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Technologies et mondialisation Tema Reims
L'idée de "réseaux sociaux" (les réseaux humains qui utilisent les médias dits sociaux ou 2.0) recouvre en réalité une pluralité d'usages :

- Partage de contenus plus ou moins spectaculaires destinés à attirer un vaste public (vidéos sur YouTube, par exemple) et à le commenter,
- Blogs permettant l'émergence de porte-paroles, de vedettes ou recueil de sources appréciées par un public connaisseur, espace de présentation de soi, de ses passions, de ses amis,...,
- Variante : plate-formes de micro-blogging : elles peuvent servir aussi bien à signaler et discuter des sources documentaires nourrissant un débat de fond qu'à relater de façon narcissique les plus menus incidents d'une vie banale ou à exercer une influence et contre-influence (y compris pour le terrorisme)
- Espace personnel (construction et ouverture de son intimité) ou professionnel, communautés plus ou moins ouvertes suivant des critères propres…
- Outils voués à un travail collaboratif de documentation, écriture ou création, résolution de problèmes pratiques ou théoriques
- simple maintien d'un lien affectif en restant constamment en contact avec les membres d'une communauté.
- etc.

Proclamation, e-journalisme, marketing, veille, dialogue de connaisseurs, entretien d'une convivialité ou d'une complicité, présentation de soi où de sa société, dialogue avec des usagers, propagation de modes, journal intime, affirmation symbolique d'une croyance ou simple fonction phatique (s'assurer que l'on est toujours en contact avec des interlocuteurs), jeu négoce, ...

Le statut privé ou public, les contenus, le degré de technicité ou d'ouverture, les fonctions de coopération ou de partage, le caractère sélectif, la richesse des apports possibles, le but recherché - allant de la quête d'informations pointues ou du travail d'intelligence collective jusqu'à l'entretien d'une socialité gratifiante pour l'ego -, tout varie donc considérablement suivant le réseau.


Une approche courante envisage des réseaux comme des "outils de communication" ou "moyens d'expression" puissants. La conjonction du numérique (transformation des sons, des images et des mots en bits informatiques) et de la circulation des messages ou de la navigation par des voies multiples interconnectées, tout cela permet en effet théoriquement à chacun d'émettre quasi gratuitement et instantanément un message que n'importe qui à l'autre bout du monde peut tout aussi théoriquement consulter.

Certes, le "e-journalisme" ou le journalisme citoyen, l'expression de soi et le témoignage en paroles ou en images sont incontestablement facilités.
Facilités au point que le problème n'est plus de pouvoir dire ou montrer, mais d'attirer l'attention, d'être repéré par les moteurs de recherche ou cité, "retweeté", indexé, commenté, "liké" (recommandé dans le jargon de Facebook), etc. Quand tous les messages, y compris les plus contradictoires, sont disponibles en ligne, il importe de savoir comment les publics cibles y accèdent et vers lesquels ils se dirigent.

Nous assistons visiblement à un transfert dans les méthodes de sélection face à une information surabondante : de la classification sur le modèle catalogue ou de la recherche par mots clefs (ce qui fondait le fameux pouvoir des algorithmes de type Google) à des méthodes de recommandation directe (évaluation, vote, suggestion) et indirecte (liens, citations, classification…).

Souvent aussi on insiste sur la nature participative, voire "démocratique" du réseau. Elle en souligne le caractère ouvert ou horizontal par contraste avec l'ancienne structure pyramidale d'autorité ou avec le mode de diffusion des mass media : le réseau permet à chaque membre non seulement de faire savoir, mais aussi d'interagir, voire de mener des projets communs en utilisant ce que l'on nomme intelligence collective ou intelligence des foules. La forme du réseau implique du partage du pouvoir et l'initiative de la base. Du coup est né un mouvement de "cyberutopisme" qui attribue aux réseaux un pouvoir intrinsèquement démocratique, voire la capacité de menacer toutes les dictatures par le partage de l'information et de l'actions. Pourtant l'expérience des cyberdissidences et contestations en ligne montrent que ce pouvoir se dispute avec le renfort de technologies dites "de libération" (il existe des réseaux orientés vers la lutte contre toute tentative de censure) ou de contrôle et censure, et qu'il dépend des stratégies, des États, des ONG, des acteurs économiques et techniques, etc.

En amont, un réseau social s'ouvre à tous : un apprentissage minimal, des accès faciles, voire des terminaux qui, s'ils ne sont pas gratuits, deviennent de plus en plus accessibles, y compris sous leur forme nomade (le smart phone que chacun peut avoir sur lui).

Pendant l'échange, la structure réticulaire accessible de n'importe où est, à ce titre, difficile à couper ou censurer : elle permet une coopération à des degrés très divers.
On peut se contenter de consulter, d'émettre un simple avis positif ou négatif, de citer ou de recommander.
On peut commenter, discuter, contribuer à un nuage de tags (qui lui-même aidera à l'indexation et pourra attirer d'autres), faire un "rétrolien", recommander, intégrer des éléments comme "curateur" en une sorte de revue de presse en ligne.
On peut aussi se concerter, voter, décider, propager des slogans ou des instructions, faire un cartographie ou une base de données en direct, collaborer à un texte.
Le degré de participation est extraordinairement variable, de l'intérêt presque distrait d'un "chat" sur un sujet à la mode jusqu'à l'engagement militant qui débouche dans la "vraie vie", comme les révolutions dites "2.0".
Bref, ce n'est pas la même chose que de faire gérer par des spécialistes un profil Facebook avec "mur" d'amis, de suivre une crise de réputation sur Twitter ou de monter un projet collaboratif ou un Wiki.

En aval, les contenus ont une vie propre : ils sont incessamment modifiés ou actualisés au cours d'un processus collectif d'adjonction critique et révision, mais ils sont aussi plus ou moins consultés ou repris et attirent des flux d'attention variables qui font le "buzz" et la "e-réputation".

À chacun de ces trois stades intervient une multitude de micro-décisions prises par des acteurs, au départ égaux et inconnus (jusqu'à ce que certains accèdent au statut de porte-paroles, de "influents" ou de blogueurs vedettes). Il y a aura d'ailleurs à discuter ce que recouvre le caractère apparemment égalitaire du réseau social et des pouvoirs (pouvoir d'influence, de sélection, de direction de l'attention qu'elles recouvrent) qui y subsistent.

Enfin, il faut considérer que les réseaux sociaux ne servent pas seulement à faire savoir, mais aussi à faire corps et à faire faire. Ce sont des outils de synchronisation de l'action, de coopération "dans la vraie vie", de recherche des solutions collectives, voire de lutte, comme le montrent chaque jour de nouvelles contestations, avec stratégie de rassemblement et de mise en scène.

On peut s'interroger sur la capacité des réseaux de créer des identités collectives durables. Les rassemblements dans le monde virtuel peuvent produire des changements dans le monde réel (au prix d'un incessant va-et-vient entre les deux formes de vie collective, messagerie et action dans la "vraie vie"). Mais, dans tous les cas, ils sont devenus des moyens d'influence politique, économique et idéologique dont la dimension internationale est évidente .

Définition, usages, typologie, fonction informative, d'influence et stratégique des réseaux, telles sont les dimensions qu' explorera le cours.

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