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Internet furtif made in USA

Selon le New-York Times, l'administration Obama se prépare à déployer un "Internet furtif" et une système de téléphonie libre pour permettre aux dissidents d'échapper à la censure. Dans la lignée de la doctrine Clinton et de la diplomatie publique, mais aussi dans le contexte du printemps arabe, il s'agit de permettre à des opposants "démocrates" d'accéder à la Toile librement, et de s'exprimer.


Selon ces informations à confirmer, le Département d'État, aurait prévu des millions de dollar d'aide technologique aux dissidents, quitte à sous-traiter certaines parties à des sociétés privés, voir à faire appel à des hackers relevantde ce qu'il est convenu d'appeler le "mouvement de libération technologique".


En pratique, cela donnerait, par exemple des valises de communication, qui ne sont pas sans rappeler les gadgets avec walkie-talkie dissimulé des années 60 et du feuilleton Max la Menace. Elles serviraient à se connecter à l'Internet depuis une zone frontalière et permettraient à des groupes de résistants de rester en contact avec le monde extérieur, même si leur gouvernement coupe Internet comme l'avait fait Moubarak.



Tout ce qui aide les opposants à faire savoir à l'extérieur ce qui se passe dans leur pays (et qui les aide à avoir des nouvelles non censurées venues du monde libre) est à favoriser. Et par les techniques de connexion anonymisées et cryptées (pour que les dissidents puissent naviguer sur des sites interdits ou en créer sans être arrêtés ou interrompus), et en créant des "tuyaux de secours", c'est à dire des vecteurs de communication non soumis à l'État, ni aux fournisseurs d'accès locaux qu'un État autoritaire peut facilement mettre sous surveillance. On pense à la Libye, à la Syrie, etc..



Du coup, toutes les techniques simples (les dissidents ne sont pas tous des geeks) permettant de créer des relais depuis un portable ou un téléphone et ayant suffisamment de bande passante pour transmettre des vidéos, par exemple, deviennent intéressantes (car une autre technique de répression consiste à faire baisser le débit des réseaux pour empêcher les images gênantes de circuler). Le Département d'État et ses hackers démocrates réfléchissent donc à tous les systèmes de substitution ou de contournement qui permettraient de maintenir la connexion.



Dans le même esprit, on aiderait des groupes à enterrer des téléphones près de la frontière sino-coréenne pour permettre éventuellement à des dissidents de les retrouver et de passer des appels d'urgence.



Bien entendu, ces initiatives font courir des risques à ceux à qui elles sont censées bénéficier : celui qui se fera prendre avec une valise ou en train de déterrer un téléphone fourni par oncle Sam ira directement devant un tribunal pour espionnage. Et il ne sera pas très difficile aux gouvernements autoritaires de prétendre que tous ceux qui réclament la démocratie sont des agents des USA (d'autant plus que ce sera partiellement vrai).


Mais l'administration Obama (qui d'ailleurs n'est pas très différente en ceci de l'administration Reagan à l'époque des dissidents de l'Est et de Voice of America) est persuadée que permettre aux peuples de s'exprimer est la façon la plus efficace de faire tomber les régimes autocratiques, et que le jeu en vaut la chandelle. La promotion de la liberté d'expression leur apparaît comme automatiquement liée aux intérêts géopolitiques des USA.



L'effort américain ne vise pas seulement à affaiblir l'autre camp en facilitant les communications sur son territoire : il s'agit aussi de s'assurer continuité et sécurité sur sur le sien, ou du moins dans les pays que l'on contrôel. Les USA mettent l'accent sur le maintien des réseaux en cas de coupure par sabotage. Ils auraient en particulier prévu au moins 50 millions de dollars (et peut-être cinq fois plus) pour un réseau cellulaire indépendant en Afghanistan, avec des relais hors du pays et dans des bases militaires . Objectifs empêcher les talibans (qui, eux, ne sont pas de bons dissidents, mais des terroristes) d'interrompre le réseau de communication de ce pays en dynamitant des relais et des tours de transmission. Dans les conflits modernes, la liberté de communication de l'ami et l'interruption des communications de l'ennemi sont des facteurs décisifs, qu'il s'agisse de guerre ouverte ou de conflit idéologique.



Mais à jouer à ce jeu, on s'expose à révéler quelques contradictions. Que vaut la doctrine Clinton pour l'Arabie saoudite ou le Bahrain ? et que valait-elle lorsque les USA faisaient pression sur des sociétés privées d'hébergement et de paiement (voire sur des gouvernements étrangers) pour empêcher les Wikileaks ?



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