Printemps, révoltes et réseaux

Après le printemps arabe, et en attendant peut-être le printemps palestinien, les grandes manifestations « citoyennes et pacifiques » se multiplient en Europe : Espagne, Portugal, Grèce (ou, curieusement, les toutes nouvelles manifestations avec occupation pacifique des places publiques coexistent avec des manifs très années 70 : drapeaux,, groupes disciplinés, marche au signal, accrochages avec la police à la fin, marquage très net à la gauche ou à l’extrême-gauche, violences autonomes…)

Bien sûr Papandreou n’est pas Moubarak et les socialistes espagnols au pouvoir ne sont pas le parti de ben Ali (même si ce dernier était théoriquement rattaché au courant socialiste).

Les revendications ne sont pas du même ordre. Ce n’est pas la même chose que de dire « dégage » à un dictateur et d’exprimer un ras-le-bol général, sans compter que Manuel ou Yorgos les anonymes ne prennent pas exactement les mêmes risques que Mohammed.

On pourrait même se demander s’il n’y a pas une forme de mimétisme un peu ludique dans cette façon de jouer au Tunisien comme on l’a vu sur ses écrans de télévision.

Sous toutes ces réserves, il y a quand même quelque chose de frappant dans la propagation des manifestations « post-politiques », ne se réclamant ouvertement d’aucun parti ou d’aucun programme, sans leader prédominant ni idéologie bien repérée, avec des revendications parfois vagues, mais tournant toutes finalement autour du thème de la dignité et de l’humiliation. Le thème de l’indignation revient souvent dans ces rassemblements où il y a, certes, beaucoup de jeunes menacés par le chômage, mais qui sont souvent transgénérationnelles. et qui ont souvent en commun d’avoir été préparées sur Facebook décidément devenu la nouvelle Agora. Ou plutôt le pont entre l’espace privé et l’espace public.

Comme pour les révolutions arabes, on pourra discuter pour savoir si les réseaux sociaux provoquent, permettent, stimulent, accélèrent, facilitent… les révolutions réelles. Prenez le mot que vous voulez.

Dans tous les cas, il est devenu évident que Facebook ( en synergie avec les blogs pour faire émerger des leaders d’opinion, avec Twitter pour la communication rapide dans la manif, avec les SMS ou Youtube, etc..) fait d’un mécontentement diffus et éprouvé individuellement une mobilisation collective.  Ces outils agissent en formant des réseaux plus larges, en les orientant vers une cible commune (en Europei, il manque singulièrement un tyran à haïr), en formulant des revendications, et surtout en donnant des objectifs pratique « IRL » (dans la vraie vie, In Real Life). Du lien faible au lien fort et de la communication à la rencontre des corps dans la rue.

Mais il y a l’effet d’imitation : par mimétisme, mais aussi par réflexion stratégique (on reprend les méthodes qui marchent) on rejoue, au sens théâtral, le scénario du printemps arabe. Il y a un effet de contagion et d’identification, surtout entre générations. Il faut quand même insister sur le fait que les rassemblement virtuels sont un prélude aux rassemblements en chair et en os, à l’occupation effective du territoire (ici : camper sur une place) et au défi symbolique (braver l’interdiction légale). 

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