Sarah Palin et la guerre des cultures

Populisme choc contre star system

En un discours, Sarah Palin qui éclipse presque McCain vient de donner une nouvelles tonalité à la campagne électorale US.

La première surprise avait été celle de son choix par Mc Cain : elle figurait en toute dernière (très loin derrière Rolf Liebermann) sur toutes les listes de pronostics, et le candidat républicain la connaissait à peine. La presse américaine se répand en commentaires sur ce choix risqué et hâtif. Si hâtif, disent certains, que la sénatrice de l’Alaska – qui pourrait quand même se retrouver remplacer le président de la première puissance du monde si Mc Cain élu mourait en cours de mandat – aurait été soumise à un « vetting » à la va-vite. Le « vetting » est la procédure par laquelle un parti s’assure qu’un candidat ne traîne pas d’affaires judiciaires ou de casseroles trop gênantes. Pourquoi un processus de sélection aussi bâclé ?

Car, en l’occurrence les critiques n’ont pas été longs à trouver du grain à moudre :

– l’affaire de la fille de Palin mineure, célibataire et enceinte (après que certains aient prétendu que le cinquième et dernier enfant de Palin n’était pas d’elle mais de sa fille)

– une histoire de trafic d’influence : la sénatrice de l’Arizona aurait abusé de son autorité pour faire licencier un policier dont sa soeur avait divorcé

– ses rapports avec une société de lobbying pour faire garantir un important prêt à la petite ville de Wasilla dont elle était maire

– quelques déclarations contradictoires  sur un projet de pont vers l’île de Gravina ou sur l’utilité du rôle de vice-président

– ses appels exaltés à prier pour la guerre d’Irak, « voulue par Dieu » et même pour la construction d’un gazoduc de 30 Milliards de dollars, non moins crucial dans les plans du Tout Puissant.

– son titre d’ex reine de beauté, miss Wassilla 1984 et sa photo sur Vogue

– la tonalité extrémiste de ses déclarations sur les armes à feu, l’avortement, l’Irak, et autres sujets qui lui tiennent à coeur

– une solide réputation de gaffeuse soupe-au-lait

– et même une arrestation pour conduite en état d’ivresse de son époux il y a une vingtaine d’années.

Si l’on tient compte du taux moyens d’accusations et rumeurs qui tombent sur tout candidat, et de la fréquence des vidéos mises en ligne le ridiculisant, ce n’est pas énorme, mais ce sont quand même des handicaps.

Par ailleurs, l’inexpérience de Sarah Palin (par contraste avec la supposée compétence du colistier d’Obama) est soulignée, comme le sont ses positions droitières, peu susceptibles de toucher l’électorat centriste qu’est censé viser Mc Cain.

On dit même qu’elle était si inexpérimentée qu’il a fallu que les spin doctors de Mc Cain la préparent plusieurs heures à son premier grand discours et qu’il lui est quasiment interdit de  répondre aux questions des journalistes.

Enfin, en dehors de quelques traits de caractère communs aux deux politiciens hors norme,  en dehors du désir de rassurer son aile droite, et d’une naïve tentative de toucher l’électorat féminin, les commentateurs voient mal ce qui pourrait justifier le choix de Mc Cain.

 Vue de Paris, la campagne de MC Cain est ringarde : il traîne ses guêtres dans les supermarchés et chez les « bikers« , il met des drapeaux américains partout, il est vieux, il fait de la publicité négative contre Obama superstar, il s’encombre d’une ancienne Miss Wasilla, Arkansas.

Oui mais… Sarah Palin, l’adversaire de l’avortement et la membre de la National Rifle Association se ferait siffler à Berlin. Mais à la convention républicaine à moitié gâchée pour cause d’ouragan, elle électrise les délégués. Son discours a une tonalité très nette : populiste et agressive. Elle sera la candidate des Américains qui se méfient de l’establishment, des élites de Washington et des médias présumés libéraux. Elle répondra parfaitement au stéréotype de la mère de famille d’une petite ville de province grande gueule mais bon coeur. Elle attaquera Obama classé l’homme le plus séduisant par les magazines de mode. Lui a l’air d’une star de cinéma, elle ressemble à un personnage de sit-com familial pour chaînes locales de l’Arkansas. La guerre des cultures entre Amérique « profonde » et élites « libérales » est bien repartie.

La question que nous devons nous poser, comme pour les publicités négatives de Mc Cain, n’est pas de savoir si c’est le genre de campagne que ferait Segala, c’est : est-ce que cela marche là-bas ? La réponse pourrait nous surprendre.

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