Marketing de la guerre : deux pionniers

Un boxeur et un psychologue inventent la propagande moderne en 1917

Comment fait-on pour rendre la guerre sexy ? Cette question ne nous étonne plus. Nous savons que ce sont des agences de « com » qui choisissent les noms des opérations militaires (« tempête du désert » quand elles sont en forme, « justice infinie » quand elles sont moins inspirées). Nous savons qu’il existe des « spin doctors », des « docteur folimage », des conseillers des présidents, des gourous spécialisés dans la fabrication de l’opinion : ils sont consultés avant chaque opération et préparent les citoyens par un pilonnage de photos et de nouvelles (cruautés serbes, ADM irakiennes, crimes terroristes du nouveau président iranien Amadinedjad) comme on prépare le terrain avec de l’artillerie médiatique. Nous savons qu’il existe des méthodes de traitement de la presse : journalistes en pool pendant la première guerre du Golfe, conférences de presse sur les frappes chirurgicales de l’Otan pendant la guerre du Kosovo, journalistes « embedded » en Irak en 2003. Nous avons vu des films comme « L’Amérique de Bush », « Farenheit 9/11 » ou “Des hommes d’influence“ (Wag the Dogs). Rappelez-vous scénario de ce dernier : le conseiller en communication de la Maison-Blanche engage un producteur d’Hollywood (Dustin Hoffman) pour mettre en scène une vraie-fauuse guerre, entièrement tournée en studios. Nous savons qu’il existe dans la réalité des agences de « relations publiques » comme Hill and Knowlton ou Rendon qui savent diaboliser le méchant auquel on fera la guerre comme ils savent vendre une marque de saucisses.

Mais qui a commencé ? Qui a inventé cette idée: utiliser toutes les ressources de la persuasion commerciale et de la séduction médiatique pour convaincre des êtres humains d’en tuer d’autres et éventuellement de mourir dans une guerre ? Ce qui –on en conviendra – implique un peu plus que de changer de marque de savon.

Pendant la première guerre mondiale, le 5° bureau en France, les spécialiste de la Deutsche Kriegnachrichten ou ceux de Wellington House à Londres découvrent ceci : avec la technique, rien ni personne n’échappe à la propagande, ni un mot ni une image, ni le front, ni l’arrière, ni l’ennemi (qu’il s’agit de désinformer ou de démoraliser), ni son camp (qu’il faut souder dans l’exaltation communautaire), ni l’information qu’il faut filtrer, ni la distraction (vouloir rire ou rêver en temps de guerre c’est déjà pactiser avec l’ennemi et le music-hall ou les bandes dessinés doivent aussi participer à l’effort guerrier).

Mais aux USA, pas encore engagés dans la guerre, le problème se pose en d’autres termes : quand on ne dispose ni de l’appareil, ni de la censure d’État, quand la presse est pluraliste et une partie de l’opinion pro-allemande ou pacifiste, comment convaincre une nation d’entrer en guerre.

La solution sera fournie par deux professionnels de l’action psychologique, Creel et Bernays, engagés par le président américain pour convertir l’opinion à l’entrée en guerre aux côtés des alliés puis pour soutenir l’effort de guerre étasunien. En effet, en 1917, Woodrow Wilson réalise à quel point l’Amérique profonde est hostile à la guerre (du reste lui-même a été élu sur des thèmes pacifistes avant de se rallier à la « croisade » contre le kaiser). En bon pragmatique, il décide de faire appel aux meilleurs spécialistes. L’idée du « social engineering », la confiance dans la capacité d’une action scientifique pour transformer la société est enracinée dans la mentalité américaine de l’époque. À tout problème une solution.

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