tâche de recherche (tâche qui consiste désormais non pas à trouver physiquement un livre ou une revue, mais à se déplacer dans des flux d’information) : nous dépendons de « prothèses sémantiques », des machines qui interprètent notre désir de savoir (comme des moteurs de recherche) mais aussi de l’opinion d’autres internautes qui en créant ou recommandant des liens, en participant des classifications collaboratives (folksonomies) etc. dirigent notre navigation. Sur Internet, nous n’avons pas besoin de cartes (qui indiquent où est quoi) mais d’équivalents électroniques des portulans (une carte nautique qui indique surtout des routes à suivre).

Veille : buts et techniques

La veille suppose la surveillance organisée de l’environnement, pour y déceler des menaces ou des opportunités. Même si le terme s’emploie hors du domaine économique («veille sanitaire»…), il se rencontre surtout dans le contexte de l’entreprise : la veille sert à détecter, analyser, faire savoir au sein de sa propre organisation quels facteurs nouveaux peuvent affecter son fonctionnement et ses résultats. La veille s’inscrit dans une perspective d’anticipation au service de la décision stratégique : d’où l’importance du « nouveau » et du facteur temps. C’est un élément décisif de l’intelligence économique, mais un élément seulement (avec la protection du patrimoine informationnel – l’aspect sécuritaire – et avec l’influence dont il sera question plus loin).

En effet, contrairement à la documentation qui est la recherche, le classement et la description de l’information en soi, la veille est centrée sur la détection « juste à temps » des signaux d’actualité ; elle est donc orientée vers le changement.

• Histoire politique, économique et culturelle de la veille

Si la veille (comme en général le processus cognitif de l’intelligence économique) est pratiquée depuis quelques siècles, elle s’est développée et systématisée au cours des dernières décennies en même temps que les Technologies de l’Information et de la Communication (p.e. : la révolution des sources ouvertes sur Internet) et dans le cadre de l’économie de l’immatériel. Elle est caractéristique de notre société que l’on nomme «de l’information», «du risque», «en réseaux».

Retenons :

  • Que c’est une démarche volontaire et organisée. Il s’agit de rechercher l’information formelle (le plus souvent fixée dans un document) ou informelle (recueillie à l’occasion de contacts ou déplacements) non pour sa valeur culturelle, distractive, esthétique, morale ou autre mais en tant qu’elle répond à une question explicite ou implicite (elle peut porter sur une tendance lourde, sur la décision, l’intention ou la simple prédisposition d’un acteur, sur de simples opinions que partagent diverses parties prenantes, sur une formule scientifique. La question est spécifique à à chaque organisation en veille.
  • Que cette question porte sur une valeur, favorable ou défavorable, danger ou opportunité, en fonction du dessein stratégique
  • Qu’il n’est jamais question que du temps. L’information pertinente n’a de sens que si

1) elle parvient à temps pour prendre la décision nécessaire

2) si son acquisition prend un temps raisonnable

3) si cette acquisition est conciliable avec la protection de la sécurité de ses propres informations.

4) si c’est aussi est aussi un moyen de gagner du temps. Savoir quelle loi sera adoptée, quel type de crise vous menace, comment évoluera le marché ou la recherche scientifique, ce que fera la concurrence, etc., c’est économiser des investissements, des efforts et de l’intelligence inutiles.

  • Que la veille est une activité continue, chaque réponse trouvée appelant idéalement une nouvelle question en un « cycle du renseignement » décrit ailleurs, ce qui la distingue de la simple recherche ponctuelle d’information.

• Détecter,qualifier, évaluer, rapprocher, questionner…

La veille est un processus qui comprend aussi bien la formulation des recherches, que la collecte de l’information proprement dite, l’évaluation, le traitement, la diffusion…, et qui aide à reformuler d’autres questions plus fines, dans un mouvement dynamique

Il faut

  • Poser les bonnes questions (déterminer des axes de veille, les thèmes, les secteurs de l’environnement à surveiller prioritairement et en fonction de ses choix stratégiques)
  • Collecter l’information ce qui veut dire se la procurer en allant à des sources humaines ou documentaires. Certains y ajoutent aussi les sources dites « formelles internes », pour désigner les informations que l’on possède déjà quelque part dans l’entreprise ou l’organisation, mais qui n’ont pas été exploitées. Nous verrons aussi que l’on classe l’information en formelle et informelle, blanche, grise et noire…
  • Évaluer. Compiler pour compiler n’a pas de sens : il faut que l’information soit appréciée en termes d’urgence, de fiabilité, de confidentialité, d’importance, etc. C’est à ce stade que les simples données ou nouvelles recueillies commencent à devenir de la connaissance. Évaluer l’information suppose aussi de qualifier sa source.
  • Traiter : conserver et classer pour retrouver.
  • Diffuser : une information qui reste dans une armoire ou sur le bureau du veilleur ne sert à rien. Encore faut-il savoir à qui la faire parvenir, au moment juste, sans enfreindre des règles de confidentialité, sans surinformer les responsables ce qui équivaudrait à les paralyser.
  • Le stade suivant est celui de la décision prise en fonction de l’information rendue cohérente dans son contexte et/ou d’une nouvelle interrogation qui ouvre une nouvelle réorientation de la veille.

• La ou les veilles : types et finalités

Il existe toute une nomenclature des différentes veilles (technologique, brevet, médias, concurrentielle, brevets, juridique…) dont la multiplicité recouvre en réalité quelques grands axes, finalement très simples.

Selon les cas, on distinguera donc divers types de veille. La liste n’est pas close et varie d’un auteur à l’autre. Mais elle comprend généralement :

A) La veille technologique

Celle-ci porte sur :

  • les inventions ou innovations qui risquent d’avoir un impact direct sur l’activité

– les évolutions plus générales dans l’univers de la technique (standards dominants, «killing applications», secteurs porteurs…)

La veille technologique concerne tout l’environnement scientifique et technique, en tant qu’il peut avoir des conséquences économiques positives ou négatives pour l’entreprise.

Certains distinguent de la veille technologique proprement dite, la « veille brevets », qui en est plutôt un secteur clé.

B) La veille concurrentielle

Elle est très générale et porte sur les produits (leur avenir, leurs qualités, leur comparaison avec ceux qui sont disponibles sur le marché) sur les forces et faiblesses des concurrents, sur leurs méthodes de vente, d’organisation, de communication…
La notion de veille concurrentielle est très liée à celle d’analyse comparative (le plus souvent présentée sous l’anglicisme de benchmarking). On emploie également souvent l’expression « meilleures pratiques ». Traduction : que font de mieux nos concurrents et comment pouvons-nous faire aussi bien voire mieux ?

C) La veille commerciale ou marketing

Elle est orientée vers l’activité des clients ou prospects mais aussi des fournisseurs et autres partenaires dans la formation du marché. Elle recherche quels sont les produits désirables, quelles sont les capacités des fournisseurs et des partenaires comme les distributeurs, comment se comportera le marché (études de marché).
Certains parlent aussi d’une veille produit : connaître les nouveaux produits, leurs forces et leurs prix, les solutions adoptées par les concurrents, le risque et la réalité de la contrefaçon… Un notion qui, là encore, recouvre très largement celles que nous venons d’examiner.

D ) La veille réglementaire (dite aussi juridique et réglementaire).

Il n’est pas très difficile d’imaginer de quoi il s’agit : il faut se tenir au courant des lois, des règlements, des évolutions de la jurisprudence, des projets de textes normatifs qui peuvent avoir un impact sur son activité.
On peut considérer comme un sous catégorie la veille sociale qui porte sur toute la législation du travail

E) la veille sociétale

Cette veille (à ne pas confondre avec « sociale ») ou «socio-culturelle » recouvre tous les facteurs culturels ou de valeur qui auront un impact sur l’activité de l’entreprise comme toutes les évolutions socio-économiques, géopolitiques. Cela peut comprendre des facteurs comme les modes, les nouveaux besoins ou les nouveaux styles de vie et de consommation, bref les « tendances ». Les comportements des consommateurs, leurs nouvelles exigences, leur souci de l’environnement, du commerce équitable ou de la sécurité… Toutes les éventuelles actions négatives contre l’entreprise, mouvements sociaux, protestations, risques de déstabilisation par l’information rentre dans le même domaine.

F) La veille financière

Son but est de surveiller l’évolution des marchés, les titres de l’entreprise et tout ce qui peut en faire évoluer la valeur, et bien sûr, ceux de la concurrence.

G) la veille média

Elle dépasse la sempiternelle revue de presse. Le but est de contrôler une image, y compris les signaux faibles qui peuvent être annonciateurs d’une future crise.

H) Encore d’autres veilles

Certains parlent de «veille produit» ou «veille environnementale» pour tout ce qui concerne l’aspect législatif et réglementaire. D’autres ajoutent une veille «géopolitique» ou une «veille pays» qui doit déceler les risques internationaux de déstabilisation ou au contraire les opportunités.

I) La veille stratégique : le sommet de l’édifice

La veille dite stratégique est un processus organisé et permanent de recherche d’informations pour mieux anticiper les changements dans l’environnement d’une organisation et afin de prendre des décisions qui orienteront son activité :

  • Il s’agit de déceler des facteurs déterminant une évolution (les fameux « risques et opportunités ») ayant un caractère d’exception. Tout ce qui appelle un changement, positif ou négatif d’une certaine ampleur (notamment les initiatives de la concurrence pour une entreprise) à plus ou moins long terme, une redirection ressort à la veille stratégique.C’est pourquoi on dit aussi qu’elle est orientée vers les signaux d’alerte précoce. Le maître mot est « à temps ».
  • Une veille stratégique n’a de sens que pour qui a une stratégie, c’est-à-dire des objectifs à atteindre.
  • Cette veille est par définition globale. Comment savoir à l’avance quel facteur technologique, politique, économique, social sera crucial ?

• Les règles du jeu

La diffusion de l’information sur Internet est à comparer à celle des mass media.

D’où l’importance de connaître le mode de production et de circulation de l’information sur ce média : voir la question des sources primaires, des responsabilités éditoriales sur le contenu ou le mode d’accès aux documents.

• Logique, pièges et principes de la veille sur Internet

La veille sur Internet n’est pas qu’une affaire de bons logiciels ou de « bonnes adresses » : face au caractère apparemment inépuisable de l’information disponible, quelques stratégies de gain de temps et d’effort. Ce qui ne peut se faire sans quelques recettes que chacun doit adapter à son cas et souvent réinventer en fonction de ses besoins.

Définir un cadre : votre besoin, les hypothèses préalables, les dimensions du sujet, ce que l’on sait déjà sur le sujet, la méthode du coup de sonde, les mots clefs (en attendant le Web séamntique..), les sources prioritaires
Le choix des outils de recherche : spécialisés, généralistes ? mais voir aussi les fils RSS, les newsgroups, la fonction alerte, les forums, les blogs…. L’info push et pull. Les sites qui font le travail à votre place.
L’évaluation des sources : Pourquoi ce site fournit-il cette information ? Est-il militant ? Dans quel sens va généralement la conclusion de ses articles ? S’est-il trompé par le passé ? A-t-il répercuté des rumeurs sans les vérifier ? Est-ce une source primaire ? etc. Comment faire des tests.

Enfin et surtout, il faut analyser le résultat de sa première veille (par exemple en comparant les mots employés dans divers articles). Des idées force doivent très vite se dégager qui vous permettront d’affiner la recherche. Éviter de suivre tous les liens – ce qui équivaut à travailler par association d’idées : ce peut-être fécond pour trouver l’inspiration, mais c’est surtout redoutable pour perdre son temps et son fil en chemin.

Quête d’information : la nouvelle donne

• Web 2.0 : facilités et fragilités

Présenté par les uns comme un concept marketing, par les autres comme une révolution (la combientième ?), le Web 2.0 est de l’avis même de ses inventeurs une notion vague et changeante. Des réalités technologiques qui rencontrent des usages sociaux avec des enjeux économiques en arrière-plan.

Quelques principes :

  • L’externalisation et hybridation des fonctions. On sort d’une logique où les utilisateurs possèdent chez eux des machines avec des logiciels, voué chacun à une tâche spécifique, puis vont grâce à des moteurs de recherche guidant des navigateurs sur des sites plus ou moins stables contenant les données susceptibles de les intéresser. On rentre dans une logique où selon l’expression souvent répétée «le web devient une plate-forme». Il tend à remplacer les applications par les services en ligne. Avantage collatéral : plus besoin d’utiliser constamment un ordinateur puissant : certaines applications en ligne peuvent très bien fonctionner avec un téléphone mobile ou un autre appareil.
  • L’œuvre collective. C’est un mélange de « tous émetteurs » et « tous prescripteurs». D’un côté les possibilités d’expression sur les blogs, le forums de discussion, les divers système de commentaire, s’élargit. De l’autre le Web intègre et exploite l’opinion que l’on émet directement ou indirectement. Nous sommes sans cesse en train de voter pour « le plus populaire », et, accessoirement, de nourrir à nos frais (au moins en termes de temps passé) une activité commerciale. Nous faisons notre propre marketing.
  • La « production par les pairs » s’étend aux instruments et vecteurs eux-mêmes : ce sont les utilisateurs qui, profitant des sources ouvertes, améliorent les logiciels en perfectionnant les codes publiés par les autres, proposent leurs propres logiciels.
  • La logique du renouvellement perpétuel et pour le contenu (on ne visite plus des sites, on suit leur évolution sur le fil ; on ne se documente plus une bonne fois sur un thème, on reçoit des flux d’informations au fur et à mesure de leur apparition, on s’abonne, etc.) mais aussi pour les vecteurs : les logiciels et les services sont en perpétuelle réorganisation, toujours en train de changer de version. C’est le règne de la « version béta perpétuelle ».

• Savoir dans une économie de l’immatériel

Les notions de l’économie de l’immatériel (ou de la connaissance) expliquent l’avantage décisif que possèdera celui qui accède à l’information nécessaire avant le autres.

• Veille et risques

Notre société s’est longtemps pensée dans une perspective de protection croissante des individus, de maîtrise de la techno-science et de prédictibilité. Or voici qu’il est question d’une société «du risque», comme si, après la répartition des biens (sociétés industrielles libérales contre sociétés communistes) ou après la répartition de l’information, la question cruciale était devenue celle du partage de l’insécurité et du malheur entre les régions, les générations ou les individus. La notion de crise devient cruciale, surtout sur le Web : qu’il s’agisse de sa gestion, de communication, la question renvoie toujours à celle de sa détection et de son anticipation à l’ère du Web 2.0

• Enjeux et conflits

Il faut penser cette mutation en terme de conflits de pouvoir voire de guerre de l’information.

• De la veille à l’influence

Si, pour l’intelligence économique, la veille n’a de sens que prolongée par l’influence (la capacité de modifier les perceptions et jugements des acteurs jouant un rôle stratégique, à commencer par l’opinion) le Web 2.0 introduit non seulement des facilités pour mieux faire ce qui se faisait autrefois sur le Web 1 (publier, discuter, s’informer, éventuellement lancer des rumeurs ou des mobilisations) mais la logique même de ce nouveau dit collaboratif en fait un outil d’influence .

  • C’est le règne du « ne haïssez pas les médias, devenez les médias ». Le « tous médias ». Cela n’implique pas seulement que chacun puisse s’exprimer sur la Toile : les «sites personnels », les forums, les chats et les groupes de discussion ne datent pas d’hier. Mais désormais, en ces temps de journalisme citoyen, chacun peut faire bien mieux que de poser quelque part des textes ou des images que tout internaute pourra consulter.
    De plus, l’amateur le moins douté dispose de facilités de documentation que n’aurait pas eu le directeur du plus grands quotidien il y a quinze ans.

Et comme rien ne se perd sur Internet, tout est archivé quelque part, attendant d’être réactivé par la mémoire. La technique s’étant simplifiée à l’extrême, il est enfantin de créer un blog, instantanément modifiable, de l’illustrer, de créer des liens de références mutuelles avec d’autres blogs et sites. La «citation» y compris la citation en image qui met en ligne de brèves vidéos, tournées par l’auteur ou recopiée ailleurs, devient très simple. Enfin les lieux d’expression se sont multipliés : quel est le journal qui n’offre pas une possibilité de créer son blog ? N’est pas demandeur des photos numériques d’actualité des lecteurs ? N’ouvre pas des forums de discussion ?

Allons plus loin : notre opinion est perpétuellement sollicitée. Exprimez vous. Votez. Donnez votre évaluation. Recommandez à des correspondants. Indiquez quel est votre site favori. Signalez des liens intéressants. Participez à la définition des mots clefs qui serviront à référencer cette page. Déposez votre photo, votre vidéo, vos liens favoris et soumettez les au jugement de tous les internautes. Activez vos « réseaux sociaux ».

  • Tous médias implique «tous experts». Chacun peut présenter sa version de la réalité ou exprimer son jugement de façon d’autant plus égale qu’elle est anonyme. L’exemple le plus célèbre est celui de Wikipedia, l’encyclopédie collaborative basée sur le volontariat et l’intelligence collective. Mais l’amateur peut corriger en ligne le texte qu’un spécialiste émérite vient de déposer, le malin placer sa petite publicité, le pervers diffamer, le partisan répandre ses thèses et supprimer celles des adversaires, les groupes organisés infiltrer le très modeste système de vérification et sécurisation mis en place. Il y a donc lutte entre la stratégie de l’altruiste (contribuer pour augmenter la quantité globale d’information vraie et pertinente, la richesse immatérielle commune) et la stratégie du parasite (en profiter pour implanter des données favorable à ses intérêts ou lubies).

« Tous médias » peut aussi impliquer :

  • Tous stars un quart d’heure : des flux d’attention, mesurables en milliers de visites d’internautes peuvent se déverser sur une page inconnue ou presque, selon des règles très difficiles à identifier.
  • Tous doubles : chacun peut créer autant de pseudonymes et prendre autant d’identités qu’il veut, voire vivre une seconde existence dans Second Life.
  • Tous en tribu : le Web 2.0 c’est le royaume de l’échange, du miroir, de l’alliance temporaire, du rassemblement… Tout renvoie à tout par référence, lien, citation, discussion,… et des communautés s’agrègent instantanément pour se dissoudre parfois aussi vite. Ces tribus ou plutôt ces réseaux ont deux caractéristiques. Ils sont d’abord affinitaires : il faut avoir été attiré par un intérêt personnel quelconque, partager certaines croyances,valeurs ou au moins des thématiques pour y entrer. Ils sont ensuite informationnels, en ce sens qu’on n’y échange que des discours, des images et des signes. Cette double caractéristique leur confère à la fois une puissance de mobilisation et la faculté plus inquiétante de créer des « bulles » informationnelles, fermées à la critique extérieure.

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