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Ecran / Ennemi Terrorismes et guerres de l'information
Editeur : 00h00.com

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Une interview parue à l'époque et dont nous ne renions rien avec le recul.


*Comment diriez-vous que se situe Écran / Ennemi dans le concert d’ouvrages consacrés cette rentrée au 11 septembre 2001 ?

FBH : J’espère, très en amont, très en retrait, et presque, très en dehors. Ce livre ne parle ni de Ben Laden, ni de Bush, au sens classique : qui ils sont, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils peuvent faire, ce qu’ils pensent, ce qui en adviendra, etc.
Écran/ennemi tente de discerner les tendances lourdes - transformations technologiques, évolutions des valeurs et des idéologies, stratégies des acteurs - des tendances qui modifient profondément les rapports entre, d’une part, l’information au sens large (non seulement la vision de la réalité que nous apportent les médias, mais aussi les nouvelles technologies, la place de l’information et de la communication dans nos sociétés) et d’autre part les conflits contemporains. Là aussi je parle au sens large : guerre, terrorisme, conflits de faible intensité, diverses formes de domination ou d’agression économique ou technologique…




*Écran / Ennemi est-il le fruit de vos réflexions depuis les événements de 2001 ou synthétise-t-il plutôt l’état de vos recherches antérieures, alimentées par les événements internationaux de cette dernière année ?

FBH : On est toujours l’homme d’une seule question. Le livre réactualise et complète des travaux antérieurs : le livre L’ennemi à l’ère numérique (PUF 2001) et L’information, c’est la guerre (un numéro de la revue Panoramiques), plus nombre d’articles paru dans les Cahiers de Médiologie dirigés par Régis Debray, notamment le numéro actuel , le n°13, sur la « scène terroriste ». Mais si vous remontez plus loin, même quand j’écrivais, il y a quelques années sur les routes de la soie ou que j’analysais la soft-idéologie dès la fin des années 80, je traitais toujours d’un même thème : les leurres et malheurs de notre connaissance de la réalité, et le rapports de puissance qui en résultent . Devant le livre de Marco Polo du XIII° siècle ou une déclaration de Rumsfeld prise sur Internet ce matin, je me pose toujours la même question : comment naissent, se répandent et nous gouvernent nos représentations de la réalité ? Par quelles voies, par quels moyens et avec quelle efficacité ?




*Quelle(s) étai(en)t vos intuition(s) premières, au moment d’écrire Écran / Ennemi ? L’analyse les a-t-elles confirmées, infirmées, modifiées ?

FBH : Je ne vais pas jouer les prophètes et prétendre que j’avais anticipé le « retour de l’ennemi » dans mon livre précédent. Avec le faible recul dont nous disposons, je dirais que j’ai presque sous-estimé l’ampleur des bouleversements. Et en particulier le couple infernal que pourraient former un terrorisme millénariste global que j’appellerais « de prédication et d’expiation » et une guerre « préventive » sans frontière ni fin.




*Est-ce difficile d’écrire sur des événements et une histoire « se faisant » ?

FBH : Très ! Il faut se défendre contre une double tentation : surestimer l’éphémère, donc se persuader que plus rien ne sera comme avant, et trop croire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, donc que les événements ne font que réactualiser des catégories anciennes.



Ami / Ennemi


*Pourquoi est-ce si difficile de définir la notion de terroriste ?

FBH : Pour des raisons idéologiques : « terrorisme » est un mot qui terrorise, il ciminalise la cause à laquelle on l’applique. C’est un « isme » qui remplace commodément d’autres mots en « isme » (anarchisme, communisme, nationalisme, tiers-mondisme…) ; il discrédite les fins en les réduisant aux moyens ; De Gaulle, Menahem Begin ou Mandela ont été en leurs temps considérés comme terroristes. D’où une certaine gêne. Le mot terrorisme n’est employé que par ses adversaires pour disqualifier une violence illégitime et cruelle. et, si, exceptionnellement, quelqu’un se reconnaît « terroriste », c’est toujours pour comparer son terrorisme à un autre plus puissant et pire encore qui le provoquerait et le justifierait.

Pour des raisons juridico-techniques. Le terrorisme est une forme de violence politique difficile à cerner, quelque part entre assassinat politique, conspiration, guerre de partisan guérilla urbaine, manifestations violente, voire crime crapuleux (on parle de gansterrorisme)… Les traités internationaux ou les codes pénaux s’empêtrent dès qu’il essayent de définir le terrorisme en incluant à la fois des éléments matériels, des éléments intentionnels (renverser l’ordre politique, provoquer un état psychologique de terreur, un climat d’insécurité) des méthodes (s’en prendre à des victimes innocentes, à des civils ou à des non-combattants), sur les éléments qui le distingueraient d’une révolte légitime ( acceptable, elle, là où il n’existe pas de moyen d’action démocratique ou encore s’il y a occupation étrangère) et ainsi de suite. Or chacun de ces points peut donner lieu à des discussions sans fin. Par exemple qu’est-ce qui distingue une victime innocente d’un occupant ou d’un « complice du système » ? Est-ce qu’un bombardement par une armée régulière ne fait pas, lui aussi, des victimes innocentes ?
Enfin il y a, je crois, une raison de fond : le terrorisme est quelque chose d’hybride, une « proclamaction » dont la stratégie est à la fois d’infliger un dommage matériel à des forces adverses, mais aussi de répandre des croyances.


*Cette intrusion de la loi du talion dans l’organisation politique internationale n’est-elle pas une fatalité ? Il y aura toujours des « révoltes » contre les systèmes en place.


FBH : Dans la mesure où le terrorisme est l’arme du faible et qu’il fournit un maximum d’effet de perturbation et de propagation pour un minimum de moyens investis (les moyens en vie humaine, la vie des kamikaze, n’étant pas les plus difficiles à trouver), il n’y a aucune raison qu’un jour il n’y ait plus aucune cause qui y ait recours. Je crains, hélas, que l’on ne puisse détruire le terrorisme ni par la répression, ni, comme le disent les naïfs, en supprimant ses causes en amont (ce qui voudrait dire supprimer toutes les injustices et les frustrations).




* Etes-vous d’accord si je dis que le terroriste c’est la figure de l’ennemi définie par Carl Schmitt qu’on aurait poussée à l’extrême ?

FBH : La différence entre une armée et un groupe terroriste, en dehors de toutes les considérations qu’on pourrait faire sur le port de l’uniforme, le monopole de la violence légitime par l’État, ou les méthodes de l’un ou de l’autre, c’est qu’une armée est une arme à répétition, alors que le terrorisme est un fusil à un seul coup. Je m’explique : l’armée est supposée être une institution qui défend un pays, qui, éventuellement, fera diverses guerres contre divers adversaires, ce qui suppose le passage entre l’état de paix et l’état de guerre suivant le périodes historiques. Une armée, ça ressert. Le terrorisme a un but unique et un ennemi absolu unique. Que demain s’effondre le système capitaliste qui nous opprime, que parte l’occupant étranger qui nous occupe ou que les juifs et les croisés renoncent à nous persécuter, et je disparaîtrai aussitôt, nous dit le terroriste. Engagé contre une cause unique du Mal, l’organisation terroriste se caractérise elle-même comme provisoire ou accessoire (faute d’autres recours, en attendant une vraie révolution ou d’avoir les moyens de mener une « vraie » guerre, comme préalable à une guérilla qui occupera un territoire, pour réveiller les masses par la propagande par le fait….). Mais en réalité, cela veut dire que son existence se confond avec la recherche de cette victoire unique.



*Les amis opposés à cet ennemi ont-ils changé eux aussi en conséquence ?
FBH : Le chef d’état-major de l’armée américaine, le général Richard Myers vient de déclarer que « Le terrorisme est la première guerre mondiale de l’âge de l’information».Désormais les Etats-Unis font la guerre à la Terreur (War on Terror). Conférer ainsi non pas à un pays ou à un système mais à un principe ou à une méthode le statut d’ennemi principal est un immense changement. D’autant qu’il débouche sur la doctrine de la guerre préventive : intervenir en amont contre tout risque virtuel, tout État-voyou qui pourrait se doter d’armes de destruction massive à des fins terroristes, tout risque virtuel. C’est considérer non seulement qu’on est le camp du bien (cela, ce n’est pas vraiment une idée nouvelle), mais aussi que l’on incarne presque le sens de l’histoire qui va vers la globalisation, la société de la communication et la démocratie universelle, face à des forces obscures. Est-ce vraiment la conception que partagent ou que devraient partager les Européens ? J’en doute.




• Mais si l’un supprime l’autre, le gagnant aura-t-il encore sa raison d’être ?

FBH : Je crains que nous ne soyons en train d’inventer le mouvement perpétuel : la guerre pour prévenir le terrorisme risque de nourrir le terrorisme pour remplacer la guerre, qui à son tour, justifiera d’autres interventions armées, etc. Que signifierait la victoire pour les Américains ? La suppression de toute volonté de s’en prendre à leurs valeurs et à leur mode de vie, l’interdiction de tout moyen technique de s’en prendre à eux ? Et que signifierait la « victoire » d’al Quaïda ou des fondamentalistes ? La disparition « de juifs et des croisés », le règne de Dieu sur Terre, la conversion de l’humanité à l’islam pur et dur ? Nous en reparlerons quand une de ces situations se sera vraiment produite.



Images de la guerre / guerre de l’image



• L’image et le terroriste forment, à vous lire, un couple presque parfait ! Les terroristes manipulent des images pour faire leur guerre, nos images alimentent et manipulent la menace terroriste pour la rendre encore plus terrifiante. Les voilà doublement gagnants ! ?

FBH : Le message terroriste a des caractéristiques très précises : il a plusieurs destinataires. Il y au moins : l’ennemi, ses alliés potentiels et le public, le monde ou les générations futures en général, - il couvre un très vaste registre qui va de l’expression pure et simple (« voilà qui nous sommes, nous existons, nous ne supporterons pas plus longtemps, nous crions notre révolte ») à la négociation. Enfin, il doit toujours passer par des voies détournées. Souvent même, il doit retourner à son profit les médias de l’adversaire quitte à passer un marché implicite avec eux : « Nous vous fournissons de l’événement, donnez nous de l’écho. Voici du spectacle, donnez nous des réceptacles. ». Bref, son message publicitaire et sa catéchèse passent surtout par deux canaux : La cible : un tel représentait les forces de la répression, tel autre, l’occupant étranger, cet acte était une réappropriation, un jugement, un châtiment, un avertissement. Même la fameuse victime innocente du terrorisme est choisie pour porter un message : « nul n’est innocent, personne n’est à l’abri ; vous êtes tous, que vous le vouliez ou non, partie prenante à notre lutte ». Le commentaire destiné à expliquer l’acte : parfois quelques lignes, parfois des romans-fleuves (voir l’incroyable logorrhée des Brigades Rouges) mais il peut aussi s’adapter aux technologies de la télévision ou du Net pour passer entre les mailles du filet adverse.



* Nous voilà aussi à l’opposé de la situation initiale où, comme vous l’écrivez, « l’amélioration des connaissances scientifiques et techniques et des moyens de communication [constituait] une force par nature pacificatrice. » Comment expliquer ce renversement copernicien et qui aurait les moyens de rompre un tel cercle vicieux ?

FBH : Nous avions rêvé (ou on nous avait fait espérer) une « société du savoir » ou une « société de l’information ». L’information est censée être à la fois un élément de réduction de l’incertitude et de réduction des conflits ; Il suffit de relire ce qui s’écrivait il y a trois ou quatre ans sur la révolution Internet et la nouvelle civilisation qui se profilait à l’horizon. C’est le contraire qui s’est produit : la montée de l’incertitude, du risque ( y compris le risque informationnel, scientifique et technologique, c’est-à-dire le risque qui résulte des moyens de savoir) et de la conflictualité. Bref Nous attendions une société de l’information grâce aux N.T.I.C. (nouvelles technologies de l’information et de la communication), il nous faudra nous habituer aux N.V.T.S. (Nouvelles Violences Techniques et Symboliques). Mais ce n’est pas la première fois dans l’histoire. Des gens fort brillants ont successivement cru que le télégraphe, le téléphone, le cinéma ou la télévision allaient rendre les guerres et les violences impossibles parce que ces nouveaux outils de la communication rapprocheraient les hommes.



* Savez-vous si l’écran a le même impact au Moyen-Orient qu‚en Occident ? Fonctionne-t-il sur le même mode et joue t-il un rôle dans la mobilisation des fidèles contre le monde occidental que réclame Ben Laden ?

FBH : Il y a une énorme différence culturelle dans la façon de recevoir les images. Aux Etats-Unis, on n’a pas vu le corps d’une seule victime du 11 Septembre, sauf de vagues silhouettes des « jumpers », ceux qui sautaient des tours plutôt que de brûler vifs (et encore cela a suscité un débat). Mais les islamistes peuvent voir sans frémir des images d’exécution comme celle du journaliste Pearle ou tourner des cassettes-testaments où ils exaltent leur propre mort à venir. Pour eux de telles images sont licites, malgré la méfiance du Coran envers la représentation en image du visage de l’homme, parce qu’elles sont « exaltantes » et « pédagogiques ». Nous avons envoyé au monde des images de la « bonne vie » (prospérité matérielle et liberté des mœurs), les islamistes nous répliquent en produisant des images de la « belle mort » : cassettes de kamikaze et spectacle mondial de l’effondrement des tours de Babel l’orgueilleuse. C’est pour le moins la preuve que les technologies de transmission ne sont pas seules déterminantes.



*Ne diriez-vous pas que, sans mauvais jeu de mot, le XXIe siècle nous offre une nouvelle version du mythe platonicien de la caverne ? Les hommes sont enchaînés, on leur montre des marionnettes ˆ via l’écran d’ordinateur ou de télévision - et ils interprètent avec leur échelle de valeurs les signes qu’on veut bien leur montrer ?
FBH : Dans le mythe de Platon, il y a un vrai monde dans l’éblouissante lumière du dehors et ceux qui savent se libérer de la caverne par la sagesse peuvent échapper à l’illusion pour jouir de la vérité.




*En même temps, ne pensez-vous pas que les effets pervers de cette surinformation, et parfois désinformation risquent de plus en plus de se retourner, d’un côté comme de l’autre, contre leurs initiateurs et que leur soi-disant maîtrise des informations communiquées s’arrête, de toute façon, bien plus tôt que prévu ? Comme vous le dites, « la désinformation agit sur des cerveaux, pas sur des objets ou des données » et rien ne permet d’anticiper les interprétations de ces fameux cerveaux !

FBH : C’est ce que j’appellerais la bonne nouvelle : la réception des messages par un cerveau humain est imprévisible et cela fait que toutes les tentatives de manipulation, de la publicité, de la propagande ou de la désinformation ne sont jamais certaines de réussir. Sinon, par exemple, le système soviétique ne serait jamais désagrégé après soixante-dix ans de conditionnement des esprits. Et quatre-vingt ans d’études sur le pouvoir aléatoire des médias le confirment : il n’y a pas de science certaine du faire-croire. Nous ne sommes pas des chiens de Pavlov. On peut voir un message sans le remarquer, le remarquer sans le mémoriser, le mémoriser sans y adhérer, et y adhérer sans aligner son comportement. Surtout on n’adhère vraiment qu’à ce que l’on est vraiment prêt à accepter.




Médiatisation/ Médiatisation de la médiatisation




*La rumeur ne vient pas forcément du camp ennemi pour déstabiliser l’adversaire. Comment expliquez-vous celle propagée par Thierry Meyssan ?

FBH : La rumeur, en soi, n’est pas forcément mensongère ou délirante ; elle n’est pas non plus obligatoirement le résultat d’un complot ou d’une manipulation. Ainsi, les rumeurs sur la maladie mortelle de Mitterrand ou sur sa fille naturelle étaient vraies et traduisaient la connaissance qu’avaient de la réalité quelques milliers d’initiés, habitués des dîners en ville où l’on parle des coulisses du pouvoir. Quant à la désinformation qui consiste à propager des informations fausses, en dissimulant leur origine et leur but, pour influencer un public et porter préjudice à un adversaire, elle peut emprunter le moyen de la rumeur, mais elles ne se confondent pas.
Dans le cas de la thèse de Meyssan, nous sommes plutôt en présence d’un délire d’interprétation « conspirationniste ». C’est la mentalité « x-files » (on nous cache tout, la version officielle est mensongère, la vérité est ailleurs…), mais poussée à l’extrême. Si vous naviguez sur le web, en particulier sur des sites américains, vous trouverez facilement des anthologies de thèses délirantes : les Américains n’ont jamais débarqué sur la lune, Elvis Presley est vivant, Lady Di a été assassinée par les services secrets, des extra-terrestres se dissimulent parmi nous, le Mossad avait prévenu tous les juifs qui travaillaient dans les Twin Towers, etc. La thèse de Meyssan (à savoir que ce n’est pas un avion qui a endommagé le Pentagone, mais une bombe ou un missile, dans le cadre d’un inévitable complot militariste d’extrême droite) a été infirmée par des centaines de témoignages, par un livre enquête de deux très bons journalistes, Dasquié et Guisnel (L’effroyable mensonge), etc.
Malgré cela, il trouve toujours des partisans qui croient justement que s’il y a tellement de démentis, c’est la preuve qu’il y a quelque chose à dissimuler. Le cerveau humain est étonnamment résistant à l’évidence, et il préfère toujours croire à des causes secrètes, à l’action d’un manipulateur diabolique unique qu’à la vérité complexe, contradictoire et tissée de hasards.Un manipulateur unique nous rassure plus que la pluralité du mal et le poids du désordre et du hasard. Et cela nous flatte davantage, puisque nous avons percé les rideaux de l’illusion contrairement à la majorité des imbéciles !



*Que vous inspire la récente commémoration du 11 septembre 2001 sur les écrans du monde entier ? Voyez-vous là encore une trace de stratégie dans le camp occidental ?

FBH : Un an après, la commémoration de l’attentat contre les Twin Towers, qui fut, dixit la chaîne américaine HBO, l’événement historique le plus filmé, nous sommes tant submergés d’images qu’elles nous le rendent encore moins intelligible. Pourtant nous repassons en boucle, de manière quasi hypnotique ces images dont le sens est ambigu. Pour les islamistes, elles représentent une vengeance spectaculaire contre la société du spectacle et une manifestation visible du courroux divin. Pour l’Occident, elles deviennent la commémoration d’un désastre fondateur, comparable à certains égards à une Shoah de l’Amérique : le massacre après lequel plus rien ne sera jamais comme avant, le tort irréparable qu’il ne faudra plus jamais oublier. Est-ce de la stratégie ou de l’exorcisme ?





*Pensez-vous qu à terme, une guerre pourra se faire, ou du moins trouver son point de départ sur Internet (fausse rumeur, panique à la bourse et déclaration de guerre virtuelle) ?

FBH : Bien sûr des armées, dont officiellement, celles des USA depuis juin 2001, préparent des scénarios de cyberattaques. Elles sont destinées à paralyser au maximum les réseaux, moyens de transport et transmission et infrastructures vitales de leurs adversaires. Mais la vraie question est : cela peut-il remplacer la guerre et dispenser d’une vraie opération avec des bombes et des missiles grâce à un effet de « sidération » ? Ou de telles cyberattaques ne peuvent elles servir que de complément à des opérations plus classiques ? Ou, pour poser la question dans l’autre sens : des cyberterroristes (éventuellement aidés par un État sponsor) peuvent-ils infliger à un pays des pertes en vies humaines (par les accidents provoqués) en pertes économiques ou en désordre organisationnel, telles que le dommage soit comparable à celui d’une campagne d’attentats ?
Je suis relativement sceptique sur la puissance nocive d’un tel acte cyberterroriste, même si les Américains continuent à dépenser des millions de dollars et à lancer des alertes à répétition pour prévenir un « Pearl Harbour électronique ». Je ne discute pas de la faisabilité technique d’une telle offensive : la technologie change si vite que personne ne peut savoir quelles seront les fragilités des réseaux numériques, leurs capacités de réagir pour réparer rapidement une telle attaque, et la puissance de coordination et d’intelligence qu’il faudrait aux attaquants pour y parvenir. Sur tous ces points, si qui que ce soit a les moindres lumières aujourd’hui (acquises autrement que par des exercices de simulation totalement artificiels), je le félicite. Mais demain tout peut changer. Nous n’avons jamais expérimenté une cyber attaque à grande échelle, qui, par définition, repose sur une faiblesse non repérée des systèmes de sécurité de certains logiciels.

Les conflits tamouls ou au Timor, l’action des zapatistes des Chiapas, la guerre du Kosovo en 1999 ou la seconde Intifada ont systématiquement suscité des « cyberattaques », visant, suivant les cas, des ambassades de Sri Lanka ou d’Indonésie, l’Otan, des médias pro ou anti-serbes, un fournisseur d’accès israélien ou le Hezbollah, ... Encore faut-il noter – que ces attaques ont fait, au pire perdre du temps ou du prestige à leurs victimes, - qu’elles émanaient d’internautes, certes idéologiquement motivés, ou de groupes de hackers aux noms folkloriques ( Blondes de Hong Kong » contre la Chine populaire ou Legion of Underworld contre l’Irak) mais pas de vrais terroristes– qu’elles n’ont changé ni le sort d’une guerre, ni celui d’un sommet sur la mondialisation.- que le processus frappe autant États ou organisations terroristes que leurs victimes et qu’il est aussi bien employé contre une multinationale que contre l’ETA – et enfin que lesdits dégâts ont toujours été réparées assez rapidement.




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