Basculer V

En écrivant cette cinquième chronique, je réalise que je glisse vite vers le statut du blogueur obsédé par la mort. Spécialité qui, à rebours de mes problématiques du type médiologie ou cyberstratégie, devrait intéresser quelques milliards de mortels, mais c’est un public moins motivé que les spécialistes du maliciel ou de la critique de McLuhan. Or écrire sur la mort, ou plutôt sur la morte, la seule qui m’obsède sur des milliards, c’est aussi enclencher un processus schizophrénique.

Le bon docteur Jekkyl accueille avec un stoïque et doux sourire les bourrades amicales et les « on ne sait pas quoi dire dans ces cas là » ; il ne s’effondre pas tandis que Mr. Hyde relâche toutes les barrières sur la Toile, là où précisément il peut livrer son coeur à des inconnus (ceux-ci il est vrai, ne lui répondront pas). Je ne juge pas la chose, je me demande si elle est fréquente.

Par ailleurs je m’interroge aussi sur le changement que le deuil produit dans nos goûts esthétiques. Daniel (pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes précédents, Daniel Bougnoux est l’ami médiologie qui bloque aussi sur une mort récente, de son fils dans son cas), Daniel, disais-je trouve dans ses enthousiasmes artistiques comme une consolation à la vie. Par le haut, donc. Pour moi, il me semble que la douleur pourrait bien égarer le jugement en nous amenant à nous projeter bien davantage. Je me suis surpris à m’attacher à une série américaine où l’un des personnages lutte contre son cancer. Ce ressort dramatique bien connu des scénariste marche si bien par identification ou projection que j’ai parfois l’impression de regarder un chef d’oeuvre. Tout en sachant me doper au stéréotype.

La vie après, la vie où les phrases commencent par « plus jamais nous » embrouille ainsi nos repères et nous fait nous interroger sur une normalité qui n’a guère de sens en l’espèce.

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