Arabie saoudite et USA

De la relation spéciale au divorce

Relation spéciale fut, des décennies, un euphémisme pour qualifier les rapports entre les U.SA. et l’Arabie Saoudite. Elles commencent à la Saint-Valentin de 1945 où, de retour de Yalta, Franklin D. Roosevelt, rencontre le roi ibn Séoud, à bord du croiseur Quincy. Aucune puissance ne devait menacer l’approvisionnement énergétique U.S. donc les réserves de la monarchie, donc sa stabilité. Sécurité contre pétrole : voilà une politique facile à comprendre.

En plus d’un demi-siècle, ni la question palestinienne, ni les liens entre Washington et Tel-Aviv, ni divers embarras liés aux achats d’armes du royaume, ni l’embargo anti-israélien de 1973 de l’OPEP, ni les fluctuations du cours du brut n’avaient réussi à troubler la fameuse relation. Même la disparition de l’U.R.S.S. semblait ne rien changer. Protéger le régime saoudien était une priorité en1950 : Truman craignait l’invasion des champs de pétrole du Golfe Persique par Staline (une directive du National Security Council prenait la chose si au sérieux qu’elle envisageait de les défendre avec des armes radiologiques). C’était valable en 1990, quand Bush père, était censé protéger le pays d’une supposée invasion par l’Irak… La stabilité du régime rassurait : il traversait sans trop de dégât l’assassinat du roi en 1975, les événements de La Mecque en 1979, les attentats anti-occidentaux de 1995 et 1996, l’invasion du Koweït…. Bien sûr, les experts soulignaient les problèmes de déséquilibre démographique, spéculaient sur la constitution d’une classe moyenne et ses aspirations démocratiques et sociales, appelaient à des réformes prudentes. Les stratèges, eux, commentaient le coup d’éclat qui avait permis aux U.S.A. d’installer des bases sur place sans que la rue arabe se soulève : cette présence assurait la protection du pétrole et le contrôle de la zone. Que cela se soit fait au prix d’une offense symbolique – la terre du Prophète foulée par les rangers d’incroyants – et qu’un certain ben Laden en ait fait le thème obsessif de ses premiers discours comptait peu : pour les experts, ce facteur négligeable ne pouvait interférer avec la haute politique. Dix ans plus tard, le symbolique se vengeait.

Arabie et USA

Études géopolitiques

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