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DSK image à charge, charge de l'image
L'affaire Strauss Kahn nous montre les paradoxes de l'image rare, absente ou interprétée. Présent en majesté sur la couverture des magazines pendant des mois, il régnait par le silence. Moins il s'exprimait, contraint de se taire et par stratégie, et au par son autorité et de ses responsabilités au FMI,  plus on lui prêtait en influence. Plus il jouait la rareté, pus on l'épiait. Et plus on projetait d'attentes sur ce sphinx dont l'obligation de silence était gérée par RSCG en attente de son job de dans un an.  
L'affaire de la Porsche, avec une mauvaise photo de paparazzi prise de loin n'avait pas réellement  écorné son capital  (sans jeu de mots) d'image. D'une part, la question de sa fortune était assez prévisible et en l'occurrence, l'attaque  faite de façon assez indirecte l'homme qui connait l'homme qui connaît l'homme qui lui confie la voiture). D'autre le souvenir du bling bling Sarkozien, et la crainte de favoriser objectivement le populisme suffisaient à faire serrer les rangs.
Cette fois ce sont des images repassées en boucle qui hantent nos écrans. Un DSK menotté accompagné au dépôt par des policiers. Lumières glauques de néons ou de projecteurs, visage tragique... Puis au tribunal, les traits encore plus marqués, pendant qu'avocat et procureur s'expriment dans un registre purement technique devant la chose qu'il est devenu. Peut-être en souvenir de Polanski si bien défendu en France, DSK retourne en cellule et au silence.
 En France, la plupart des commentaires portent sur la présomption d'innocence (la même dont devrait bénéficier Berlusconi dans nos médias ?) et sur la "cruauté" de montrer ainsi humilié un des hommes les plus puissants du monde (paradoxe démocratique : DSK est traité comme n'importe quel dealer). 
Avec tout un bruit de commentaires, extraordinairement convenus, car même à droite et à fortiori chez les adversaires du PS, personne ne veut sembler se réjouir d'une tragédie qui fait bien ses affaires. Ce concours de dignité et d'élévation est rompu par quelques très rares voix qui rappellent que la "présumée" victime (expression délicieuse) a peut-être droit à une présomption de vérité et de souffrance, même si c'est une soubrette black de 32 ans habitant dans le Bronx   et dont les avocats de Strauss Kahn ont la galanterie de souligner qu'elle est très peu attractive. Quand viendront les inévitables sondages on sera peut-être frappé du nombre de Français qui seront sceptiques sur la culpabilité du président du FMI ou qui croiront au complot.
Puis, paradoxe de la programmation, les téléspectateurs qui avaient vu en boucle l'arrestation et le tribunal de New York pouvaient terminer la soirée devant un feuilleton américain, d'ailleurs très bien fichu, mettant en scène l'unité dite des victimes de New York spécialisée dans les crimes sexuels, celle précisément qui a arrêté DSK. Et sauf l'éclairage qui est mieux fait dans le feuilleton et la caméra qui est plus nerveuse, c'est la même chose : suspects arrêtés de justesse, menottes, avocats roublards, allusions au dépôt de Rikers, discussions de procédure, spécificités du droit US ésotérique à nos yeux. Le fameux storytelling, la mise en récit de la vie politique qui ressemble de plus à une fiction, tantôt success story, tantôt trash, prend un singulier relief.

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