UNESCO et diversité culturelle

Le texte de la convention

L’adoption de la convention sur la diversité culturelle de l’Unesco à sa Conférence Générale d’Octobre 2005 a révélé plusieurs choses. D’abord, l’isolement des USA , seuls avec Israël à voter contre ce texte. Ensuite l’efficacité de la diplomatie française : notre pays , souvent moqué comme la patrie de l’exception culturelle, fut le plus ardent promoteur de cet instrument juridique, avec le Canada. Dans cette affaire, il a été tout sauf ringard et isolé. Enfin la Convention a été soutenue par des « Coalitions pour la diversité culturelle », dans divers pays : ces associations regroupant des intellectuels, des artistes ou des acteurs de la scène culturelle ont travaillé en réseau pour mener un lobbying au bon sens du terme. Influence contre influence pour un enjeu qui n’est pas seulement idéologique ou culturel mais aussi politique et économique. Pour ne donner qu’un exemple, les pays où le cinéma américain occupe 90 ou 95% des écrans ne sont pas rares. Une politique de soutien aux cinémas nationaux ou régionaux pourrait faire perdre d’énormes parts de marchés à la première industrie d’exportation américaine, celle de l’image.

Deux ans après être revenus à l’Unesco, les USA doivent donc déchanter : leur « soft power » est loin de leur rapporter les dividendes qu’ils en espéraient. Sous Reagan, ils avaient quitté l’agence culturelle des Nations Unies pour protester, entre autres, contre le NOMIC (Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication), un projet qui visait à rééquilibrer le quasi monopole du Nord sur les flots d’information, surtout à travers ses grandes agences de presse.

G.W. Bush, qui avait envoyé son épouse faire un important discours de réconciliation à la tribune de l’Unesco en 2003, comptait en faire un symbole de l’Amérique promotrice de la liberté. Suivant une logique inspirée des néo-conservateurs grands adeptes de la guerre culturelle, il considérait que le volet miliaire de la politique de puissance devait s’accompagner d’une stratégie d’influence, d’une diplomatie publique efficace. Elle répandrait une image positive de l’Amérique et de son mode de vie, et favoriserait l’adhésion à ses valeurs idéologiques. Bref, l’universalité du modèle américain justifiait une stratégie de coopération finalement rentable.

Dans la convention, les USA voient de nombreux risques. Ils dénoncent le risque de mainmise des États voire de contrôle sur la culture nationale. Ils craignent aussi qu’au nom d’une conception extensive de la culture ou des produits culturels les gouvernements locaux ne puissent adopter des mesures protectionnistes. Ce serait en somme OMC contre UNESCO, accords de libre-échange contre nationalisme culturel.

Du reste, la convention n’étant pas encore rentrée en vigueur (ce ne sera le cas que lorsqu’un certain nombre de pays l’auront ratifiée ou y auront adhéré), la bataille est loin d’être finie. Outre les pressions diplomatiques, les USA pourront recourir aux accords bilatéraux ou autres, puisque « rien dans la présente convention ne peut être interprété comme modifiant les droits et obligations des Parties au titre d’autres traités auxquelles elles sont parties » (Art 20). En clair, il faudra que la convention qui autorise toutes sortes d’aides ou d’encouragement aux produits culturels locaux et qui justifie une politique de préférence linguistique se concilie avec les accords de libre-échange. Il y a donc de gros débats juridiques en perspective. Et les pessimistes prévoient déjà que la Convention, catalogue de bonnes intentions où l’on retrouve pêle-mêle la diversité, le développement durable, les droits de l’homme…, mais qui ne fait qu’encourager ou suggérer et qui n’a pas grand chose d’obligatoire restera lettre morte.

Au-delà des affirmations de principe auxquelles on ne peut qu’adhérer (« La culture n’est pas une marchandise » ou « Il faut préserver la diversité caractéristique de l’espèce humaine ») cette convention ouvre donc de très importants débats. Notamment ceux qui portent sur la définition des expressions et des biens culturels. Ou les rapports entre culture et identités collectives. Nous reviendrons sur ce thème, mais, en attendant, nous invitons les visiteurs du site à télécharger le texte de la Convention pour se faire une idée par eux-mêmes.

FBH

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