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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Guerre de l'information, ingérence et révolution
De Mouhamad Milosevic à Slobodan Kadhafi

Un tyran fou, une urgence humanitaire, bombarder pour sauver des civils depuis le ciel. Cela ne vous rappelle rien ? En 1999, la guerre du Kosovo, qui fut largement celle des médias, conjuguait une justification éthique (intervention pour éviter des catastrophes humanitaires) plus une illusion optique. La puissance des images et des signes se substituait à celle des armes et des forces.

Qui se souvient du Kosovo en 1999 ?
À l'époque la guerre est menée sans mandat de l’ONU, mais dans l’enthousiasme général. Il s'agit d'empêcher un massacre (les médias parlent même de "génocide") des populations albanophones par les Serbes. Les Européens s'enthousiasment pour le droit d'ingérence, les USA pour les guerres propres et l'infowar. À l'époque, sous Clinton, les néo-conservateurs par un paradoxe plus apparent que réel soutiennent une guerre réputée « de gauche ». Ils en retiennent une puissance guerrière exercée au nom des droits de l’homme, l’affaiblissement du principe de souveraineté. Bénéfices collatéraux :  à l'époque, l’Europe reconnaît de facto son incapacité à traiter ses propres problèmes autrement que par le verbe et fait confiance à l'US Air Force.
La guerre fut dominée par le jeu de l’exhibition des victimes. Les médias conduisaient la croisade de la compassion : colonnes de réfugiés, récits d’atrocités, utilisation récurrente de la comparaison avec le nazisme, appels à une intervention urgente, culpabilisation au nom des fautes du passé,…
Le nouveau discours de l’Otan adoptait un style pédagogique, démonstratif et philanthropique. Précision technique et pureté éthique contre purification ethnique.
Un lobby intellectuel planétaire applaudissait l’intervention pour une guerre juste et humanitaire.
Elle réunissait toutes les conditions pour servir de modèle à une future justice armée. Elle se réclamait des seules valeurs démocratiques et n’était de surcroît menée que pour sauver des musulmans. L'intervention était dénuée de tout intérêt géostratégique immédiat : pas de pétrole au Kosovo. L’opération de gendarmerie contre l’épurateur ethnique communisto-fascistoïde conciliait monopole de la pitié et monopole des bombardiers. Aux USA, cette guerre sainte laïque, même sans aval de l’ONU, permettait à l’ancien rebelle du Vietnam et au partisan du futur Empire de communier dans la même émotion.

La guerre du Kosovo, avide de visages de victimes, dissimula le corps de l’ennemi. Il fut nié par la distance, vu et frappé à hauteur de satellite, comme nié par la parole, y compris par le refus de la catégorie de l’ennemi. Jamie Shea, porte-parole de l’OTAN expliquait images l’appui, que les frappes détruisaient des choses, du potentiel militaire et que les coups, destinés finalement à sauver des vies, ne s’adressaient pas à un peuple, mais à un tyran ou à un principe.
La diabolisation de l’adversaire serbe est largement entamée. La révélation de quelques faux comme la fameuse photographie de victimes de maigres comme des déportés et derrière des barbelés n’y change rien. La thèse de l’épuration ethnique, fonctionne en synergie avec les images, passées en boucle, de réfugiés évocatrices de la débâcle de 1939 crédibilise la thèse du début génocide sous les yeux de l’Europe passive. Elle accrédite les chiffres délirants qui circulent très vite (250 ou 500.00 Albanais massacrés).

Cadrée serrée ou zoomée, la victime, cet autre qui nous ressemble et nous interpelle dans le confort de notre salon est devenue le principal argument pour vendre des guerres. Le point de vue adopté par la caméra sur place ou dans les conférences de presse surréalistes de l’Otan consacrées à démontrer l’innocuité des armes utilisés est « occidental ».

Ceci est confirmé a contrario par le bombardement de la télévision serbe, ou par l’impact quasiment nul sur l’opinion des boucliers humains anti-Otan de Belgrade, des T-shirts portant une cible ou des concerts de rock par lesquels les Serbes tentent de gagner le statut envié de victimes. De même, la déqualification comme « révisionniste » de quiconque émet un doute sur la légitimité de la guerre (voir l’affaire Régis Debray) …
Bien entendu après coup plusieurs légendes se révèlent : les Serbes n’avaient pas de plan d’extermination appelé « Fer à cheval », ils ne forçaient pas les Albanais à donner leur sang, ils ne piégeaient pas l’Otan en plaçant de futures victimes civiles près d’objectifs militaires, le « Gandhi des Carpates » Ibrahim Rugova n’avait pas été torturé et tué, il n’y avait pas de charniers avec des dizaines de milliers de morts… Et, après coup, il y aura d’excellents livres pour démontrer les manipulations. Mais trop tard…

 À télécharger : croyances en guerre (de 1999)
 Ce que nous écrivions à l'époque
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