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Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Intelligence économique : du savoir à l'influence
Renault : l'accusateur arrosé
Que nous apprend l'affaire Renault ?

Un mot d'abord est revenu dans tous les médias "officines". Dans cette affaire, il semblerait qu'une agence dite d'intelligence économique, engagée par le constructeur automobile et travaillant sur foi d'une négociation anonyme ait monté un dossier hâtif et mal fichu, accusé à la légère trois cadres, et, ce qui est peut-être le pire du point de vue, sinon de la justice, du moins de la lutte contre l'espionnage, empêché les services officiels, en l'occurrence, la DCRi de faire leur travail. Certains poussent même l'accusation plus loin : ladite officine aurait employé des méthodes illégales et son action participerait d'une petite guéguerre politique entre membres des services de renseignement actuels ou anciens, sarkozystes ou chiraquiens...
Bien entendu, de même qu'il aurait fallu respecter pleinement la présomption d'innocence des trois cadres, il serait malvenu d'accuser cette société tant que sa responsabilité ne sera pas démontrée.

Mais on peut au moins affirmer de façon générale :
- que l'intelligence économique n'a rien à faire avec des barbouzeries
- qu'obtenir des informations confidentielles sur quelqu'un, le faire suivre ou écouter et a fortiori monter un dossier uniquement à charge est une activité de basse police sans rapport avec une discipline universitaire ou une pratique économique bien connues, mais aussi sans rapport avec la loi
- que les anciens policiers, gendarmes ou membres des services de renseignement qui continuent, en passant dans le privé après leur retraite, de recourir à d'anciennes relations professionnelles ou emploient des méthodes d'enquête qui ne devraient être autorisées que sur mandat d'un juge ou sous l'autorité de l'État se font régulièrement prendre et mouillent leur client. Toute question éthique mise à part, il n'est donc pas très malin de leur confier ses intérêts.

S'agit-il d'une simple erreur, d'une manipulation interne pour faire tomber quelqu'un ou d'une diabolique manipulation destinée à affaiblir une grande entreprise française et à décrédiibiliser toute forme de lutte contre l'espionnage industriel ou toute référence au patriotisme économique ? Pataquès des chaussettes à clou, lutte des cadres à Billancourt, ou affaire Clearstream de l'industrie ?
Nous n'en savons fichtre rien. Mais dans les trois cas, il vaut mieux faire les choses légalement et ne parler qu'à coup sûr.

Autre leçon de l'affaire en matière de communication de crise, et lorsque le "fort" (en l'occurrence Renault) s'en prend au faible (en l'occurrence ses trois cadres) il a d'autant plus intérêt à avoir des munitions. Montée très vite, l'affaire qui réactivait de vieux stéréotypes (l'espion chinois voleur d'inventions françaises). Mais très vite aussi la direction a été surprise par la combativité des ses cadres bien défendus (et pour cause, s'ils sont innocents !) et a pratiqué la fuite en avant. Des mots comme "nous n'avons pas de preuves, mais nous avons des certitudes" de Carlos Ghosn seront cités comme contre-exemples pendant des années dans les cours de communication de crise (en tout cas dans les nôtres). Se défausser sur des boucs émissaires et négliger la présomption d'innocence : voilà deux des pires fautes que l'on puisse commettre en ce domaine. La victime qui représentait notre orgueil national est devenue le persécuteur. Au moment où nous écrivons, nous ne savons pas encore quel sera le fusible qui paiera dans cette affaire, mais le coût en termes d'image est encore mal mesuré.

Troisième élément : au fait, quel était le secret de Renault ? Ce n'étaient pas, paraît-il des brevets, mais des "procédés commerciaux". Plutôt vague. Il est visible que nous manquons en France d'une loi qui définisse clairement ce qui constitue une information sensible, contre qui et à quelles conditions elle doit être défendue. C'est, paraïî-il, en cours. C'est, en tout cas, urgent.

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