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Facebook, Twitter, al Jazeera... et la révolte
Observatoire Géostratégique de l'information N°7

Tout interfère :
- causes traditionnelles des révoltes (chômage, corruption, manque d'avenir, autocrates sur qui se concentrent les ressentiments) plus amplificateurs (médias sociaux permettant de savoir à la fois ce que ne peut plus cacher l'État et ce que pensent déjà les citoyens)
- nouveaux médias, médias "traditionnels" (dont les TV par satellite) et la rue, vecteur de nouvelles et mots d'ordre
- communautés virtuelles et foules en chair et en os, parfois confre plomb et de fer
- ce qui se passe sur place et l'image vue de la planète (dont les pays frères arabes, impatients d'imiter leurs voisins)

En Libye,du reste, très peu équipée en numérique, avec la guerre civile, on redécouvre comme au Kosovo en 1999, que la télévision sert pour diaboliser, exhiber ses "victimes civiles" et montrer des pancartes en anglais ('Pourquoi tuez-vous nos femmes et nos enfants ?") aux chaînes étrangères...

Quelques indices, pourtant, de changements :

Les vieilles structures d'autorité sont menacées. L'État, le "fort" ne peut plus régner ni par censure, ni par monopole de l'agenda, ni par occupation spectaculaire des médias traditionnels. Le "faible" impose sa territorialité (impossible de fermer la Nation aux flux d'information de ou vers l'extérieur, impossible de contrôler à l'intérieur). Il impose sa temporalité : les consignes des dissidents vont plus vite que les forces dites de l'ordre. Les foules fonctionnent en "essaim", tantôt dispersé, tantôt convergent. Expression des idées, contagion des images, imitation des luttes, invention des résistances, imprévisibilité des initiatives... : l'anonyme reprend la main. Il est conscient du rôle qu'on joué les vecteurs (blogs, Facebook, Twitter..) ou les terminaux (le téléphone dans la main, à la place du pavé).

Car se pose aussi la question de la viabilité des mouvements "2.0" : quelles contre-mesures préparent les pouvoirs instruits par l'expérience ? N'utiliseront-elles pas à leur tour les technologies pour surveiller et perturber les réseaux d'opposants, les tracer, les infiltrer, les surveiller, les punir ? Quel sera le prochain épisode de la lutte de l'épée et du bouclier numériques ?

Qui dit viabilité dit continuité : des outils utiles pour dénoncer les crimes du pouvoir ou rassembler des foules indignées peuvent-ils aider à la formation d'un espace public ? Que faire, quand "tous" ont chassé "Un" ? Après avoir vidé les "banques de la colère" (Sloterdjik) comment construire un État de droit? Des médiations plus traditionnelles partis, clubs de recherche et de réflexion, syndicats, corps intermédiaires, voire programmes et idéologies... sont sans doute nécessaires.

Reste la question de la représentativité : les foules "intelligentes" qui inventent ces actions par et à travers le cyberespace sont une fraction, sans doute jeune, ni la plus pauvre ni la moins éduquée, de la population. Pas la volonté nationale. Les avant-gardes devront se souvenir que leurs mandants vivent "dans la vraie vie".

 4da2e45c91527.pdf
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