Foules planétaires, pèlerins romains

Urbi et orbi

Jean-Paul II pape centrifuge, pape de l’image, voyageur prosélyte et icône cathodique, incarnait le mouvement perpétuel. Dans la dévotion que lui vouent plus d’un milliard d’hommes, il y a une bonne part d’admiration pour la performance du prédicateur infatigable tourné vers l’orbi. Mais à sa mort, c’est urbi, vers la place Saint-Pierre que converge un des plus grands rassemblements de tous les temps. Interrogés sur les raisons de leur présence, ces catholiques dont la plupart n’auront vu que le dos de leurs voisins et un écran géant répondent tous la même chose : l’hommage au pape ne peut se faire qu’in presentia. Et en communion sur un territoire. Aucune émotion télévisée ne remplace l’itinéraire et le rassemblement. Le principe du pèlerinage, converger, voir et prier, prend une valeur d’évidence : il faut transporter des corps physiques pour former un corps mystique. Mais au fait, qu’est-ce qu’un pèlerinage.

La question du pèlerinage est si actuelle que la notion s’étend et englobe un sacré non religieux. Du déporté qui revient sur les lieux de souffrance à Auschwitz, de l’ancien combattant qui parcourt la Voie Sacrée où sont mêlés les ossements des soldats de la première guerre mondiale, l’usage dit qu’ils accomplissent un pèlerinage. Et, dans un registre moins grave, la langue de tous les jours nous autorise à parler d’un pèlerinage sur les lieux de notre jeunesse, ou du pèlerinage amoureux qui nous ramène là où nous avons rencontré l’être aimé. Mais, qu’ils aient à voir avec la mémoire de la mort ou de l’amour, avec le respect ou avec la nostalgie, ces retours sur les lieux du passé ne sont nommés pèlerinages que par référence à une autre sorte de voyage, à la fois géographique, symbolique et initiatique.

Urbi et orbi

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