Katyn, le souvenir de la désinformation

Le thème de la « malédiction de Katyn » est revenu dans l’actualité avec la mort du président polonais, qui se rendait vers le lieu du massacre de milliers de Polonais en 1940. Un crime reconnu par Moscou mais aussi un incroyable exemple de désinformation.

Rappel historique de faits Ils sont au départ fort simples : entre 4 et 5000 officiers sont transportés et exécutés dans cette forêt proche de Smolensk. Ils font partie des 14540 Polonais (c’est le chiffre minimum retenu par la justice russe, d’autres disent 22.000), des soldats, intellectuels et responsables exécutés par le NKVD. Généralement d’une balle dans la nuque.

Les soviétiques, alliés aux nazis au début de la guerre, avaient l’occasion, puisqu’ils se partageaient l’occupation du pays ; ils avaient le motif, se débarrasser des élites polonaises présumées anti-communistes. Ils avaient l’arme (en l’occurrence des pistolers Walther utilisés et dans l’armée allemande et dans l’armée soviétique avec des balles exportées dans les années 20, détail qui aura son importance) et nous avons leurs aveux, ceux des autorités soviétiques sous Gorbatchev en 1990. Poutine, dont la presse a souligné qu’il participait aux récentes commémoration sur place, a même remis, il y a quelques années, des preuves des ordres officiels aux autorités polonaises.

Mais la vérité n’a pas été si facile à établir. En 1941, puis en 1942, les Allemands découvrirent pluisieurs charniers. Ils se livrèrent d’ailleurs à une exploitation politique en faisant abondamment photographier et filmer les cadavres et en annonçant  à partir d’avril 1943 qu’ils détenaient la preuve d’un crime accompli par les troupes russes avec les corps de 4500 officiers polonais. Il y eut même une commission internationale qui attesta les faits dans un Livre Blanc. De son côté, la Croix Rouge était arrivée aux mêmes conclusions sur la date (donc l’auteur probable du massacre) mais ne les avait pas publiées pour ne pas servir la propagande allemande. Premier paradoxe : les nazis disaient la vérité, une vérité singulièrement gênante en cette période d’alliance avec l’URSS.

Après la victoire, les soviétiques, désormais dans le camp des vainqueurs et de la démocratie, accusent la Wehrmacht. Ils mènent une double campagne, pour discréditer comme agents de la propagande nazie (bel exemple de métapropagande) tous ceux connaissaient le dossier et doutaient de leur version, et pour faire inscrire le massacre dans l’acte d’accusation du procès de Nuremberg. Durant tout le procès les Soviétiques exerent toutes les pressions pour faire attribuer leur crime aux vaincus, mais finalement aucun Allemand ne fut finalement condamné pour Katyn, crime oublié dans le verdict final.

Ce qu’ils n’avaient pu obtenir de la justice internationale, les spécialistes de la desinformatszia tentèrent de le regagner sur le plan de l’opinion internationale en produisant de fausses preuves (sans compter une manoeuvre qui consista à ériger un monument aux victimes de Kathyn, avec un H, village russe où avait eu lieu un autre massacre, celui-là incontestablement accompli par les Allemands). Les documents filmés furent particulièrement employés pour accréditer la thèse. 

La culpabilité allemande fut considérée comme généralement admise (sauf sans doute par les Polonais mais qui ne pouvaient pas s’exprimer sur ce sujet). D’où le deuxième paradoxe : en dépit d’un nombre impressionnant d’indices et de témoins, le coupable peut parfaitement organiser une mise en scène pour faire porter la culpabilité à un ennemi (dont, il est vrai, la barque n’avait pas besoin d’être davantage chargée de crimes et massacres). Une désinformation bien montée peut tenir presque un demi-siècle.

Nous vraiment devant le cas d’école parfait de la désinformation au sens que nous donnons à ce terme : la mise en scène délibérée de faits que l’on sait faux pour établir une croyance défavorable à son adversaire et favorable à son idéologie.

Car le troisième paradoxe est justement la persistance du formatage idéologique. Au moment de la sortie du film sur Katyn de Wajda (dont le père faisait partie des victimes), il s’est trouvé quelques bons esprits non pas pour nier les faits – ce qui serait désormais aussi difficile que de douter de la culpabilité anglaise dans la mort de Jeanne d’Arc – mais pour porter le soupçon sur les intentions de Wajda, accusé pêle-mêle de vouloir faire une fausse symétrie entre nazis et soviétiques, et d’avoir filmé les séquences « comme » s’il s’agissait de la Shoah (sans doute avec l’intention perverse et antisémite de le banaliser la seconde). Vieille illustration de la règle qui veut que la désinformation ne fonctionne que sur ceux qui sont prêts à l’accepter.

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