Corona et com. de crise


La communication de crise est une discipline à part entière qui s’enseigne et fait l’objet de livres et de cours en ligne.

Il y a des écoles, mais quelques principes sont immuables.
Il faut reconnaître la crise – franchir le seuil symbolique -, il faut la rendre intelligible (elle, plus les mesures prises pour la contenir) et il faut en sortir donc indiquer le chemin pour y parvenir (il n’y a pas de bon vent pour le capitaine qui ne connaît pas sa destination).
 Étant entendu que la communication ne résout rien seule et que, pour cela il faut une mobilisation et une stratégie coordonnée de toute l’organisation .

En revanche une mauvaise communication de crise peut parfaitement aggraver la situation. Elle peut créer des paniques et des hostilités, faire perdre de la confiance et provoquer du ressentiment (quand ce n’est des procès ou des attaques après), ruiner une image de marque et amener des réactions en chaîne contre-productives….
Nous en avons sans doute oublié que experts pourront compléter. La plupart d’entre eux seront sans doute d’accord pour dire que la communication de crise du gouvernement fut catastrophique. Ce qui surprend pour un personnel politique qui a le culte de la start-up nation, du management branché et réactif, de l’ouverture et de la séduction, etc. Les paladins de l’efficacité et de la transparence sont contre-productifs.


Dans un cours de communication de crise, nous écrivions ceci :
 » Certaines disciplines sont ainsi mobilisées :
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La rhétorique ou art d’agir sur les gens pour les persuader par des discours persuasifs, des images, des symboles. Tout dépendra souvent de l’autorité d’un mot, de l’influence d’une déclaration.


La logistique ou art d’agir sur les moyens pour en disposer au moment juste n’est pas moins importante. Qu’il s’agisse de la logistique des objets (combien de crises éclatent ou s’aggravent parce que l’outil ou le matériel qu’il fallait n’était pas là quand il fallait ?), ou de la logistique des signes, la façon de disposer ou de rendre accessibles les informations nécessaires et efficaces.


Nous serions tentés d’y ajouter une troisième discipline (elle aussi riche en connotations qui évoquent lutte ou guerre) : la balistique ou art de calculer les trajets. Les mots et les images eux aussi ont besoin d’une balistique pour parvenir où il faut et y gagner tout leur efficace. »


Pour la rhétorique, la communication gouvernementale a été surabondante et contradictoire. Et dans des registres inconciliables. De « tout va bien » à « nous sommes en guerre » par exemple. De « nous saurons faire face…, il y a eu des ratés,… mais nous aurons des jours meilleurs » à « déconfinement, certes, mais c’est-à-dire…« , le changement de registre est évident. Et comme le message change sur le fond…

Sans compter que la stratégie du déni réussit rarement.


Pour la logistique, c’est peu dire qu’elle n’a pas suivi. Les plus graves contradictions du discours ont consisté à justifier au nom de la science ou de la nécessité des changements de trajectoire et à confondre indisponible et inutile. Même le plus crétin s’en apercevait, pensait « incapables » et voyait bien que le gouvernement feignait d’organiser des événements qui le dépassaient.

L’écart discours, intentions, faits crève les yeux.
 Tout le monde se souviendra des déclarations contradictoires sur les masques et les tests, un coup déclarés inutiles en pouffant, un coup rendus obligatoires… Ce déni initial, suivi de zigzags ostensibles inspire les caricaturistes et les montages vidéo rigolos. Il n’y a rien de pire que de se faire renvoyer ses propres paroles dans la figure.


La balistique ne fut pas meilleure entre coups de canon du discours présidentiels et mitraillade de chiffres et phrases inutiles au quotidien. Surtout, elle ne touche guère (ou mal) les réseaux sociaux où prolifèrent les contre-théories, les vieux mécanismes de la rumeur mais qui sont aussi devenus l’éco-système de la colère et le creuset des mobilisations futures (à supposer que nous puissions remanifester un jour, bien sûr). Le contraste entre ce qui circule en ligne et le théâtre politique sur les plateaux de télévisions devient hallucinant. Et ne parlons pas de la façon dont les autres risques – comme les violences quasi passées sous silence pour ne pas être accusé de complotisme – sont sous représentés, pour dire le moins, par les médias mainstream. Deux bulles d’information s’opposent.


Que les communicants officiels aient été mauvais est déjà grave. Mais pourquoi ils l’ont été et quelle représentation du monde les mène à une telle incompréhension du réel et du tragique, cela représente en soi une crise majeure.

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