Sur l’idéologie

L’autonomie des idées

« Une idéologie est précisément ce que son nom indique : elle est la logique d’une idée…. L’émancipation de la pensée à l’égard de l’expérience. » Hannah Arendt

Sommes-nous maîtres de nos idéologies ? Quelle rapport entretenons-nous avec ces productions de nos esprits ? La question est au coeur de la définition. D’abord conçu de façon neutre comme une science de la production des idées par Destutt de Tracy , le mot idéologie a pris un sens péjoratif, voire pathologique. L’idéologie serait une maladie hallucinatoire de l’idéal, une projection imaginaire de ceux qui n’ont pas la lucidité ou le courage d’affronter le réel tel qu’il est. C’est en ce sens qu’on l’emploie dans la vie courante. Généralement pour en accuser son adversaire (« L’idéologie, c’est l’idée de l’autre » disait Raymond Aron) et pour s’en déclarer indemne. C’est-à-dire suivant le cas pragmatique, réaliste ou scientifique. Ce serait, au fond, une produit du sommeil de la raison, une aberration. Mais cette première vision de l’idéologie tombée du ciel des idées, ou y projetant les rêveurs, ne permet guère d’en comprendre les mécanismes.

Tout naturellement, la critique des idéologies devient soupçonneuse : que traduisent et que manifestent-elles ? La notion pourrait renvoyer à autre chose qu’elle-même, dont des intérêts d’autant plus matériels qu’elle est idéelle. Le grand mot est lâché : l’idéologie « justifie ». Les penseurs marxistes, en particulier, se débattent longtemps avec le concept d’idéologie qu’ils peinent à distinguer de celui de fausse conscience. C’est le « processus que le soi-disant penseur accomplit sans doute consciemment, mais avec une conscience fausse (et où) Les forces motrices véritables qui l’agissent lui restent inconnues » suivant la formule d’Engels. Ou, selon une image plus célèbre encore, l’idéologie donne une image du réel, mais une image « renversée » comme dans une chambre obscure. La tâche du bon matérialiste serait d’en révéler la « base réelle ». Occultant les conditions de sa propre production, une pensée idéologique ne serait pas une erreur telle qu’une preuve contraire ou un bon raisonnement suffirait à dissiper. Ce serait la traduction d’une situation historique, la représentation nécessairement partielle et partiale que chacun se fait du processus historique dans une relation entre dominants et dominés. L’idéologie n’est donc pas arbitraire du point de vue de celui qui la professe et se persuade de sa validité universelle. Elle est tout à la fois un manque (elle déforme le réel) et un indice (chacun se représente ledit réel en fonction de sa position).

Faire une glose de la pensée marxiste sur ce sujet n’aurait aujourd’hui qu’un intérêt archéologique. Sans compter les divergences : le marxisme « vulgaire », l’école de Francfort, Lukacs ou Althusser ne professent visiblement pas la même conception de l’idéologie. Plus révélateurs, sont les problèmes que ces tentatives théoriques ont indirectement soulevés.

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Il était une fois la softidéologie

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