28 janvier 2018 - Vidéo djihadiste « Answer the call »
Answer the call

Dans un article précédent nous avions signalé la chute de « productivité » de Daech en matière de propagande (ce qui se comprend pour une organisation qui a quasiment perdu son territoire et ses moyens en Syrie et en Irak au moins). S’ajoute la difficulté croissante à la trouver en ligne (les algorithmes de Google la faisant quasiment disparaître p.e.). Mais quand, cela se produit... Récemment, l’agence de « communication » de Daech, al Hayat Media Center, vient de mettre en ligne un « nasheed » (un chant religieux très rythmé sans instruments de musique) sous forme d’une vidéo en arabe et en anglais « Answer the call ». On nous pardonnera de ne pas donner le lien pour ces images plus qu’abominables. Ce que le discours de Daech a perdu en vraisemblance (la promesse que le califat « durerait et s’étendrait »), il le retrouve en violence et en intensité.
Sur un montage hyper-rapide, le choc visuel de la vidéo est difficile à décrire : égorgements en gros plan, sang qui jaillit partout, explosions, images d’attentats à Paris, Londres ou ailleurs, victimes terrorisées, vues du front, et têtes coupées qui roulent au ralenti pour le dernier plan... Le terme d’hyper-violence est un euphémisme pour décrire cela. Et le texte, dédié à des « martyrs », présenté comme un appel  aux frères en Europe, en Amérique, en Russie, en Australie ou ailleurs est aussi simple qu’impératif : le temps est venu, levez-vous, terrorisez-les et regardez les mourir. Pour gagner le paradis à l’ombre des épées, il faut donc suivre l’exemple des combattants du califat, sauver son âme et rien moins que conquérir la terre. Les slogans appellent à n’épargner personne, à les égorger tous, à détruire tous les incroyants... Le triomphalisme est permanent : la victoire ne tardera pas, le monde sera bientôt soumis à la loi de l’islam... Dressez-vous mes frères et obéissez à l’ordre divin : difficile de faire plus simple.
Et comme il circule également des images djihadistes de montage sur des attentats imaginaires en Occident (tour Eiffel, etc.), il est difficile de ne pas pas voir dans cette rhétorique exaltée un message sinon pour d’éventuelles « cellules dormantes » au moins pour les auteurs de futurs attentats destinés à venger le califat. Ce n’est pas la preuve que l’appel sera entendu et que les attentats réussis vont se multiplier, mais c’est un témoignage sur une mentalité qui n’est pas atteinte par les défaites militaires : tant que le vaincu n’a pas reconnu sa défaite, on ne peut pas parler de guerre gagnée.

http://www.huyghe.fr/actu_1509.htm