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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Une fin à la terreur
Version remise à jour






En cette année anniversaire du 11 septembre 2001, il faudrait un singulier goût du paradoxe pour ne pas compter le terrorisme au nombre des dangers majeurs. Difficile de nier, par exemple, que l'attaque contre les tours jumelles ait changé l'Histoire, comme en son temps l'attentat de Sarajevo, déclencheur à la Première Guerre Mondiale. Dans les deux cas quelques hommes résolus ont, en quelques minutes, provoqué plus de bouleversements que des armées ou des foules dans les rues. Il est permis d'imaginer que les conflits auraient éclaté tôt ou tard en Europe au début du XX° siècle, en Afghanistan et en Irak, au début du XXI° ; reste que, dans l'enchaînement qui mène à la catastrophe, les quelques secondes que dure une fusillade ou d'une explosion opèrent une rupture décisive. Cette surprise stratégique met un acteur non-étatique animé de sa seule volonté et de sa pure rage à égalité avec le souverain : comme lui, il décide qui est l'ennemi et ouvre le temps de la guerre. Même s'il s'agit d'une "guerre du pauvre", asymétrique et indirecte, plus puissante par les réactions qu'elle provoque que par les ravages qu'elle produit.
Depuis le dernier quart du XIX° siècle, des mouvements clandestins recourent à l'attentat à objectif politique au nom d'idéologies d'extrême-gauche, nationalistes ou indépendantistes, religieuses, ou ultra-conservatrices... Si ces dernières années sont marquées par la prééminence du jihadisme, il coexiste avec la survie de mouvements luttant par les armes pour leur indépendance nationale (le récent cessez-le-feu proclamé par l'ETA ne nous convaincra pas du contraire), pour la destruction du système capitaliste (avec de nouvelles vagues d'attentats d'extrême-gauche en Grèce et en Italie). Tout cela sans exclure la possibilité de nouveaux attentats d'extrême droite (les milices américaines "survivalistes" comme lors de l'attentat d'Oklahoma City), inspirés par des prophéties apocalyptiques (comme la secte Aum au Japon), au service de la cause écologique ou de la défense des animaux.... Le terrorisme, qui a toujours un bel avenir et dépit de l'exécution ciblée de ben Laden, pose donc une question stratégique aussi complexe que son caractère multiforme.

EFFETS PSYCHOLOGIQUES

Une citation souvent reprise de Raymond Aron dit qu'une "action violente est dénommée terroriste lorsque ses effets psychologiques sont hors de proportion avec ses résultats purement physiques".
Même si l'on considère les trois mille morts des Twin Towers comme une exception historique, la tendance lourde tend à la létalité croissante des attentats. La conjonction d'un facteur technique (le véhicule piégé ou détourné à forte capacité explosive) et d'un facteur "culturel" (la banalisation de l'opération suicide, et pas seulement chez les sunnites) fait que le seuil des attentats tuant plus de cinquante personnes est plus souvent franchi depuis les années 90. Quant à la mortalité globale du terrorisme, elle fait l'objet de recensements que l'on peut toujours discuter (selon, par exemple, la façon de comptabiliser ou non les victimes civiles de l'insurrection en Irak ou en Afghanistan), mais comporte au moins trois décimales. Même si les probabilités statistiques d'être victime d'un attentat sont infinitésimales pour un Occidental et même si le terrorisme tue moins que d'autres formes de crime, sa visibilité médiatique lui confère un impact disproportionné. En témoigne le fait que des organisations jihadistes ont commencé à revendiquer des attentats ratés ou d'un singulier amateurisme comme la tentative de destruction du vol entre Amsterdam et Detroit, celui de Time Square ou l'attentat manqué contre la caserne de Nema en Mauritanie.
Cet impact dépend du contenu de ce singulier "message" qu'est l'attentat. À s'en tenir à certaines définitions officielles du terrorisme, celui-ci cherche à exercer une "contrainte" sur des gouvernants ou des peuples en plongeant ces derniers dans la "peur "(peur que l'étymologie nous dit irrépressible et paralysante). En grec moderne on dit même "traumocratie", littéralement "le commandement de la terreur", mort forgé sur le même modèle que démocratie, aristocratie, etc.
Lorsqu'une vague de bombes frappe dans un pays occidental, résonnent deux sortes d'adjurations. Les premières appellent la population à ne pas faire ce qu'attendent les terroristes - paniquer- et à conserver autant que possible son mode de vie habituel. Les secondes recommandent aux gouvernants de ne pas perdre leur âme et de respecter les règles de l'État de droit. Ce serait, là aussi, une victoire pour les terroristes que d'obliger les démocraties à changer de nature et à nier leurs propres principes.
D'après les réactions de nos compatriotes aux attentats de 1985 et 1995, ou le comportement des Espagnols ou des Britanniques après ceux de Madrid et Londres en 2004 et 2005, il semblerait que les citoyens européens, les premières heures d'émotion passées, se conduisent plutôt rationnellement et continuent par nécessité à aller au bureau, à faire leurs courses...
Quant au gouvernement, il lui arrive de céder aux terroristes, comme de négocier avec des preneurs d'otages. Pour ne prendre nos exemples qu'en France, les libérations de Magdalena Kopp ou d'Anis Nacache ont démontré que le chantage à la bombe paie parfois. Mais il s'agissait là de la confrontation avec des groupes internationaux instrumentalisés par des puissances étrangères ; ils réclamaient un avantage tactique et ne cherchaient pas une victoire stratégique. Les contreparties étaient des concessions, certes peu glorieuses, mais qui n'auraient pas de conséquences politiques cruciales. Si l'on observe a récente réaction de la France aux prises d'otage d'Aqmi mais aussi la libération, sans doute contre rançon, des photographes français pris en Afghanistan, il faut en déduire qu'il y a de cas où la négociation est possible et d'autres pas, ce qui n'est pas une grande révélation. Et que le terrorisme paie parfois.
On voit aussi les gouvernants adopter des lois d'exception (des "lois scélérates" française de 1893-1894 au Patriot Act de 2001) ou faire appel à des barbouzes, commandos "antisubversifs" ou autres pseudo organisations de type GAL (Groupes Antiterroristes de Libération chargés de poursuivre les autonomistes basques). Même en suspendant la question du jugement moral, nous ne croyons pas que l'efficacité de ces méthodes compense le discrédit moral qu'elles suscitent , ni ne vaille l'argument qu'elles fournissent à l'adversaire.
Pourtant, l'action terroriste ne consiste pas seulement faire peur pour faire céder. Les groupes terroristes cherchent aussi à recruter, à répandre leur idéologie et à faire connaître leurs griefs, à venger des offenses, à témoigner de l'injustice dont ils se disent victimes, à défier symboliquement des ennemis plus puissants, à encourager des révoltes ou des prises de conscience. Quand ils ne donnent pas pour priorité de se faire entendre plutôt que de déclencher une vague de panique.
La pratique terroriste n'est souvent qu'un moment d'un processus historique ou un outil dans des panoplies stratégiques. Elle se combine avec d'autres moyens : constitution d'un parti politique servant de façade légale, contrôle d'un territoire, guérilla rurale, activités criminelles, négociation...
Nous ne viendrons pas non plus à bout du terrorisme en le réduisant à une criminalité irrationnelle et anxiogène. Ni en attendant l'avènement d'une société si juste que personne ne songera plus à recourir à la violence politique pour se faire entendre...
Le terrorisme est un phénomène politique et stratégique, et relève donc du critère de la victoire ou de la défaite. Il doit bien connaître une limite au moins dans le temps. Les organisations terroristes ont ceci de commun avec les autres créations humaines : il faut bien qu'elles disparaissent un jour. La vraie question étant quand et dans quelles conditions. Le record de longévité est battu par l'IRA qui commet ses premiers attentats en 1920 et ne dépose effectivement les armes qu'en 2005, pour faire suite à l'accord "Good Friday". Encore faut-il préciser que le nom d'Ira a été repris par une pluralité d'organisations, scissions et dissidences et qu'il y a encore des attentats signés de ce nom.
Dans les années 90, on parlait beaucoup de cycles terroristes, nihilistes, anarchistes, nationalistes, d'extrême-gauche et les experts ne leur prédisaient guère plus de trente ans de vie maximum... Mais, quand bien même ce serait vrai, personne n'a envie d'attendre 2020 ou 2030 pourvoir déliner le jihadisme par usure. Il faut donc revenir sur la question des voies et moyens.

CONSTANTES HISTORIQUES ?

Comment finissent généralement les groupes terroristes et quels enseignements en tirer pour le futur ?
L'hypothèse la plus difficile à admettre est, tout simplement, qu'ils gagnent parfois. Des mouvements armés clandestins, qui furent stigmatisés comme terroristes, ont pu, un jour, former un gouvernement ou obtenir l'indépendance qu'il réclamaient. Le FLN algérien, l'Irgoun Zvei Leumi israélienne, l'Ethniki Organosis Kyprion Agoniston (organisation nationale des combattants chypriotes), l'ANC (Congrès National Africain) de Mandela en Afrique du Sud, l'Organisation de Libération de la Palestine et l'UCK (Armée de Libération du Kosovo) furent classés parmi les groupes terroristes. Quelle que soit la distinction éthique à maintenir entre causes justes ou injustes ou "combattants de la liberté" et "terroristes", reste que ces organisations ou leurs anciens membres dirigent ou ont dirigé des États souverains (ou une ébauche dans le cas de la Palestine). Personne ne passe directement de la cave où il fabriquait des bombes au palais présidentiel. Le chemin qui mène du statut de terroriste à celui de chef d'État passe par d'autres cases : soutien international, reconnaissance juridique, transformation en parti légal, négociations avec l'adversaire, libération de territoires sur lesquels on installe son autorité, soutien d'une armée étrangère, émeutes, élections... Voire prix Nobel de la paix.

La plupart des groupes qui recourent au terrorisme et produisent des textes doctrinaux affirment volontiers :
- qu'ils ne sont pas terroristes, mais constituent une avant-garde combattante, une armée clandestine, la branche militaire du parti..., qu'ils représentent l'ensemble des vrais croyants, le prolétariat, les opprimés, les patriotes authentiques...et que leur violence est uniquement défensive, parce que le vrai terrorisme, celui de l'État ne laisse pas d'autre issue
- que cette lutte est provisoire : le stade de la confrontation armée et clandestine doit déboucher sur une véritable action populaire, sur la mobilisation de tous ceux qu'ils défendent (peuple, prolétariat, croyants) voir sur une insurrection victorieuse.

Bien entendu, après-coup, on peut toujours supposer que ces résultats auraient été obtenus en tout état de cause et sans massacres inutiles, que, loin d'accélérer le processus, l'épisode des bombes l'a retardé. Mais cela est par définition impossible à prouver.
Pour les formes actuelles du terrorisme, des exemples pourraient laisser penser que tel ou tel mouvement indépendantiste finira par parvenir à ses fins ou à un compromis.. mais quelle grille appliquer au jihadisme ?

Sa démarche pose deux problèmes par rapport aux cas précédents les mouvements qui réclamaient une libération nationale, une révolution ou une contre-révolution.

Le premier est notre difficulté à comprendre le critère de la victoire pour les jihadistes : s'agit-il de la conversion de la planète à l'islam version salafiste et du rétablissement du califat partout où il s'étendait avant que les Mongols ne prennent Bagdad en 1225 ? De l'établissement d'un émirat à Washington D.C. ? Du départ des troupes étrangères d'Irak et d'Afghanistan, de la destruction d'Israël et de changement de régimes dans la plupart de pays musulmans ?
Même si ben Laden et Zawahiri ont exprimé des revendications territoriales concrètes, et expliqué à maintes reprises qu'ils ne faisaient que pratiquer un jihad défensif, obligatoire pour libérer les terres d'Islam, il est difficile de considérer qu'il s'agit d'objectifs réalistes en l'état du rapport de force planétaire.

Seconde question : le terrorisme jihadiste est-il fin ou moyen ? Considéré à l'échelon individuel - le sacrifice garantit le salut du martyr -, ou à l'échelle historique - une sorte de comptabilité du sang versé où l'Occident serait littéralement redevable de quelques millions de morts - la question de l'auto-justification de la violence reste posée. Celui qui est persuadé que son acte plaît à Dieu et comporte en soi sa récompense n'a pas la même impatience à l'égard de la promesse historique, révolution ou libération, que le militant ordinaire. Surtout dans le cadre d'une logique de punition où il importe d'établir une symétrie de l'horreur qui compensera l'injustice subie par tous les musulmans : il s'agit, au final, de prix du sang.
Un facteur symbolique intervient. Ce second point n'est pas spécifique au jihadisme : les nihilistes russes ou les vengeurs de Ravachol commirent des attentats dont il ne semblait guère qu'il pouvaient contribuer - dans la logique même de leurs auteurs - à avancer leur cause. Mais leur valeur expressive et spectaculaire leur conférait une justification suffisante. Ceci est toujours valable : la Fédération Anarchiste Informelle qui envoie des lettres piégées à Rome ne prétend pas autre chose d'après son communiqué que "faire entendre sa voix" et borne ses ambitions à lancer un défi au système honni. Quand la violence ne sert qu'à venger, défier ou amplifier une protestation, elle obéit à une autre logique.

Peut-on envisager une solution militaire au jihadisme ? On a certes vu une force armée traditionnelle venir à bout d'une guérilla. Le dernier exemple est celui des forces sri-lankaises écrasant au bout de trente ans (1979-2009) et après des dizaines de milliers de morts, les tigres tamouls. Mais ceux-ci, s'ils ont pratiqué le terrorisme urbain et l'attentat suicide étaient surtout un groupe de guérilla territorialisé, avec des troupes en uniforme et avaient l'équivalent d'une "adresse" où aller le chercher et le détruire. Les méthodes dites de contre-insurrection (curieusement reprises par les USA de la doctrine de lutte anti-FLN de l'officier français Gallula) qui consistent à reprendre progressivement et durablement le terrain à la guérilla ont encore à prouver leur efficacité à long terme. Sans compter que le terroriste des villes n'est pas le terroriste des champs.

DÉCLIN ET RENOUVEAU DU JIHAD

Une solution policière ? Les forces "classiques" de répression l'ont, au fil du temps, pratiquée avec succès. Qu'il s'agisse des anarchistes Belle Époque, des groupes marxistes des années 70 ou de terroristes internationaux comme ceux d'Abou Nidal ou Carlos, ils furent, le plus souvent, arrêtés ou abattus par la police. La réponse serait moins évidente si l'on prenait les groupes nationalistes, bénéficiant d'un appui d'une partie de la population, mais il reste que la combinaison d'une police efficace, d'un renseignement de qualité et d'une justice intelligence tend à l'emporter, même au bout de quelques années, sur des groupes clandestins armés.

Ceci ne peut aller sans un traitement politique du terrorisme. L'exemple italien montre que la disparition des Brigades Rouges, Lotta Continua et groupes similaires n'aurait pas été possible sans deux facteurs : une délégitimation du combat terroristes révolutionnaires (surtout après l'assassinat d'Aldo Moro) y compris au sein de la gauche italienne et une stratégie d'isolement des plus durs, qui consistait à offrir à ceux qui ne voulaient pas suivre la spirale infernale la solution de la "repentance" ou de la "dissociation" . Les repentis (pentiti) collaborant avec la justice et les dissociés (dissociati), qui condamnent le principe du terrorisme et bénéficient d'une certaine indulgence en raison de leurs déclarations sans coopérer à faire arrêter d'anciens camarades.

La transposition de ces solutions au jihadisme - condamnation doctrinale par des docteurs de l'islam et politique de récupération des éléments "modérés" - n'est pas absurde en soi. La première partie du programme a même commencé à se réaliser, mais la seconde n'est probablement applicable que dans le cadre d'États de droit jouissant d'une situation globalement stable. Ce qui la rend difficilement transposable en Irak, en Afghanistan ou en Arabie saoudite...

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la fin statistiquement la plus probable pour un groupe terroriste (46% selon une étude de la Rand portant sur 648 groupes terroristes disparus entre 1968 et 2006) est de se transformer en une autre forme d'organisation,. Donc une transition vers la légalité que ce soit en passant à des négociations avec un gouvernement légal ou à un statut légal. Des organisations comme l'OLP, le M 19 colombien en 1989, le Frente Farabundo Marti para la Liberacion Nacional du Salvador en 1992, le Renamo (Resistencia Nacional Mozambicana) au Mozambique ou encore l'UCK (Armée de Libération du Kosovo), avec ou sans intervention internationale, ont connu ce sort.

Peut-on sérieusement penser à une transition de ce genre pour les groupes jihadistes ? On sait que la notion de "taliban modéré" a été avancée, non sans provoquer quelques ricanements, pour justifier des négociations avec les groupes rebelles les plus achetables. Pour le moment, la démarche a échoué et les tentatives des autorités afghanes ont tourné court lorsqu'il s'est révélé que l'un des négociateurs supposés du côté taliban, Akhtar Muhammad Mansour, était un imposteur. Le "grand bargain", l'idée émise dès l'élection d'Obama d'une négociation générale en Afghanistan ou au Pakistan avec les éléments récupérables ou présentables n'est pas encore l'issue la plus probable à un conflit qui a duré dix ans. En ce domaine, les Soviétiques, s'appuyant sur la politique de négociation de leur homme-lige Najibullah, n'avaient pas réalisé une si mauvaise performance puisqu'ils avaient pu se retirer plus dignement que les Américains du Vietnam.

Un débat agite les milieux spécialisés dans le terrorisme : celui sur le "déclin" d'al Qaïda surtout après la mort de ben Laden. Les uns soulignent l'échec de l'organisation en Irak, l'importance et la régularité de ses pertes, ses difficultés à communiquer, le recul des soutiens dans le monde musulman, son incapacité à reproduire des opérations contre l'Europe ou les USA, voire sa tendance à revendiquer des attentats ratés qu'elle apprend par les journaux... Le printemps arabe a souvent aussi été interprété comme un échec pour al Qaïda (qui le soutient pourtant) : certes il a balayé de dictatures pro-occidentale qui étaient parmi les pires ennemis de l'organisation jihadiste. mais il aurait aussi montré qu'il existe un troisième terme, pacifique et démocratique, à l'alternative dictatures ou islamisme.
Les autres insistent sur la résilience d'al Qaïda, sa capacité de muter et de se réorganiser, le déplacement du danger du centre (Afghanistan-Pakistan) à la périphérie. Tel est par exemple le discours que tient la Maison Blanche dans son texte de doctrine sur le contre-terrorisme publié en Juin 2011, évitant tout triomphalisme démobilisateur.

Il faut tenir compte de deux phénomènes. L'un est la montée en puissance d'organisations comme Terik-e-Taliban au Pakistan, al-Shabbabal-Shabbab en Afrique de l'Est ou AQMI pour le Maghreb qui, tout en ayant un lien purement nominal avec al Qaïda, démontrent une capacité de nuisance considérable, comme force de guérilla plus ou moins liée à des activités criminelles dans des zones grises mal contrôlées, mais qui ont aussi aussi un projet "publicitaire" dans leur quête de renommée.
L'autre facteur, maintenant bien repéré, est la montée des "loups solitaires", jihadistes autoradicalisés, vivant souvent en Occident, seuls - les "Jihad Joes" -ou en petits groupes "amateurs", sans réels liens avec les organisations connues, sans formation technique, mais capables peut-être de réaliser des actions spectaculaires un jour (en vertu du principe qu'à force d'échouer, quelqu'un finit bien par réussir).

En 2001, peu de gens auraient prédit qu'une décennie plus tard, la guerre contre le terrorisme (même ramenée récemment par Obama à une "guerre contre al Qaïda") serait toujours prioritaire et les Occidentaux incapables de faire ce qu'avaient fait les Soviétiques (laisser l'Afghanistan à un pouvoir capable de le tenir un ou deux ans et d’éviter une humiliation trop visible). Mais peu de gens auraient prédit aussi que le terrorisme serait aussi polymorphe, la situation aussi indécise et donc finalement aussi ouverte.

FBH

Bibliographie de l'article :

Baudouï R. Géopolitique du terrorisme A. Colin 2009
Bauer A. et Huyghe FB Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire PUF 2010
Bauer A. et Brugière Cent mots du terrorisme PUF 2011
Bergen P. L. The Longest War The Enduring Conflict Between America and Al Qaeda, Free Press 2011
Cahiers de médiologie n°13 La scène terroriste, Gallimard 2002
Challiand G et Blin A. Histoire du terrorisme, Bayard 2004
Cronin A. K. How Terrorism Ends: Understanding the Decline and Demise of Terrorist Campaigns, Princeton University Press 2009
Hoffman B. La mécanique terroriste Calmann-Lévy 1999
Huyghe F.B. Terrorismes Violence et propagande, Gallimard Découvertes 2011
Kepel G. (présenté par) Al-Qaida dans le texte PUF 2005
Rand Corporation How do terrorrists groups end ?, Rand 2008
Rapoport D.C. Modern Terror. The Four Waves, Current History Décembre 2001
U.S. Presidency National Strategy for Counterterrorism Juin 2011, site de la Maison Blanche
Venner D. Histoire du terrorisme Pygmalion 2002

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