29 septembre 2019 - Hong Kong : guerre de position ?
Les manifestants de Hong Kong célèbrent dans la rue l’anniversaire de leurs prédécesseurs « aux parapluies » de 2014. Et sans doute promis au même échec
Les « pro-démocratie » d’auourd’hui ont obtenu le retrait de la loi d’extradition judiciaire vers la Chine continentale.Ils obtiendraient sans doute le départ de Madame Lam, qui y consentirait, mais à qui son parrain de Pékin ne le permet pas. Pour le reste, (enquêtes sur les violences policières, réformes, plus de souveraineté des Hongkongais, apparemment très attachés à leur identité...), et comme lors de la révolte des parapluies de 2014, le reste serait inacceptable pour le parrain Xi. Il n’envoie pas encore ses tanks, donne consigne à sa presse de minimiser et joue l’essoufflement.

Même s’il y a eu violence policière et arrestations (moins qu’en France) pour le mouvement des Gilets jaunes), l’usure jouerait alors en attendant une autre éruption.

Et pourtant, le Honkongais ont maîtrisé jusque là l’art de durer et d’innover. Sans faire des manifestants des médiologues malgré eux, on a vu leur inventivité organisationnelle, mais aussi technologique/numérique et à leur sens du spectaculaire. Le bon message avec les bonnes médiations et les médias adaptés au milieu.

On ne se révolte plus en avançant bras-dessus bras-dessous à des milliers vers le siège d’un pouvoir qui donne ou pas l’ordre de mitrailler. Les nouvelles techniques de mobilisation ont évolué : mouvement Otpor en Serbie, ou printemps arabe, révolutions de couleur,Gilets jaunes... La vieille trilogie idéologie, organisations, leaders est remplacée par : revendications diverses, pragmatiques et symboliques (mais pas dogmatiques), petits groupes convergeant pour l’action multiforme, représentants starifiés par les réseaux sociaux mais ne prétendant guère à l’autorité.

Ces méthodes sont plutôt non violentes (même s’il y a toujours risque d’infiltration de groupes durs ou d’emballements face à la répression) et elles sont théorisés depuis des années.

Il leur a fallu aussi maîtriser les technologies notamment numériques. Pointeurs laser pour aveugler les caméras, groupes de discussion en ligne avec une bonne cryptologie, mise en connexion des foules par blue tooth ou réseaux locaux sans risquer la coupure, lutte contre la reconnaissance faciale et la collecte policière des traces, auto-financement en ligne, information sécurisée pour les manifestants, souci de masquer ces traces. Si l’on ajoute cela à la discipline des foules, à la bonne utilisation des protections contre le grenades, à un grand sens de l’initiative et du déplacement..., il faut admirer la performance. Surtout face à un gouvernement de Chine continentale qui maîtrise fort bien l’art des cyberattaques, de la surveillance en ligne, des faux comptes, de la désinformation... Les services chinois sont plus subtils que ceux de Moubarak.

La troisième dimension de la nouvelle révolte est la guerre de l’image. L’art d’apparaître vis-à-vis de l’opinion internationale,comme « pro-démocratie», de fournir sans cesse le spectacle d’une jeunesse inventive et ludique, d’être idéologiquement assez rassembleurs et visuellement assez attrayants. Les manifestants se réclament d’une phrase de Bruce Lee disant que, dans la lutte, il faut être « comme l’eau», sans cesse s’adapter et toujours changer..., jouant une icône de la pop culture.

Quel que soit le critère choisi, ces gens sont inventifs ; ils ont un impressionnant soutien populaire. Bref, bravo pour la tactique. Mais la stratégie ? Elle consiste d’abord à se fixer un objectif que l’on puisse se représenter et si possible atteindre. Il y a un stade où ceux des manifestants ne peuvent passer que par le renversement du pouvoir et par une invraisemblable humiliation de Pékin. Ce n’est pas la même chose que de chasser Milosevic ou ben Ali par la force des images et des réseaux. Un pouvoir n’est renversé qu’autant qu’il lui manque des partisans décidés à aller jusqu’au bout, par faiblesse de volonté. Ou si une puissance supérieure l’autorise à tomber.

http://www.huyghe.fr/actu_1645.htm