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IRIS SUP Intelligence stratégique et guerre de l'information








Introduction à la guerre de l'information


Guerre et  information ? : quel rapport entre l’information dont on ne cesse de célébrer les vertus («société de l’information») et la guerre qui implique théoriquement mort d’hommes («la guerre, cela consiste simplement à faire entrer des morceaux de fer dans des morceaux de chair » ) ?

Quel rapport entre lutter contre l'incertitude et lutter contre des ennemis ?

La "com" et le massacre ?



Pour répondre, il faut à la fois définir ce qu'est la guerre aujourd'hui et de quelle sorte d'information il s'agit.



La guerre en tant que


  • violence

  • mortelle

  • armée

  • collective

  • continue


  • poursuivant des objectifs politiques (généralement liés à la souveraineté)


devient de plus en plus difficile à distinguer de formes hybrides ou abâtardies

- terrorisme, guérilla, massacres, criminalité, émeutes, affrontements dans les zones de désordre... du côté de la violence pure

- et, si l'on considère les nouveaux instruments du conflit, de la cyberguerre, de la guerre économique,  de la menace diplomatico-politique...).



Quant à l'information, nous la rencontrons sous forme :


  • - de données stockées quelque part

  • - de messages circulant et en particulier de "nouvelles" décrivant les événements du monde

  • - de connaissances pour ceux qui transforment l'information en savoirs ou croyances intégrés dans un cerveau humain à d'autres savoirs

  • - de programmes portant des instructions (comme l'information du code génétique ou les algorithmes des logiciels)



Reste qu'il existe des stratégies de l’information (ou infostratégies) dans les pratiques économiques, politiques et dans les relations internationales. Ces stratégies qui peuvent être très agressives recourent à l’information tantôt considérée pour sa valeur cognitive (des connaissances susceptibles d’éclairer la réalité et de guider la décision), tantôt comme objet de croyance agissante, donc destinée à modifier les attitudes ou les comportements d’autrui.

 Ces deux aspects - connaissance et croyance, capacité et motivation, technique et psychologique - se retrouvent en intelligence économique : on parlera alors de veille (avec son complément la protection du patrimoine informationnel) d’une part et d’autre part d’influence dont sa forme agressive de désinformation ou de déstabilisation).

La même distinction réapparaît dans le domaine militaire : ce qui se rapporte au renseignement ou au secret et, d'autre part, ce que l’on nommera suivant le cas action psychologique, propagande…

En géopolitique on opposera la dominance informationnelle à l’emprise idéologique, morale ou culturelle, etc., à tout ce que certains nomment soft power, influence stratégique, diplomatie publique.. Il s’agit de réduire l’incertitude dans un cas, de réduire des résistances mentales dans l’autre.



Sans compter, bien entendu, que l'information, si elle est quelque chose d'immatériel, repose sur des supports matériels : des systèmes, des vecteurs, des réseaux, des mémoires.., qui sont tous susceptibles d'être altérés, bloqués, sabotés, violés (pour s'emparer d'une information), détournés, qui peuvent faire l'objet de conflits et de prises de pouvoir..



Un coup d’œil sur un moteur de recherche montre que suivant le site sur lequel on tombe «guerre de l’information» peut avoir plusieurs sens :



- celui de «mensonge, propagande, manipulation…» dans un cadre international (selon le camp dans lequel on se situe, on accusera, par exemple les Israéliens ou les Palestiniens d’intoxiquer les journalistes occidentaux, d’inventer de fausses victimes ou de faux charniers, d’avoir des complices dans la presse française qui censurent les nouvelles qui leur sont défavorables et exagèrent les autres, etc.)



- celui de « déstabilisation, accusation devant l’opinion publique, lancement de rumeurs, subversion », par exemple les campagnes menées par les ONG contre de grandes entreprises, ou les rumeurs qui circulent sur Internet sur tel accident industriel ou telle pollution. Mais le terme peut s’appliquer aussi aux opérations de communication, de lobbying ou autres menées par des officines spécialisées pour soutenir des intérêts économiques : aider une entreprise dans le cadre d’une OPA hostile, soutenir la cause de l’industrie du tabac ou de l’armement, rassurer les consommateurs ou influencer les organisations internationales et autres manifestations de ce que certains appellent « relations publiques » et d’autres « industries du mensonge »



- un sens proche d’espionnage industriel ou de surveillance électronique (du type de celle qu’exerce le système Echelon)



- un sens technologique où il est question de logiciels malveillants, de sabotage des infrastructures vitales et de prise de pouvoir sur des milliers d'ordinateurs "zombies"



- un sens militaire où il est question de rendre le champ de bataille «transparent», d’avoir la «dominance informationnelle» sur l’ennemi, de mener des « opérations psychologiques »…



- dans des textes plus théoriques, la guerre de l’information est décrite comme une dimension générale de la stratégie dans la société de l’information. On parle alors d’une guerre « par, pour, contre l’information », c’est-à-dire des manœuvres souvent illégales mais toujours agressives qui sont destinées :



    * soit à diffuser un point de vue favorable à ses objectifs ou à affaiblir un rival par des discours et/ou des attaques incapacitant ses systèmes d’information (par),

    * soit à acquérir des connaissances décisives pour conquérir un marché, une supériorité technologique  mener une opération militaire ou diplomatique (pour),

    * soit enfin à contrer les manœuvres d’un ennemi ou d’un concurrent auprès de l’opinion publique ou des décideurs (réfuter sa propagande, ses calomnies, son prosélytisme, ses tentatives de déstabilisation) mais aussi à assurer la sécurité de ses propres systèmes d’information contre une attaque, saturation d’un site, virus, logiciels dits « malveillants » (contre)



Comme on le voit, les usages « guerre de l’information » font passer du militaire au diplomatique, de l’économique au technologique ou du psychologique au sécuritaire. Pour les uns cela veut dire appliquer les principes de Sun Zi, pour les autres acheter les bons logiciels, pour les troisièmes contrôler les médias.



Inversement, on pourrait soutenir qu’il n’y a pas de guerre ou de conflit sans stratégie de l’information.



Celle-ci doit répondre à des questions qui obsédaient déjà les sophistes grecs ou les généraux chinois :



- Comment faire croire à autrui ce que l’on désire, qu’il s’agisse de le persuader par argumentation ou de l’égarer par stratagème ?



- Comment savoir ce qu’il ignore ou qu’il ignore ce que l’on sait ?



- Comment rendre l’autre prévisible et se rendre soi-même insaisissable ?



Peu importe que l’on prenne stratégie au sens militaire - art de coordonner des moyens collectifs de tuer - ou au sens large - façon d’employer efficacement ses ressources dans une relation conflictuelle – , elle suppose l’emploi de signes et signaux.



Cela va de battements de tambour à la rédaction d’un in-octavo, de la façon de se peinturlurer le visage à l’exploration du Web sémantique. Ces signes – recueillis, stockés, traités, propagés, cryptés… - servent à une fin que nous nommerons par commodité «victoire» : la prédominance d’une volonté sur une autre. Ils y contribuent autant qu’ils servent à prendre une décision efficace, à répandre une croyance motivante (désir, courage, foi…), mais aussi agir sur la perception de la réalité du rival pour augmenter son incertitude, le démobiliser ou lui suggérer le choix que l’on désire.



Ces principes très généraux – savoir, faire-croire, dissimuler, égarer – s’appliquent aussi bien à un jeu qu’à une tentative de séduction, à la conquête d’un marché comme à la guerre froide. Ludique, érotique, rhétorique, économique ou atomique riment avec stratégique.



La question que nous devons nous poser est : pourquoi maintenant ? Pourquoi donnons-nous de noms bizarres à ce qui a toujours existé ? pourquoi penser à neuf ce qui fut toujours fait (il est vrai à une échelle bien moindre et avec des moyens plus archaïques) ?



La réponse tient en partie dans la synergie entre la technologie et l’idéologie. C’est un truisme de dire que, sans les possibilités qu’offrent les TIC d’agir à distance et de traiter d’incroyables quantités de données, sans les changements sociaux et culturels liées à leur diffusion, personne n’aurait pensé à théoriser la Révolution dans les Affaires Militaires, la surveillance électronique, la déstabilisation par sites interposés, l’interception des télécommunications.



Mais ces possibilités d’agir pour acquérir du pouvoir ou produire un dommage – à travers l’information et les machines qui la traitent, - sont à la disposition d’acteurs qui sont animés par des convictions et un imaginaire, que ce soit celui de la mondialisation heureuse, du contrôle de la globalisation, de l’idéal de la transparence et de la communication, de l’altermondialisme, du militantisme «anti Big Brother»….



L’hypothèse que la société de l’information soit celle du conflit du contrôle et du secret prend consistance. Sur fond d’interrogations sur le pouvoir des mass media, les Technologies de l’Information et de la Communication bouleversent les conditions de l’affrontement. Elles permettent de nouvelles hégémonies et de nouvelles stratégies de perturbation. Elles facilitent destruction et chaos high tech. La guerre de l’information militaire ou économique, les stratégies de dominance informationnelle, la cyberdélinquance ou le cyberterrorisme occupent le premier plan de l’actualité, et posent des questions de libertés publiques.



Dans tout cela, il y a un point commun : l’information à la fois désirable, redoutable et vulnérable, et ses technologies : les outils de communication peuvent devenir des moyens de perturbation et de manipulation.



Le cours ne séparera pas  les territoires où se déploient ces stratégies : l’économique, le politique, l’idéologique…

Des règles commune ont déjà énoncées il y a plusieurs siècles par les sophistes grecs, les stratèges ou les prosélytes de toutes les religions et se retrouvent dans les pratiques actuelles... Elles éclairent les phénomènes qui caractérisent nos modernes sociétés de l’information et de l’influence. Pour comprendre comment on s’informe à l’ère du Web 2.0 ou comment fonctionne l’influence par le biais des think tanks, des ONG, des télévisions internationales et des spin doctors, il nous faudra d’autres clefs, technologiques ou sociologiques.



On abordera dans une optique transdisciplinaire tous les affrontements (de la concurrence économique à la guerre pure et simple ou au terrorisme), chaque fois que l’information est considérée comme une arme ou comme une ressource rare. Suivant les cas la psychologie sociale, l’intelligence économique, la stratégie ou la médiologie seront sollicitées dans le but d'éclairer les phénomènes que l’on nomme : propagande, manipulation, influence, déception, désinformation, formatage des esprits, opérations psychologiques et/ou informationnelles, diplomatie publique, guerre cognitive, de l’image, ou de l’information, communication publique, bataille de la perception, narration et contre-narration…,

 Quitte à faire un peu le ménage dans cette terminologie surabondante pour retrouver quelques fondamentaux.





Mode d’emploi du cours



La partie théorique du cours sera, bien entendu, illustrée d’exemples pris dans l’actualité et sera complétée des exercices de veille ou de simulation pratiqués en groupe.



Notre ouvrage Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence (Vuibert 2008) recouvre très largement le contenu de ce cours et peut servir de manuel.



Par ailleurs, de nombreuses notions ou illustrations sont exposées sur le site www.huyghe.fr



Vous pouvez ainsi télécharger un glossaire, un dictionnaire critique, un livre en version numérique, une brochure sur la guerre de l’information, l'information et le conflit ou sur l’information stratégique en intelligence économique et ainsi de suite.

 Voir aussi la bibliographie. Ou encore Cent mots, cent livres sur l'influence





L’idée est que chacun se fasse son « polycopié numérique » personnel, composé au gré de ses intérêts plutôt que d’imposer un texte unique.



Plan du cours



Concepts







Les sources






 Tromper, leurrer, troubler





    Surveiller





    Stratégies du secret





    Produire de la croyance





    Conclusion





























     Télécharger ici la brochure
     Bibliographie