7 avril 2017 - Obsession de la post-vérité 1
Prolifération

L'actuelle obsession de la "post-vérité" ou des "fake news" et surtout les nombreuses proclamations sur la nécessité de combattre ce danger croissant pour nos démocraties, reposent au moins trois éléments :
- la prolifération des fausses informations
- leur acessiblité croissante, notamment par les réseaux sociaux,
- et surtout la réceptivité inquiétante du public, des "foules crédules", qui seraient en quelque sorte devenu indifférentes à la vérité.
Chacun de ces éléments mérite un développement avant d'examiner la thèse, à notre avis profondément idéologique, que la démocratie serait menacée par une falsification délibérée des faits et donc qu'il y aurait un camp des rationnels et des pragmatiques opposé au camp des naïfs et des égarés.


I PROLIFERATION
Nous n'avons pas de moyen scientifique de mesurer s'il circule plus de fausses nouvelles (comprenez : des descriptions mensongères de la réalité ou d'événements) qu'il y a vingt ou trente ans. Certes, il suffit de cinq minutes de navigation pour tomber sur une rumeur ou un contenu fantaisiste ; par ailleurs, nous pouvons sans doute mesurer combien d'informations circulant sur les réseaux sociaux sont réputées "fausses" ou "douteuses" d'après leur nombre de signalement par des individus ou des algorithmes "anti-fake". Mais faute d'instrument de mesure fiable, (comme un un critère constant de ce qu'est une "fausse" information) nous ignorons si la proportion de nos prédécesseurs qui pensaient qu'il n'y avait pas de guerre en Algérie ou pas de Goulag en URSS ou qu'il y avait un génocide d'Albanais au Kosovo et des armes de destruction massive en Irak était significativement plus importe que celle des adeptes des différentes "sphères" sensées égarer le bon peuple : trumposphère, fachosphère, altersphère, gauchosphère, etc.

Du reste qu'est-ce qu'une information "fausse" ? Il y a un noyau "pur et dur" d'informations qui ont été totalement inventées, souvent dans une intention malicieuse comme affaiblir un rival politique, qui ne reposaient sur aucune source. Au moins chez le premier émetteur, elles sont souvent mises en scène ou accompagnées de "forgeries" destinées à les crédibiliser (comme des photos truquées ou prises dans un autre contexte). De telles informations se prêtent souvent à une vérification ou à un démenti facile. La première personne qui a écrit que le pape soutenait Trump ou celle qui a affirmé avoir la preuve que Saddam était à quelques semaines d'avoir l'arme atomique ne pouvaient pas le croire sincèrement.
Dans la désinformation au sens strict, quelqu'un a) fabrique délibérément un faux document ou une fausse déclaration b) multiplie ses efforts pour faire passer le trucage comme venant d'une source neutre et fiable et c) vise délibérément à affaiblir un adversaire (on fait rarement de la désinformation pour faire du bien aux gens).
Ces manœuvres ont un objectif facile à comprendre : accréditer des faits imaginaires qui desservent l'autre, donc les rendre les plus vraisemblables possibles.
Mais on peut aussi rechercher un effet parodique ou ironique qui joue sur l'ambiguité du code, le but étant de faire croire pour faire croire, donc de réaliser un sorte de performance, pas de changer un rapport de force.
Sans être le Gorafi ou Jalons, organes ostensiblement voués à la parodie ou au délire, certains sites ou comptes de réseaux sociaux peuvent obtenir des succès surprenants, si l'on considère comme succès le nombre de gens qui ont repris l'information au premier degré. Ainsi la publication d'une pseudo carte d'identité (d'ailleurs marquée "faux") de Najat Valaud-Belkacem comme se nommant réellement "Claudine Dupont" (allusion à une phrase de Ségolène Royal suggérant que sa collègue n'aurait pas connu la même fortune si elle s'était appelée Claudine) ne peut vraiment tromper que ceux qui le veulent.
De la même façon, les photos de "membres du ku Kluk Klan soutenant Trump" mais où il s'est révélé que les gens sous les cagoules avaient la peau noire, montrent la confusion d'un second degré (nous, Noirs, dénonçons Trump en nous habillant en membres du clan) avec un premier degré (le Klan s'engage pour Trump).
Enfin n'oublions pas qu'il existe des "pièges à clics" qui publient n'importe quoi pourvu que ce soit sensationnel, dans le but d'attirer des visites et de vendre ces visiteurs à des annonceurs publicitaires. La recherche de la surprise maximale, y compris par l'absurdité évidente, a un but commercial.
Mais si nous plaçons à un bout le faux délibéré et agressif ou le faux qui cherche à multiplier les signes d'absurdité pour faire rire (ou s'amuser à tromper un maximum de naïfs) et à l'autre bout l'information "parfaite" dont on rêve dans les écoles de journalisme, ultra-vérifiée, neutre, etc., il existe toute une gamme de faux et demi faux.
Certaines tiennent à "l'amélioration" d'une information que l'émetteur croit vraie par des photos piochées à la va-vite en ligne ou en amalgamant des sources vraies et des sources douteuses. Il est de bonne foi, mais il recherche le sensationnel. Ou il est égaré par une lecture idéologique de la réalité qui lui fait tenir pour avérés certains contenus sans vérification et sur les indices les plus flous (p.e., suivant son opinion politique que tel crime a été commis par des maghrébins ou que le BVD a enregistré les activités sexuelles de Trump avec des prostituées moscovites). La distorsion entre la réalité et l'effet du message peut tenir au mélange du vrai et du faux, aux titres, à la personnification de principes abstraits, au "deux poids, deux balances", etc. Chaque année des photographies portant sur des thèmes sensationnels ou sensibles (gens échappant à de grands dangers, accidents spectaculaires, photos émouvantes de victimes ou de réfugiés) se trouvent ainsi soit truquées soit prises dans un autre contexte (une autre année, un autre endroit) pour accrocher l'attention du spectateur.

Par ailleurs, il existe des techniques qui portent moins sur l'énonciation/fabrication du faux que sur sa mise en contexte, son accréditation par des sources qui se prétendront neutres, mais aussi des techniques de "direction de l'attention" comme la création de faux comptes, l'utilisation de robots qui donnent l'impression d'une fort mouvement d'opinion en ligne. Le but peut aussi être d'attirer les moteurs de recherche, de multiplier les "memes" (les unités d'information qui se reproduisent sur les réseaux sociaux par signalisation, liens, reprise, etc.)L'actuelle obsession de la "post-vérité" ou des "fake news" et surtout les nombreuses proclamations sur la nécessité de combattre ce danger croissant qu'elles constitueraient pour nos démocraties, reposent au moins trois éléments :
- la prolifération des fausses informations
- leur diponibilité croissante, notamment par les réseaux sociaux,
- et surtout la réceptivité inquiétante du public, des "foules crédules", qui seraient en quelque sorte devenu indifférentes à la vérité.
Chacun de ces éléments mérite un développement avant d'examiner la thèse, à notre avis profondément idéologique, que la démocratie serait menacée par une falsification délibérée des faits et donc qu'il y aurait un camp des rationnels et des pragmatiques opposé au camp des naïfs et des égarés.


I PROLIFERATION
Nous n'avons pas de moyen scientifique de mesurer s'il circule plus de fausses nouvelles (comprenez : des descriptions mensongères de la réalité ou d'événements) qu'il y a vingt ou trente ans. Certes, il suffit de cinq minutes de navigation pour tomber sur une rumeur ou un contenu fantaisiste ; par ailleurs, nous pouvons sans doute mesurer combien d'informations circulant sur les réseaux sociaux sont réputées "fausses" ou "douteuses" d'après leur nombre de signalement par des individus ou des algorithmes "anti-fake". Mais faute d'instrument de mesure fiable, (comme un un critère constant de ce qu'est une "fausse" information) nous ignorons si la proportion de nos prédécesseurs qui pensaient qu'il n'y avait pas de guerre en Algérie ou pas de Goulag en URSS ou qu'il y avait un génocide d'Albanais au Kosovo et des armes de destruction massive en Irak était significativement plus importe que celle des adeptes des différentes "sphères" sensées égarer le bon peuple : trumposphère, fachosphère, altersphère, gauchosphère, etc.

Du reste qu'est-ce qu'une information "fausse" ? Il y a un noyau "pur et dur" d'informations qui ont été totalement inventées, souvent dans une intention malicieuse comme affaiblir un rival politique, qui ne reposaient sur aucune source. Au moins chez le premier émetteur, elles sont souvent mises en scène ou accompagnées de "forgeries" destinées à les crédibiliser (comme des photos truquées ou prises dans un autre contexte). De telles informations se prêtent souvent à une vérification ou à un démenti facile. La première personne qui a écrit que le pape soutenait Trump ou celle qui a affirmé avoir la preuve que Saddam était à quelques semaines d'avoir l'arme atomique ne pouvaient pas le croire sincèrement.
Dans la désinformation au sens strict, quelqu'un a) fabrique délibérément un faux document ou une fausse déclaration b) multiplie ses efforts pour faire passer le trucage comme venant d'une source neutre et fiable et c) vise délibérément à affaiblir un adversaire (on fait rarement de la désinformation pour faire du bien aux gens).
Ces manœuvres ont un objectif facile à comprendre : accréditer des faits imaginaires qui desservent l'autre, donc les rendre les plus vraisemblables possibles.
Mais on peut aussi rechercher un effet parodique ou ironique qui joue sur l'ambiguité du code, le but étant de faire croire pour faire croire, donc de réaliser un sorte de performance, pas de changer un rapport de force.
Sans être le Gorafi ou Jalons, organes ostensiblement voués à la parodie ou au délire, certains sites ou comptes de réseaux sociaux peuvent obtenir des succès surprenants, si l'on considère comme succès le nombre de gens qui ont repris l'information au premier degré. Ainsi la publication d'une pseudo carte d'identité (d'ailleurs marquée "faux") de Najat Valaud-Belkacem comme se nommant réellement "Claudine Dupont" (allusion à une phrase de Ségolène Royal suggérant que sa collègue n'aurait pas connu la même fortune si elle s'était appelée Claudine) ne peut vraiment tromper que ceux qui le veulent.
De la même façon, les photos de "membres du ku Kluk Klan soutenant Trump" mais où il s'est révélé que les gens sous les cagoules avaient la peau noire, montrent la confusion d'un second degré (nous, Noirs, dénonçons Trump en nous habillant en membres du clan) avec un premier degré (le Klan s'engage pour Trump).
Enfin n'oublions pas qu'il existe des "pièges à clics" qui publient n'importe quoi pourvu que ce soit sensationnel, dans le but d'attirer des visites et de vendre ces visiteurs à des annonceurs publicitaires. La recherche de la surprise maximale, y compris par l'absurdité évidente, a un but commercial.
Mais si nous plaçons à un bout le faux délibéré et agressif ou le faux qui cherche à multiplier les signes d'absurdité pour faire rire (ou s'amuser à tromper un maximum de naïfs) et à l'autre bout l'information "parfaite" dont on rêve dans les écoles de journalisme, ultra-vérifiée, neutre, etc., il existe toute une gamme de faux et demi faux.
Certaines tiennent à "l'amélioration" d'une information que l'émetteur croit vraie par des photos piochées à la va-vite en ligne ou en amalgamant des sources vraies et des sources douteuses. Il est de bonne foi, mais il recherche le sensationnel. Ou il est égaré par une lecture idéologique de la réalité qui lui fait tenir pour avérés certains contenus sans vérification et sur les indices les plus flous (p.e., suivant son opinion politique que tel crime a été commis par des maghrébins ou que le BVD a enregistré les activités sexuelles de Trump avec des prostituées moscovites). La distorsion entre la réalité et l'effet du message peut tenir au mélange du vrai et du faux, aux titres, à la personnification de principes abstraits, au "deux poids, deux balances", etc. Chaque année des photographies portant sur des thèmes sensationnels ou sensibles (gens échappant à de grands dangers, accidents spectaculaires, photos émouvantes de victimes ou de réfugiés) se trouvent ainsi soit truquées soit prises dans un autre contexte (une autre année, un autre endroit) pour accrocher l'attention du spectateur.

Par ailleurs, il existe des techniques qui portent moins sur l'énonciation/fabrication du faux que sur sa mise en contexte, son accréditation par des sources qui se prétendront neutres, mais aussi par des techniques de "direction de l'attention" comme la création de faux comptes, l'utilisation de robots qui donnent l'impression d'une fort mouvement d'opinion en ligne. Le but peut aussi être d'attirer les moteurs de recherche, de multiplier les "memes" (les unités d'information qui se reproduisent sur les réseaux sociaux par signalisation, liens, reprise, etc.)
À suivre

http://www.huyghe.fr/actu_1451.htm