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Chine, Google : le jeu continue
Censure ou espionnage industriel

De récentes révélation du New York Times jettent un nouvel éclairage sur l'affaire Google contre Chine, plusieurs fois traitée ici.
Comme on s'en souvient, Google, sans exécuter à proprement parler sa menace de quitter le pays en avril, avait décidé fin mars de détourner les requêtes faites à son moteur de recherche de Chine continentale vers celui de Hong Kong, en principe non censuré. Se plaçant ainsi délibérément sur un plan de libertés publiques et  militant pour le droit des internaute à une information non contrôlée par le gouvernement, Google publie par ailleurs un palmarès des États qui censurent la Toile. Plus exactement une liste des gouvernements qui lui demandent de rendre inaccessibles des données (des vidéos sur You Tube par exemple) ou d'espionner des Internautes. Surprise : les premiers de la liste sont le Brésil (en tête et pour les demandes de retrait et pour les demandes d'information sur les utilisateurs), l'Allemagne et les États-Unis, donc pas les trois pires dictatures de la planète. Ainsi, le pays de Lula présente par 3.663 requêtes d'information sur des internautes à Google, les États-Unis 3.580 et la Grande-Bretagne 1.166. La France est au cinquième rang avec 846 demandes.
À la rubrique Chine, Google mentionne simplement : "Les responsables chinois considèrent que les demandes de censure relèvent du secret d’État aussi ne pouvons-nous révéler cette information pour le moment". Et comme Pékin prépare, de son côté, des lois renforçant le secret d'État et permettant de mieux contrôler Internet, on ne peut pas vraiment dire qu'un ouragan libertaire balaie l'Empire virtuel du Milieu.
La mesure anti-censure décidée par Google a-t-elle été efficace ? On n'a guère vu ses concurrents se précipiter vers la sortie ni jouer la carte de la résistance face à Pékin. Comme c'était prévisible, le déplacement du moteur Google (ce qui permet facilement aux autorités chinoises de réguler les flux de demandes vers Hong Kong) a plutôt profité à Baïdu son rival chinois officiel, qui, lui, ne fait rien - et pour cause - qui puisse gêner les autorités :  son résultat augmente de 165 % (70,4 millions de dollars au premier trimestre), le chiffre d'affaires progressant de 60 %, à 189,6 millions de dollars.
L'initiative de Google n'a guère été relayée non plus. Au moment où s'ouvre l'exposition universelle de Shangaï, superbe opération de diplomatie publique, on n'entend plus guère parler du fabuleux facteur d'ouverture que serait la présence de millions d'étrangers, dotés de téléphones et d'accès à Internet, comme cela se disait avant les jeux olympiques de Pékin. Et après le discours d'Hillary Clinton plaçant la liberté de naviguer sur Internet au nombre de principales libertés que les USA devaient défendre, les gouvernants qui font le voyage de Chine reprennent pour le moins discrètement le thème de la fin de la censure.
Tout ce qui précède n'a de sens que si l'on se place dans la perspective d'un combat des partisans des droits de l'homme (en l'occurrence Google) contre un État autoritaire : après tout, ce qui avait déclenché tout cela, est la révélation par la firme californienne que des comptes de courriel en particulier ceux de dissidents pro-tibétains avaient été piratés et que les attaques venaient de Chine (certains avaient même pointé deux adresses Internet correspondant à deux centres de formation chinois en informatique).
Dès le début, l'affaire avait été pourtant été passablement embrouillée : Google, lorsqu'il se référait aux "attaques informatiques" subies depuis la Chine en décembre 2009, parlait à la fois de tentatives d'intrusion dans les systèmes d'importantes sociétés et de pénétration dans les comptes de particuliers (dont de supposés partisans des droits de l'homme). Le tout recouvrant une troisième réalité : à savoir le fait que les demandes des internautes chinois au premier moteur de recherche du monde étaient filtrées à la demande des autorités.
Pour en revenir aux révélations du Nex York Times, si elles étaient confirmées, elles nous apprendraient ceci : selon "une personne ayant une connaissance directe de l'enquête" (dixit le NYT), l'attaque portait en réalité sur un système de mots de passe, surnommé Gaia. Il contrôle l'accès de millions d'internautes à travers le monde à plusieurs services de Google (y compris des services d'affaire et, accessoirement, des comptes e-mail). Les pirates, qui semblaient avoir ciblé des développeurs de Google et ne connaissaient précisément le nom, auraient eu accès aux codes sources du programme en Californie. Google s'est contenté de déclarer qu'il renforçait la sécurité de Gaia, sans que personne puisse établir définitivement le degré de gravité du dommage subi ni surtout du dommage futur. Les pessimistes décrivent les intrus comme désormais capables de percer les secrets de fabrication de Google et surtout ses failles de sécurité. Les voleurs auraient-ils dérobé  "les bijoux de la couronne", ou plutôt les clefs de la maison. Croit-on sérieusement qu'il n'y a derrière tout cela que des policiers chinois violant la correspondance numérique des amis du dalaï-lama pour mieux les réprimer ?
Au-delà du débat techniques, qui concerne seulement quelques experts, il semble de plus en plus évident que nous soyons en face d'une gigantesque affaire d'espionnage industriel recouverte par les brumes d'une phraséologie morale.





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