Communication de crise et crise du système

Ce que nous appellerons par commodité Sytème, tel que nous le connaissons de puis la chute du communisme, repose sur quatre bases :
⁃ mondialisation
⁃ progrès
⁃ libéralisation
⁃ individualisme.

Chacune à sa manière a été atteinte par la pandémie.

La mondialisation, sous toutes ses variantes – européisme, gouvernance globale, culte de l’ouverture, mouvement incessant des gens et des choses, délocalisation et partage des tâches, etc. – se heurte au besoin des frontières protectrices et à la peur du danger venu de l’étranger. Au temps du confinement, celui qui survit est le plus territorialisé ou le plus localisé. La crise rappelle nos limites.

Le progrès, entendu comme mouvement irrésistible d’augmentation – de la production, de la science, de la maîtrise des aléas, de l’information, des avancées sociétales, de la conscience planétaire, de la protection et de l’autonomie des citoyens -, ce progrès est mis au placard jusqu’aux jours meilleurs. La crise, c’est une interruption ou une chute.

La libéralisation est mise entre parenthèses : c’est le retour de l’État protecteur son pouvoir de suspendre les libertés en état d’urgence, ses interventions économiques, son endettement, ses aides… La crise appelle l’autorité et la souveraineté.

L’individualisme, comme projet d’épanouissement de chacun, réclamant de nouveaux droits et de nouvelles promesses de s’accomplir, protégé par un biopouvoir soucieux de gérer notre existenxce confortable, cet individualisme-là passe au second plan face au souci de la survie collective. La crise nous rappelle le Nous.

Bien sûr, toute crise appelle action et décision : ici des milliards d’euros, des lois et des décrets que personne n’aurait imaginés trois mois plus tôt, des alliances internationales qui se font ou se défont. Mais aussi une constante référence aux certitudes ce la science (dont nous découvrons qu’elle peut être contestée, divisée, peut-être manipulée et qu’elle en prédit pas l’avenir avec certitude).

La crise est aussi affaire de communication. De ce qui sera dit et sera cru dépendent : les paniques, les accusations, quelles autorités les citoyens respectent ou contestent, les disciplines qui acceptent, les fausses nouvelles ou théories qui se diffusent, les passions qui se déchaînent. Tout cela dépend de messages délivrés au bon moment, de mots justes, de bons outils, au bons moment, avec le ton et l’attitude juste. Et surtout de symboles en accord avec l’action….

La communication de crise est devenue une discipline qui s’enseigne, une technique à laquelle on s’entraîne, dans les entreprises et les organisations. Bref, un impératif qui devrait aller de soi, être constamment anticipé et adapté. C’est surtout une pratique – comme on dit de la guerre que c’est un art tout de pratique – qui peut, comme elle, tourner au désastre. Certes, il est facile de critiquer, avec un regard rétrospectif les gaffes et les contradictions des acteurs, en oubliant l’incertitude qui régnait au moment de la décision. Nous ne saurons jamais vraiment mesurer l’efficacité des argumentaires rassurants ou des instructions censées galvaniser. En revanche, nous voyons combien déclarations que contredisent les faits, les dénégations que personne ne croit ou les promesses qui s’opposent peuvent faire empirer les choses.

Le chaos est toujours possible. Il existe peut-être un art de déceler, désamorcer et terminer les crises par la parole, mais il existe surtout un art de les aggraver. Mal expliquer ce qui s’est passé, inquiéter sur ce qui se produit et mal faire comprendre où aller ensemble, c’est garantir l’enchaînement des catastrophes.

Au moment où les économies, les institutions et les mentalités subissent un invraisemblable crash test (un comparatif de gestion de crise entre pays) avec le Covid-19, se révèlent de nouveaux enjeux de communication : établissement d’une vérité admissible par tous, anticipation de l’avenir et des probabilités, persuasion des citoyens, propagation de codes de conduite, mais aussi justification, défense contre des accusations, et, à l’échelle guerre géopolitique de l’information… Des techniques bien connues – de persuasion, d’argumentation, d’influence, de captation de l’attention, de contre-argumentation- sont ici en jeu. Que valent-elles face à l’ampleur des risques, au jeu des intérêts et des idéologiques, face à la dimension planétaire du phénomène, dans un contexte où tout le monde s’attend à ce que plus rien ne soit comme avant « le jour d’après » ?

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