Propagande de guerre : rien de nouveau sous le soleil

C’est reparti comme en 14

En matière de propagande de guerre, il y a des « universaux », des constantes comme les tropes de la rhétorique, les figures de bases autour desquelles on brode.

Commençons par signaler le travail de pionnier de sir Arthur Ponsonby (1871-1946). Dix ans après la guerre, ce lord pacifiste critique son propre camp et ses mensonges. Il analyse en particulier comment les histoires d’atrocités répétées jour après jour ont été fabriquées : enfants aux mains coupées, infirmière mutilée, Canadiens crucifiés, cadavres réutilisés pour produire du savon, …

Il en déduit dix règles applicables à toutes les guerres et qui sont devenues des classiques .

Faire croire

1 que notre camp ne veut pas la guerre

2 que l’adversaire en est responsable

3 qu’il est moralement condamnable

4 que la guerre a de nobles buts

5 que l’ennemi commet des atrocités délibérées (nous pas)

6 qu’il subit bien plus de pertes que nous

7 que Dieu est avec nous

8 que le monde de l’art et de la culture approuve notre combat

9 que l’ennemi utilise des armes illicites

10 que ceux qui doutent des neuf premiers points sont soit des traîtres, soit des victimes des mensonges adverses (car l’ennemi, contrairement à nous qui informons, fait de la propagande).

Le tout illustre un principe général : « Il ne faut jamais permettre au peuple de prendre du recul; ainsi les victoires doivent être exagérées et les défaites, sinon ignorées, du moins minimisées. Il faut utiliser le stimulus de l’indignation, de l’horreur et de la haine assidûment et continûment dans l’esprit du public par la propagande. »

Dans sa simplicité, le décalogue de Ponsonby prend valeur de classique et certains n’ont pas manqué de l’appliquer à des guerres contemporaines.

Le gourou de la société post industrielle et de la révolution de l’information, Alvin Toffler, auteur d’énormes succès comme Le choc du futur (1970), théorise la nouvelle guerre high-tech à l’ère de l’information plus de cinquante ans après.

Selon lui, la propagande efficace procède par :

• Accusations d’atrocités,

• Gonflement des enjeux (la guerre comme affrontement métaphysique du Bien et du Mal),

• Diabolisation de l’adversaire (ce qui équivaut souvent à son «hitlérisation» comme le montrent les exemples de Saddam et Milosevic),

• Polarisation (ou bien on est pour le camp du Bien, ou bien pour celui du Mal),

• Appel à la sanction divine (Dieu est avec nous),

• Méta propagande, c’est-à-dire accusation de propagande lancée contre toute information provenant de source adverse ou simplement contestant la version de votre camp.

Bien sûr, ce n’est pas un médiologue qui va prétendre que c’est la même chose de contrôler son opinion à l’heure du journal censuré (voire caviardé), au moment où la télévision par satellite (à commencer par CNN en 1991) a un quasi monopole des images ou au moment où chacun peut suivre les opérations sur les réseaux sociaux…

Mais il n’est pas mauvais de se rappeler qu’en matière de contenu, nous inventons souvent moins que nous ne le croyons.

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