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Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
Observatoire Géostratégique de l'Information
Le premier dossier



L'IRIS LANCE L'OBSERVATOIRE GEOSTRATIQUE DE L'INFORMATION

Sous la direction de François-Bernard Huyghe et d’Eddy Fougier, chercheurs associés à l'IRIS, cet observatoire a pour but d’analyser l’impact de l’information mondialisée sur les relations internationales. Comprendre le développement des médias et de l’importance stratégique de la maîtrise de l’information. Notamment les rapports de force entre puissances politiques et économiques et les firmes qui contrôlent le flux des informations dans le Monde.

1er DOSSIER : LA CHINE ET GOOGLE, DÉCRYPTAGE D'UN CONFLIT


Dossier dirigé par François-Bernard Huyghe

« Deux tigres ne peuvent pas vivre sur la même montagne » : l’affrontement de deux modèles - Par Fabienne Clerot, chercheur associée à l’IRIS
Guerre de l’information et cyberguerre en Chine - Par Daniel Ventre, ingénieur au CNRS
Google Is Go(o)d - Par Stéphane Charrière, co-fondateur de l’Observatoire Alterbrand
Google dans son plus simple appareil - L’entreprise la plus forte du Monde - Par Olivier Jeandel, ingénieur spécialisé en développement de projets internet
Deux leçons stratégiques de la crise Chine Google - Par François-Bernard Huyghe, chercheur associé à l’IRIS
Rappel des faits en quelques liens -
Glossaire -
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Deux leçons stratégiques de la crise Google Chine

1°) Technologie et idéologie sont inséparables


Certes, l’affrontement impliquant Google, les gouvernements chinois et américains, peut-être des groupes privés de pirates informatiques, sans doute des grandes sociétés US (et, dans tous les cas, jouant de l’opinion des internautes) portait sur des questions techniques :

- l’efficacité et la traçablité d’attaques informatiques (donc la possibilité de prouver l’identité de leurs auteurs)
- la capacité d’un État, à l’heure de la mondialisation numérique, de fermer ses frontières aux influences venues de l’extérieur via Internet, sa volonté de censurer ses propres internautes, éventuellement d’espionner ou de saboter à distance des systèmes informationnels d’autre pays
- la nature, la probabilité et la gravité d’une éventuelle cyberattaque entre grandes puissances
- le degré d’autonomie technologique que peut acquérir un État souverain dans un monde en réseaux (concrètement :peut-on «se passer» de Google, de Faceboolk ou de Twitter et être un pays en plein développement économique et technique ?)

Mais au-delà de ces questions de technologie, d’ailleurs encore mal résolues, se sont vite révélés des positions idéologiques :

Celle de la Chine n’est une surprise pour personne : les autorités sont toujours décidées à concilier système économique mondialisé et contrôle politique de la population (donc des moyens de communication). Quitte à jouer sur la fibre nationaliste, Pékin veut à la fois affirmer sa fermeté, sauver la face face devant tout ce qui ressemblerait à une pression de l’étranger et assurer au maximum son autonomie technologique. D’où l’emploi de moyens régaliens (y compris sans doute ceux clandestins de l’espionnage) dans la guerre économique planétaire.

Google est apparu comme un acteur «idéologique» dans la mesure où, après s’être compromise en 2006 en acceptant de censurer son moteur de recherche en Chine continentale, la compagnie a joué à fond la carte du capitalisme moral, défendant les droits de l’homme contre ses intérêts apparents (apparents car la perte d’un chiffre d’affaire de 300 millions de dollars, une pécadille pour le géant, est peut être plus que compensée en bénéfices politiques et publicitaires). Le refus proclamé de se rendre complice de régimes autoritaires au nom du réalisme économique est probablement conciliable avec une stratégie de développement à long terme. Reste pourtant qu’aux yeux de millions d’internautes, c’est une société privée qui se porte à la pointe du combat pour les libertés en Chine, non un acteur politique. Il est d’ailleurs stupéfiant de voir une multinationale menacer une super puissance, poser des exigences politiques, provoquer les autorités chinoises (en cessant de respecter l’accord sur la censure de son moteur de recherche, Google les pousse à le chasser ou à le réprimer). Mais aussi précéder les autorités de son propre pays (au moins en paroles) et coopérer ostensiblement avec la National Security Agency pour identifier les auteurs des attaques subies depuis le territoire chinois (ce qui n’est pas une preuve formelle que les services chinois soient impliqués).

L’administration Obama a retrouvé ses réflexes démocrates du temps de Clinton et des discours d’Al Gore sur l’agora électronique planétaire : défense des libertés et aide à toutes les dissidences pour renforce son soft power d’influence, volonté de promouvoir une société planétaire de l’information sur le modèle américain, inséparable de la démocratie pluraliste et du marché, confiance dans les technologies «libératrices». Tels furent du moins les thèmes d’un discours d’Hillary Clinton du 21 janvier plaçant la liberté universelle de se connecter sur le même plan que les autres grandes libertés qu’incarnent les USA.
Dans un affrontement avec le rival économique chinois, l’arme de la subversion démocratique n’est pas négligeable.

2°) Surveillance, espionnage, guerre : le conflit devient multidimensionnel.
Le plus significatif dans cette affaire est sans doute que nous avons de plus en plus de mal à distinguer des catégories d’action autrefois bien distinctes :

- la surveillance qu’exerce un État souverains sur les communications de ses citoyens via la censure établie par la loi, le repérage policier des éléments dissidents et éventuellement la fermeture de leurs moyens matériels de s’exprimer

- l’espionnage économique, même pratiqué à distance, pour s’emparer des secrets d’un concurrent et anticiper sa stratégie.

- le sabotage qui consiste ici à contrôler ou altérer les moyens de communication d’un rival et d’un adversaire en dehors de son propre territoire national

- la guerre (fut-elle baptisée «cyberguerre») qui n’est pas un mot à employer à la légère.

Les «cyberattaques» qui sont à l’origine de toute cette affaire et que Google a dénoncées dès le 12 janvier présentent en effet plusieurs caractéristiques. Elles étaient anonymes (au mieux, on pouvait en retracer l’origine jusqu’à des adresses IP situées sur le territoire chinois). Si certaines portaient sur des comptes e-mail de supposés militants des droits de l’homme, d’autres, de haut niveau technique, touchaient de grandes firmes. Elles combinaient des capacités d’infiltration et de prise de contrôle à distance sur d’autres machines, capacités qui pourraient tout aussi bien servir à prélever des données confidentielles qu’à empêcher le fonctionnement d’un système informationnel. Donc à violer des secrets mais aussi à produire un ravage et un effet de chaos et désorganisation. Donc éventuellement pouvant servir un dessein militaire.
Enfin et surtout, dans toute cette affaire, la victime ne sait jamais (ou ne peut jamais démontrer) qu’elle est attaquée par un acteur étatique (seul susceptible en principe d’accomplir des actes de guerre), par un groupe criminel privé, ou par des militants animés par une motivation idéologique et politique (comme des «hackers patriotes»). Au total, les frontières entre militaire, politique, criminalité économie et technologie ont été constamment remises en cause.

Derrière les proclamations théâtrales, les nouvelles formes d’une conflictualité insaisissable, hors frontières et hors limites, envahissant tous les domaines. et qui pourraient bien redéfinir de grandes stratégies de puissance.


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