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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Quelques notions sur l'influence militaire
Influence : si elle est délibérée, c'est une stratégie indirecte et asymétrique visant à obtenir d’autrui un assentiment ou un comportement, soit par le prestige ou la séduction de votre image ou de votre réputation, soit par une forme quelconque de persuasion ou de « formatage » qui modifie les critères de jugement des influencés, soit, enfin, par la médiation d’alliés ou de réseaux soutenant votre cause.
L'influence s'oppose à la puissance et à l'autorité en tant qu'elle est un moyen d'obtenir du pouvoir uniquement grâce à des signes (mots, images voire musique). Elle n'agit donc ni par la contrainte (qui produit de l'obéissance forcée) ni par promesse (qui repose sur l'échange et l'intérêt). Il existe des techniques d'influence (rhétorique, catéchèse, propagande, publicité, psychologie sociale appliquée, relations publiques, storytelling, diplomatie publique....) et des organisations d'influence (sociétés de pensée, corps missionnaire, groupes de pression, ONG, lobbies, think tanks...) dont la mission principale est d'agir sur le cerveau d'autrui. Ils recourent généralement à des vecteurs d'influence comme les médias. À noter que si l'influence s'exerce par des signes, ceux-ci ne se limitent pas aux messages que nous envoyons, mais que notre comportement ou notre image extérieure sont aussi des signes (et donc des facteurs positifs ou négatifs d'influence) pour les autres.

Influence militaire : ensemble des méthodes autres que la force, sa menace ou sa gestion, par lesquelles une armée peut contribuer à la victoire, notamment en agissant sur l'opinion ou ceux qui forment l'opinion. Démoraliser l'adversaire, motiver ses propres troupes et obtenir le consensus de sa population, rendre sa cause plus juste que celle de l'ennemi aux yeux des alliés ou des neutres, faire en sorte que les populations civiles accueillent bien ses troupes, donner en général une image positive de son armée sont des objectifs d'influence militaire. D'une certaine façon, le fondement même de la guerre - le stratagème ou la ruse - consiste à influencer l'adversaire, par exemple en lui donnant de fausses indications sur ses intentions, pour le pousser à la faute.

Comportement
Fait d'accomplir ou de s'abstenir de certaines actions.

Attitude
Prédisposition à adapter certains comportements.

Représentation
La représentation a un double sens : perceptif (l'image mentale que l'on se forme d'une réalité) et expressif (ce qui permet aux autres de connaître nos propres représentations et nos volontés). Par exemple, dans une démocratie indirecte, la représentation parlementaire exprime la volonté du peuple. Tout le problème de l'influence est de changer les représentations perceptives conformément à des représentations expressives (notamment en concurrence avec d'autres).

Propagande
Moyens et techniques destinés de faire adhérer une communauté (nous recevons la propagande en tant qu'individus, mais elle nous vise en tant que membres d'un groupe) ou à faire adhérer à une communauté (tel parti, telle église, tel courant de pensée). Cette adhésion porte sur un contenu idéologique contesté dans le cadre d’un conflit avec une autre communauté porteuse d’autres croyances. Par contenu idéologique, nous entendons non seulement des affirmations relatives à des faits qui sont ou vrais ou faux (X est responsable de la guerre, Y commet des crimes), mais aussi les jugements de valeur qu'ils impliquent (c'est impardonnable), les interprétations intellectuelles qu'ils induisent (ils commettent ces crimes parce qu'ils sont impérialistes) et les buts politiques qu'ils suggèrent (il faut soutenir le camp de la paix). Donc des descriptions du monde qui induisent un ordre politique souhaitable du monde.
La propagande peut être mensongère (le propagandiste affirme délibérément quelque chose qu'il sait faux et dont il veut convaincre), mais, le plus souvent, parfaitement sincère, il est persuadé que la réalité est bien conforme à son idéologie. La propagande, c'est donc le discours de mon adversaire, comme l'idéologie, c'est son idée. Corollaire : il est rare que l'on avoue faire de la propagande (on communique) ou adhérer à une idéologie (on analyse la réalité).

Actions d’information, actions de communication, action d’influence : composantes des stratégies du même nom (ou alors, totalement inutiles).

Stratégie d'influence
La stratégie étant l'art de diriger des forces et des signes dans une relation dialectique et conflictuelle, dont l’issue est en principe la victoire d’un des acteur, la stratégie d'influence traite des voies et moyens du faire croire.
Elle coordonne des élément (notamment les bons messages, véhiculés par les bons médias, bien adaptés au milieu auquel il s'adressent et relayé par les bons médiateurs) afin d'amener un groupe à porter les jugements de fait ou de valeur favorables à ses objectifs Ces mesures sont au service d'un but final (généralement la prédominance d'une idée, d'une valeur ou d'un intérêt sur un autre) et sont censés agir sur le cerveau des hommes pour modifier (ou confirmer) leurs attitudes à l'égard d'une question. La stratégie d'influence peut avoir des objectifs immédiats (faire voter, faire acheter, mobiliser) et à long terme (changer les représentations de gens de telle façon qu'à l'avenir ils tendent à voter, acheter ou se mobiliser dans un certain sens).

Stratégie d’information, stratégie de communication
Information et communication sont deux sœurs rivales, mais inséparables. Informer, c'est mettre en forme, donc, dans ce contexte, faire savoir quelque chose de nouveau qui a du sens pour celui qui l'interprète : par exemple lui raconter un événement, lui donner "des" informations, des nouvelles. Communiquer, c'est mettre en commun, donc, dans ce contexte, partager des représentations mentales avec autrui. Je vous informe de quelque chose que vous ne saviez pas, mais nous communiquons bien si nous sommes d'accord sur ce que nous aimons ou savons déjà. Si mon information est trop riche, trop nouvelle ou trop dérangeante pour vous nous communiquerons mal. Si nous communiquons parfaitement (voire si nous sommes en "communion") toute nouveauté risque de gâcher notre belle harmonie. L'information suppose une différence, la communion une similitude.
Mais, inversement, inutile d'avoir une information que l'on ne communique à personne (risque d'autisme), inutile de communiquer sans avoir d'information à apporter (risque de vacuité et de redondance). Il faut donc toujours faire un compromis entre les deux.
Une stratégie d'information consiste surtout à choisir et élaborer des contenus que l'on désire faire connaître et que l'on pense adaptés à leurs destinataires.
Une stratégie de communication consiste certes à leur faire parvenir lesdits contenus par des outils efficaces, mais aussi à établir une relation psychologique avec ces destinataires, à les connaître, à crédibiliser les messages qu'on leur adresse (donc leur source)...
Pour les compléter, il faut idéalement :
- une stratégie de propagation pour faire en sorte que votre message l'emporte sur des messages concurrents (exemple de stratégie de propagation : se faire référencer sur un moteur de recherche)
- une stratégie de transmission afin que votre message perdure et que l'essentiel de son contenu échappe à l'usure du temps (exemple de stratégie de transmission : enseigner).

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