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2 février 2009 - Qu'est-ce qu'une arme non létale ?
Le sens de létal “qui tue” (du latin letum la mort) ne fait guère de doute et l’usage du vocable dans des expressions comme “injection létale” (pour l’exécution des condamnés à mort par une piqûre), “dose létale” d’un produit ou “gène létal” (qui entraîne la mort plus ou moins précoce de celui qui le porte) sont sans aucune ambiguïté. En revanche, pour la forme négative “non-létal”, l’interprétation varie souvent suivant l’interlocuteur. Qui ne tue pas..., certes ! Mais comme nous l’avons vu, il n’y a probablement pas grand-chose qui ne puisse finir par tuer un être humain y compris les médicaments qui sont censés le guérir. Ainsi, en poussant le raisonnement, un simple clic de souris pourrait avoir des conséquences mortelles au bout de la chaîne. Ainsi, un virus informatique pourrait contribuer à la paralysie des systèmes de communication d’un pays, retarder l’arrivée des services de secours, perturber les hôpitaux, provoquer indirectement des accidents routiers ou aériens, entraîner la mise sur le marché de produits avariés ou dangereux pour la santé... Cette question est discutée notamment par les spécialistes du cyberterrorisme ; ils se demandent quel degré de nocivité indirecte doit entraîner une attaque informatique pour être qualifiée d’acte de guerre. Et ne parlent-ils pas des « infrastructures vitales » ? Une opération financière, dans ses effets les plus pervers, va peut-être appauvrir un pays ou une population avec pour résultat final une famine ou carence des moyens médicaux..., d’où morts... .... Dans les textes officiels français, à côté de « non-létal » ou « de force intermédiaire », plus rarement « armes incapacitantes » qui correspond à une notion propre (mais à quoi l’on pourrait objecter qu’il n’y a rien de plus incapacitant que d’être mort). Le terme le plus répandu dans la littérature stratégique est pourtant « Armes Non Létales » que nous utiliserons par son acronyme ANL. Mais ce débat sémantique n’est rien en comparaison de celui qui s’est déroulé aux États-Unis. L’imagination verbale et le goût des acronymes ont toujours fleuri au DOD (Department of Defense), dans les « law enforcment agencies » (les institutions de maintien de l’ordre), et dans les think tanks qui s’occupent de questions de stratégie et d’armement. Résultat, tout ce monde parle de « Soft kill, mission kill, life conserving, no collateral damages munitions (LCDMs), non injurious incapacitation, disabling munitions (DMs) , bloodless, less than letal weapons (LLWs), non lethal disabling technologies (NLDTs), non lethal weapons (NLWs). En fait, derrière la notion de “ne pas tuer” se dissimulent plusieurs finalités des ANL, chacun insistant suivant le cas sur l’une ou l’autre - freiner, faire reculer, disperser des foules ou des groupes hostiles en évitant un bain de sang - handicaper un individu hostile, le rendre incapable d’agir, le temps de le désarmer ou de l’arrêter - éviter les dommages collatéraux sur des civils ou des passants, voire sur le matériel ou l’environnement, donc parfaitement cibler l’usage de la violence - s’emparer (ou protéger) une zone précise, un bâtiment, un aéronef Pour certaines ANL qui agissent sur le matériel et en particulier les véhicules il faudrait ajouter : paralyser les infrastructures adverses, créer du désordre et de la confusion dans l’organisation ennemie, sans faire de dégâts définitifs, ou simplement arrêter un fuyard. .... Faut-il comprendre comme non-létal ce “qui est conçu pour ne pas tuer” ? “qui est censé ne pas tuer dans des conditions normales d’emploi” ou “ qui ne tue pratiquement pas, sauf accident rare” ? Faut-il introduire la notion de risque statistique ? La notion de probabilité apparaît dans quelques définitions comme celle-ci “des armes conçues pour mettre hors d’état de servir le personnel, les armements, l’approvisionnement ou les équipements de telle façon que la mort ou la mise hors d’état grave ou permanente sont improbables”. ... Pour rester dans le vocabulaire militaire, elles ne sont pas orientées vers l’attrition. L’attrition (terme qui se réfère d’abord à l’offense envers Dieu en théologie et à l’usure des matériaux en physique) consiste à user la volonté de combattre de l’adversaire en lui causant des pertes. Au contraire, l’arme non-létale ne poursuit pas la recherche d’un dommage pour lui -même (et surtout pas un dommage irréversible) mais plutôt un résultat pratique immédiat : X qui, il y a quelques secondes, était menaçant ou rebelle ne peut plus rien faire. Nous venons de rencontrer plusieurs fois que les armes non-létales sont “incapacitantes”. Elles empêchent de faire quelque chose de fâcheux ou répréhensible (du point de vue de leur utilisateur). Elles mettent quelqu’un provisoirement hors d’état d’accomplir un acte, sans chercher à lui infliger un châtiment surtout s’il est définitif. Mais certains se demandent si elles ne s’assimilent pas alors à des instruments de torture. La question est débattue : dans la pratique certaines armes non-létales remplissent leur fonction (essentiellement immobiliser) en infligeant une souffrance (sensation de nausée ou de brûlure, suffocation), certains la qualifieront d’inhumaine ou d’insupportable. Pourtant le but n’est pas, comme dans la Question d’antan, d’infliger la plus grande souffrance possible à quelqu’un qui est réduit préalablement à l’impuissance, mais le moins de souffrance possible tout lui interdisant d’accomplir une action (courir, frapper...). Résumons les caractéristiques idéales de l’ANL - incapacitant si possible sur le champ - avec des effets temporaires et réversibles (au moins en principe) - offrant une alternative à l’usage d’une force supérieure et potentiellement mortelle Mais aussi : - utilisable dans une situation où il y a à recourir à la force, mais dans un environnement humain qu’il faut épargner, ou encore dans une situation confuse, bref là où des armes discriminantes sont de rigueur. |
| http://www.huyghe.fr/actu_640.htm |