La rumeur indestructible

• La rumeur est-elle le plus vieux média du monde ?

Elle suppose la propagation d’une nouvelle (un événement, vrai ou faux, passé ou futur) d’un interlocuteur l’autre, « un vers un », en concurrence avec des modes de communication officiels ou légitimes (autorités ou médias « un vers tous »). Chaque nouveau diffuseur a tendance à enjoliver la rumeur et à la crédibiliser (en ajoutant qu’il la tient de source sûre, alors qu’il l’a de douzième main). Le plus souvent, elle porte sur des faits secrets et scandaleux : sexualité, maladies ou dangers cachés, complots, argent ou corruption, bref ce qui fait fantasmer à propos des puissants, hommes et organisations.

Bouche-à-oreille, médisance, cancan ont probablement toujours existé. Les mass media n’ont pas fait disparaître la rumeur ; ils ont stimulé le goût pour ces « révélations » parallèles, gratifiantes pour celui qui « sait ». Internet, permet à chacun d’être éditeur, sur son site ou sur son blog, et facilite la circulation des rumeurs : on peut toucher le monde entier et non plus son réseau de relations en retransmettant un simple courriel. Parallèlement, beaucoup d’internautes développent une mentalité « X-files », c’est-à-dire la tendance croire que « la vérité est ailleurs » et que les « vieux » médias nous cachent la vraie raison des choses.

• En quoi les entreprises sont-elles concernées ?

En ces temps qui valorisent le principe de précaution, la protection de l’environnement et du consommateur, la vigilance sociétale…, l’entreprise qui, de plus, dépend de plus en plus de sa marque et de sa réputation, est la victime idéale. Il suffit d’évoquer un risque d’accident, un produit dangereux, un facteur cancérigène, une corrélation avec un taux de mortalité anormal, un rapport d’experts « qui aurait été étouffé », une complicité avec un régime dictatorial pour créer une inquiétude qui se propage très vite. La motivation peut être intéressée (concurrent), ludique (canular), militante (idéologie)…, et surtout, il est très difficile de désigner l’initiateur.

• Comment gérer ce nouveau risque ?

En amont. En décelant la naissance d’une rumeur très tôt (il existe même des logiciels « renifleurs de rumeurs » sur Internet) et si possible sa source vraisemblable. En préparant un argumentaire, un système de preuve, des mécanismes de réaction et des relais de diffusion pour son propre contre message. En anticipant.

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