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Sarkozy, Obama et la Libye
Sarkozy et Obama ne jouent pas la même partie en Libye.
Pour le premier, il n'est guère difficile d'analyser ses intentions. Faire diversion (et des problèmes internes et de sa catastrophique gestion des révolutions arabes, sans oublier la piteuse réception de Kadhafi à Paris). Se donner une stature de leader international et de chef de guerre en Libye, lui pour qui tout ce qui touche à l'autorité, à la souveraineté, au symbolique est si problématique. Asphyxier la critique en faisant ce qu'il sait faire le mieux : changer de pied et de terrain. Occuper la scène, et, bénéfice collatéral, en se mettant en pointe de la "coalition of the willing", se rapprocher des USA. Foncer et improviser. Surfer sur une sensibilité médiatique faite de culpabilisation ("allons-nous laisser massacrer ces gens sans rien faire ?"), de sentiment d'humiliation ("le petit Néron qui s'est moqué de nous au moment de l'affaire des infirmières ou de sa visite à Paris"). Enfin, devenir le champion des droits de l'homme en acte et non en indignation : voilà qui ne peut qu'embarrasser les donneurs de leçon de la gauche, tout en jouant sur des réflexes légitimistes et patriotiques à droite.
Aux Usa précisément, on a d'autres soucis. On regarde sans doute avec plus d'anxiété ce qui se passe du côté du Barhein où la répression, sans doute moralement aussi condamnable, est menée contre des chiites (avec tout ce que cela implique dans les rapports avec l'Iran) et avec l'appui des amis saoudiens. Moins en parle...

Et Obama qui n'a peut-être pas toutes les raisons de se féliciter de sa stratégie militaire en Afghanistan, traîne ostensiblement les pieds. Laissant le Frenchy qui l'admire tant prendre la vedette et démontrer implicitement que les USA sont convertis au multilatéralisme (au cas improbable où un habitant de la Terre ignorerait qu'Obama n'est pas GW Bush). Par ailleurs parmi les régimes arabes, il n'en est guère qui soutiendrait l'insolent colonel et il en est qui ne détesteraient pas se faire oublier, le temps de mener leur propre répression.
Le dilemme d'Obama se pose en termes différents. Le camp des réalistes rappelle, y compris chez les démocrates, souligne la folie qu'il y aurait à engager une troisième guerre dans un pays musulman et rappelle où a mené la phraséologie sur le droit d'ingérence et la propagation de la démocratie par le armes. Quand ils ne mettent pas en avant le danger de travailler pour les islamistes ou pour des nationalistes arabes éventuellement prêts à une aventure conte Israel. Voir les réticences de Robert Gates, par exemple.

D'autres voix s'élèvent. Notamment du côté des néoconservateurs, dont nous avons souvent souligné ici qu'ils n'ont pas été éliminés par l'élection d'Obama, mais même qu'ils ne sont pas toujours mécontents du nouveau président, et notamment de sa politique afghane. Les néocons ont toujours été fermes sur un point : si leur pays ne doit pas hésiter à faire usage de la force et à jouer les shérifs (une expression qui est interprétée sans ironie dans ces milieux-là), leur but final et la propagation planétaire de la démocratie " to make the world a safer place for USA" (faire du monde un endroit plus sûr pour les USA). Leur répugnance envers toute forme de Realpolitik ou d'isolationnisme frileux les mène à la conclusion que l'Amérique doit se montrer aussi impitoyable envers le dictatures arabes qu'envers "l'islamofascisme".
On se souvient du PNAC, le Project for a New American Century, formé par l'élite des néoconservateurs des deux partis et qui réclamait sa guerre en Irak depuis la présidence de Clinton. On se souvient de leurs propos flamboyants sur le "tsunami démocratique" qui devait soulever le monde arabe après l'invasion de l'Irak et des slogans du type "notre mission commence à Bagdad". Vieilleries ?
Aujourd'hui, c'est le Foreign Policy Initiative avec les mêmes stars (William Kristol et Robert Kagan) qui reprend la même antienne avec les mêmes appels vibrants dans le Wall Street Journal, le WashingtonPost et Weekly Standard. Ainsi, dans une lettre au président Obama du 25 février, signée par 41 hauts responsables politiques et membres de think tanks le FPI réclamait la zone d'interdiction de survol, le blocus économique et diverses mesures adoptées depuis. Depuis, les néocons n'ont cessé de reprocher la lenteur et la mollesse de la réaction US.
Et de préparer leur grand retour.

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