huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Libye : qui a gagné ?
Au moment où nous écrivons, et sauf incroyable coup de théâtre, la chute du régime de Kadhafi semble assurée. Même si c'est avec retard sur nos impatiences politiques ou médiatiques (l'affaire dure depuis Février contre toute probabilité annoncée),.. Peu de gens regretteront le responsable des bombes de Lockerbie en 1988 et de celles du vol UTA en 1989, absous il y a cinq ans au prix de son renoncement au nucléaire. Et son peuple moins encore l'ubuesque inventeur de la "Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste".

Qui a gagné ?

Donc "on" a gagné ! Qui "on" ? Sarkozy, Jupé et Longuet ? BHL, les partisans de l'ingérence humanitaire ? L'irrésistible démocratisation du monde arabe dont on voit déjà les ratés en Égypte ? Le Transitional National Council reconnu par 30 pays et dont on n'a identifié ni tous les membres, ni toutes les divisions, ni tous les couteaux dans le dos ? Quels rebelles, quelles tendances, quelles tribus, quelle région ? Quels anciens du régime, quels partis en exil ? La boîte de Pandore est ouverte.
En 2001, le régime des talibans s'effondrait (lui, en quelques jours) sous les coups de l'Alliance du Nord au sol et de l'aviation de l'Otan. Sous les applaudissements du monde entier. Avec le résultat que l'on sait aujourd'hui. On comprend que les enthousiasmes soient devenus plus discrets en 2011
Que faire ? Laisser le chaos s'installer ? Intervenir au sol - promis, juré, c'est tout à fait provisoire - pour faire du "Nation Building " ou du "Peace Building" que seuls les mauvais esprits confondent avec une occupation militaire ? Ne pas s'ingérer dans un pays dont les réserves pétrolières n'égalent que la capacité de propager le chaos dans la région ? Qui va le croire sérieusement ? Quelqu'un doit répondre à la question du "jour d'après" et il s'appelle Barack Obama. Car, qu'on le veuille ou non, il décidera pour la coalition même s'il l'a rejointe en traînant les pieds pour d'évidentes raisons d'agenda AFPAK (Afghanistan et Pakistan).

Le paradoxe néoconservateur

En 2001, l'invasion de l'Afghanistan répondait à un projet idéologique bien précis, celui des néoconservateurs derrière G.W. Bush. Et à leurs principes clairs :
- ne laisser en aucun cas les USA apparaître comme un tigre en papier, ne pas hésiter à montrer sa force au service de ses valeurs et de ses intérêts
- faire la chasse aux trois T : terroristes, tyrans, et trafiquants d'armes de destruction massive
- cesser de soutenir les dictateurs même réputés pro-américains au nom du réalisme
- accompagner, si besoin par l'intervention armée, l'irrésistible "tsunami démocratique" qui n'allait pas manquer de secouer le monde arabe.

En 2011, la politique étrangère d'Obama - interventionnisme, prolongation des guerres "démocratiques", renforcement de la présence militaire en Afghanistan pour une contre-insurrection (avant d'annoncer un retrait partiel), chasse aux terroristes y compris par assassinat ciblé, drones sur le Pakistan, soutien (même tardif) aux mouvements contre les autocrates arabes - n'a pas fait que du chagrin aux nécons. À tel point que l'on parle outre-Atlantique du "tropisme néoconservateur" de l'occupant de la Maison Blanche (et a fortiori d'Hillary Clinton). Nous allons en mesurer le poids dans les jours qui viennent. Sans doute embarrassés par une victoire sans père putatif, les USA doivent faire des choix. Qu'on-ils appris en dix ans ?

 Imprimer cette page