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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Carlos, FARC, Boko Haram : quel terrorisme ?
La même semaine, trois exemples, le procès de Carlos, la mort du chef des Farc et les exactions de la secte Boro Haram au Nigéria, viennent nous rappeler combien est discutable la catégorie générale de "terrorisme" que nous appliquons à des situations aussi différentes.
Carlos, on l'a dit cent fois y compris ici, est un survivant d'une époque révolue. Oscillant entre mercenariat (contrats exécutés pour des États qui la payaient et/ou l'armaient et l'abritaient) d'une part et, d'autre part, des convictions marxistes vagues mais simplificatrices (le monde divisé en deux camps et la nécessité de combattre l'impérialisme), le Vénézuélien a été l'archétype du terroriste "international" Il n'a cessé de sauter d'un pays à l'autre et de punir l'un au service de l'autre. Nul ne doute que, quand il faisait placer des bombes dans des trains en France pour faire pression sur le gouvernement socialiste d'alors, son but n'ait été de répandre la terreur pour exercer une contrainte politique (notamment faire libérer une Allemande et un Suisse, pris par hasard en France). 
En revanche, les FARC qui existent depuis près de 50 ans sont typiquement une guérilla dégénérée (et probablement affaiblie, en effet, par la perte de leur chef comme par la fin des subventions de Kadhafi) ; si elles continuent à se référer à une phraséologie révolutionnaire marxisante, elles sont territoriales. Elles se battent pour continuer à se déplacer dans des zones de jungle et de montagnes, pour y faire leurs trafics, de drogue et d'otages, et peut-être dans l'espoir de signer un jour une trêve en position de force. Parmi les dernières guérillas latino-américaines encore en activité, ces forces armées - une désignation bien caractéristique- représentent un danger par le chaos qu'elles créent dans une "zone grise", mais ne font guère avancer la perspective du Grand Soir.
Quant à la secte Boko Haram son but proclamé est d'instaurer la charia la plus dure dans le pays le plus peuplé d'Afrique, divisé entre nord musulman et sud chrétien. On peut qualifier ses membres de fondamentaliste et réactionnaire (leur nom signifierait "il faut interdire les livres" ou "contre la modernité") sans beaucoup s'avancer. Leur stratégie est aussi assez simple : attaques de cibles symboliques (églises, mosquées trop "molles", bâtiments d'État, immeuble des Nations Unies), prises d'otages, tentative de contrôle de certaines parties du pays, utilisation de commandos armés et, plus rarement, d'attentats suicide contre des objectifs importants. Il s'agit là d'une guerre civile à motivation religieuse dont le but est de prendre le pouvoir dans un pays. Même si les autorités locales souhaitent la rattacher à un terrorisme jihadiste international, les liens que peut entretenir Boko Haram avec la structure centrale d'al Qaïda restent à démontrer. Ses militants que l'on compare souvent aux talibans pakistanais se battent pour objectifs locaux, et sans doute aussi pour assurer le pouvoir et les trafics de chefs de faction, pas pour obéir à Zawahiri. Comme les shebab de Somalie ou Aqmi, ils mènent simultanément des opérations para-militaires et des activités criminelles, au moins autant que des attentats destinés à frapper l'opinion.
Bien plus qu'une fantomatique organisation préparant des frappes contre des pays occidentaux, ils représentent un grave péril géopolitique local, mais pas un adversaire planétaire dont la disparition devrait polariser les politiques étrangères occidentales.

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