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DSK contre PC (Politiquement correct)


L'affaire DSK est en train de révéler tout son pouvoir destructeur : elle ne fait que commencer et le poison commence seulement à se distiller. Dans les premières heures, les Français étaient sous le choc et majoritairement dans l'incrédulité. Le réflexe des élites dans les premières heures (avec toutes les gaffes machistes et "classistes" que cela entraîna) fut plutôt (surprise !) relayé par les médias qui mettaient l'accent sur le drame de DSK, la théâtralité de la justice US, la chute, l'humiliation, le drame humain, le courage de l'épouse etc.
La réaction de l'opinion française fut beaucoup moins indignée que ne le laisserait penser la gravité des faits : la majorité pensait qu'il s'agissait d'un complot. DSK même s'il perdait un quart d'opinions favorables restait plus populaire que Sarkozy. Par ailleurs, le PS semblait toujours assuré de gagner la présidentielle, même sans son icône silencieuse.

Et puis les choses ont évolué. Ce furent d'abord quelques femmes qui se mirent à parler de l'absente et de l'invisible, une autre femme dont on ne voyait pas l'image sous des sunlights et dont nul n'entendait la voix. L'immigrée, noire, musulmane, prolétaire et humiliée trouva quelques appuis hors Cécile Duflot et Marine le Pen. Et la critique des élites et leur culte de l'impunité put s'exprimer sans attirer le soupçon de populisme.

Le temps passe : Srauss-Kahn libéré, ce sont d'autres images qui passent en boucle : celles d'un immeuble de luxe, de grosses voitures, d'avocats et de gardes du corps. Elles évoquent les procès de mafieux ou de superstars comme Michael Jackson ou O.G. Simpson (acquittés grâce à leur défenseurs aussi retors que chers). En tout cas pas vraiment le successeur de Jaurès. Qui parierait qu'il n'y a personne à gauche qui ne soit davantage choqué par le budget défense de DSK que par l'accusation de lutiner sa bonne (Marx engrossait bien la sienne, après tout).

Ce 6 juin, tandis que le médias se désolent d'avoir manqué le moment où DSK prononce son "not guilty", ce sont d'autres images qui frappent.

Des femmes de chambre noire et hispanique huent DSK et Anne Sinclair, et ce au nom de valeurs qu'on peut difficilement qualifier d'ultra-libérales. Du coup voilà DSK stigmatisé comme le riche prédateur qui humilie, comme le souligne l'avocat de la plaignante, noir et spécialisé dans la défense des pauvres et des opprimés. Même si l'affaire est mise en scène, par des syndicats d'employés de maison, et même si l'on connaît le poids des "communautés" aux USA, ce sont des images ravageuses. DSK en " mâle capitaliste cochon chauviniste sexiste blanc", ce n'est pas facile à gérer, même pour les communicants de RSCG.

Et puis le discours du camp DSK n'est pas insignifiant. Quand son avocat déclare qu'il n'y a "aucun élément tendant à prouver qu'il y a eu contrainte", difficile de ne pas comprendre "la fille était consentante". Si ce n'est "c'est une pute, coutumière de la chose et qui a manipulé mon trop naïf client". Nous espérons avoir mal interprété.

Comment réagira l'opinion française lorsqu'au cours des mois de procédure, les conseils de DSK s'ingénieront à salir Mme Diallo sur fond du vieil argument "dans le fond elles en ont toutes envie" ? ou multiplieront les astuces de procédure pour faire exclure des preuves ?
Et comment se comportera le PS, sur fond de feuilleton sordide qui polluera son message, lorsqu'il faudra à chaque interview ou à chaque conférence de presse répéter que la justice doit suivre son cours ? et que dans tous les cas le comportement de DSK ressort de la vie privée et n'a aucune dimension politique ? D'où une double contrainte dont nous ne mesurons sans doute pas encore la nocivité. L'idéologisation (pour ne pas dire la racialisation) du procès contre la rhétorique "toutes des salopes sauf ma mère et Martine" : voilà qui sera difficile à assumer.

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