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Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
Web 2.0, crise...
L'article Web 2.0 et propagation de crise ayant suscité la réaction de deux blogs influents (Le Phare de G. Klein contre et Novövision de Narvic pour), nous ne résistons pas à la tentation de poursuivre le débat (les branchés diront de nourrir le buzz), en rappelant quelques vérités simples :

- Le débat technophiles contre technophobes, "Youplala, Web 2.0 égale démocratie et expression" contre "Web 2.0, décadence et danger, tout fout le camp" présente en soi autant d'intérêt qu'une controverse pour ou contre le ciel nuageux le 27 avril à 11h15 : il existe, point final.

- Peu importe qui est "pour" ou "contre" un instrument qu'il finira par utiliser aussi quotidiennement que le téléphone. Mieux vaut se demander ce que le contenant fait au contenu et en quoi des moyens d'information produisent des formes d'information.

- Il y a l'information en soi et "les" informations (au sens "les nouvelles que nous fournissent les médias, les événements du monde qu'un certain nombre de gens, professionnels de la chose ou pas estiment dignes de nous êtres décrits"). Le seul fait que Twitter gazouille sur telle affaire, ou qu'il y ait tant de rétroliens sur tel texte, ou que tout cela touche tant de milliers de gens en tant de secondes, ou que les messages aient telle longueur, ou qu'ils soient lus par des gens dans le métro, sont des faits importants et significatifs. Ils révèlent des choses sur ce que nous croyons, comment nous vivons ensemble, qui a du pouvoir, etc. En particulier, il ne faut pas confondre la relation (surtout au sein d'un "réseau social" humain, comme s'il y avait des réseaux humains non sociaux) et le contenu de ce qui s'échange. Partager n'est pas signifier, signaler n'est pas dire...

- Pour reprendre un élément souligné par Narvik, le phénomène de l'alerte ("Moi X, te préviens, toi, mon ami Y, qu'il y a là à telle dépêche ou telle vidéo qui pourrait bien te passionner") est un syndrome d'une société obsédée par l'urgence : il est urgent de savoir (parce que les informations qui, par définition, se dévaluent avec le temps, ont un taux d'obolescence croissant) ; il est urgent d'avoir averti avant les autres (parce que c'est gratifiant), il est urgent de "mobiliser", parc que "cela nous concerne tous" (Ah oui, pourquoi ?). L'urgence de la patate chaude (passe vite à ton voisin) n'est pas l'urgence de la décision (faire des choix avant qu'il ne soit trop tard) ni l'urgence inhérente à la gravité d'une situation..

- En l'occurrence, ce contenu produit par les réseaux sociaux présente des caractéristiques évidentes tenant à sa vitesse et à son mode de circulation. D'où des questions légitimes sur la qualité (de vérité et de pertinence...)  du contenu mais aussi sur l'effet que produisent l'existence, l'immédiateté et le mode de propagation des nouveaux vecteurs.

- Si la qualité des "informations" est de "bien" décrire le monde (avec authenticité, sincérité, précision, pertinence, sans œillières idéologiques... et si possible en laissant la place aux conditions de sa vérification et de sa critique, cet idéal - qui est pourtant une des  conditions théoriques de l'exercice du jugement d'un citoyen rationnel - n'a jamais été atteint. Mais on peut s'en éloigner plus ou moins.

- En soi la brièveeté du message n'est pas un crime : on peut être lapidaire et génial : Héraclite dont on n'a pas conservé l'équivalent - en nombre de sites ou kilooctets - d'une page du Monde sera commenté dans plusieurs siècles.

- En revanche la brièveté des procédures de vérification ou de réflexion (le fasthingking décrit par Bourdieu) est porteuse de dangers et propice, par exemple, à la formation de rumeurs ou de paniques. Rappeler cette évidence n'a rien de particulièrement réac ou nostalgique.

- De même, qu'il y a une plus forte probabilité que des milliers de gens produisant sans formation ni responsabilité particulière du commentaire sur des questions dont ils n'ont qu'une connaissance superficielle ne fassent que répéter des lieux communs. Donner plus de moyens d'émettre et de transmettre (et surtout de répéter) sans véritables critères de régulation des flux et de jugement des contenus, peut engendrer plus de bavardage, plus de simplification, plus de pression conformiste...

- Si le bruit permanent, le sensationnalisme, la pression de l'argent, de l'urgent et des gens (pour reprendre une formule de Daniel Bougnoux) ont toujours existé, ce n'est pas une raison pour nier que ces dangers ne sont pas conjurés - bien au contraire - avec plus de moyens d'expression.

- Les médias coexistent et ceci ne tue pas toujours cela. L'expansion de Twitter ou de Facebook n'empêche pas de continuer de produire des revues de haut niveau intellectuel ou de méditer sur ses classiques dans sa thébaïde. Mais la hiérarchie de l'attention et l'écologie de l'information ont changé.

- I l n'y a pas de forum sur ce site. C'est un choix délibéré de l'auteur (plus "contenu" que "relation" on l'a deviné). Mais ceux qui veulent poursuivre la discussion, engueuler l'auteur, ou muscler leur dialectique trouveront sans peine des lieux numériques ou le faire. C'est l'avantage du système.

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