Nous sommes en guerre. Quelle guerre ?

Que signifie être en guerre ? Le vocabulaire martial a envahi l’espace public et ceux là mêmes qui étaient les plus prompts à critiquer la guerre au terrorisme de G.W. Bush (« le terrorisme est une méthode, pas un pays ») reprennent parfois la rhétorique néo-conservatrice sur une guerre fondamentale (certains avaient parlé d’une « quatrième guerre mondiale » – la troisième étant la guerre froide-), et qui opposerait « nos » valeurs universelles et l’islamo-fascisme qui les hait

Or la guerre implique au moins trois choses : des ennemis, des moyens des buts.

⁃ Des ennemis : certes, il n’est pas question de nier que nos adversaires jihadistes nous fassent la guerre, sous la forme du jihad -guerre sainte, obligatoire pour les croyants, défensive, juste à leurs yeux-. Notre embarras vient de notre difficulté à les désigner : certains préfèrent des euphémismes comme « extrémisme violent », d’autres hésitent entre islamisme (qui a l’inconvénient de contenir « islam »), État Islamique (qui a l’inconvénient de contenir et État et Islamique), fondamentalisme islamiste (mais on peut être fondamentaliste sans tuer personne), barbares (mais pourquoi pas « méchants »), etc. Dans tous les cas, cette guerre que nous subissons est menée à la fois sur « leur » territoire que nous contribuons à bombarder et sur notre territoire par des gens qui ont notre passeport, ce qui cumule les inconvénients de la guerre ouverte et de la guerre invisible (alias « guerre du pauvre ») sur notre territoire. Par ailleurs, beaucoup ont souligné avec raison qu’utiliser la catégorie « guerre » à propos de l’État islamique, quitte à le dire « ennemi du genre humain » comme l’on disait autrefois des pirates, c’est lui conférer un reconnaissance qu’il espère.

⁃ Des moyens veut dire crûment des armes qui tuent des gens. Ceci implique donc d’admettre moralement et politiquement la légitimité d’utiliser la force extrême, y compris avec le risque de tuer des civils « innocents » comme lors de bombardements. Pour le moment, l’opinion française ne verse pas trop de larmes à l’idée que l’on tire sur Abbaoud. Qu’en sera-t-il dans quelques mois, quelques morts et quelques bavures ?

⁃ Des buts implique une situation historique que l’on pourrait décrire comme la « paix ». Et qui naît quand une des parties renonce son intention hostile. Quand saurons-nous que nous avons gagné ? Il est possible qu’un jour les jihadistes d’Irak et de Syrie disparaissent (remplacés par qui ? par de sympathiques démocrates alliés de l’Occident ?). Mais ceux qui éprouvent assez de ressentiment pour massacrer leurs compatriotes qu’ils considèrent comme des Croisés ou des mécréants ? La fin de cette « guerre » ne peut être qu’une paix vécue par nos enfants.

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