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La rhétorique casse les briques.
Tout professionnel de l'influence, lobbyiste, stratège és intelligence économique, tout adepte de la guerre de l’information devrait placer un traité de rhétorique sur sa table de chevet. Cette technique du discours efficace reste une arme offensive et défensive de premier ordre. Et qui date de deux millénaires et demi.
Elle est d'ailleurs née sur un terrain fertile. Le cheval de Troie a souvent été présenté comme le symbole de la guerre de l’information sous son premier sens (la ruse, l'apparence, la tromperie : fournir à l'autre de telles informations qu'il prenne une décision contraire à ses intérêts).
Du reste, l’histoire de la stratégie grecque, placée sous le signe de la ruse (Métis) présente de nombreux cas de désinformation, propagande, faux bruits, faux complots,…. Ainsi Énée le tacticien dans un traité rédigé vers 360 avant notre ère suggère d’utiliser des agents d’influence qui donneront des conseils pernicieux à l’assemblée de la cité que le général se prépare à assiéger.
Mais la rhétorique qui ne procède que par la force des mots représente un exploit unique : imaginer et classer des techniques pour faire accepter ses thèses à une audience, donc systématiser l’art de convaincre.
Le mot « rhétorique » a pris des connotations péjoratives : un discours ronflant ou encore arguments spécieux. Mais sa vocation originelle de « bien dire et persuader » selon la définition d’Aristote était plus ambitieuse. À côté de la grammaire (s’exprimer selon les règles de la langue) et de la logique (penser selon les règles de la raison), elle devait produire des discours conformes aux règles de l’efficacité.
La tradition européenne l’a progressivement réduite à une collection de figures aux noms compliqués (les tropes comme l’allégorie, l’ellipse, l’hyperbole…) ou à l’art de composer les discours à la structure rigide. Elle s’est donc rapprochée de la stylistique et de l’éloquence, du « beau parler » qui vaut l’admiration ou les suffrages.
Aujourd’hui, joue un effet de mode inverse : les travaux de Roland Barthes en sémiologie, ou, dans le monde anglo-saxon, les recherches sur la pragmatique de l’argumentation scientifique redonnent du lustre à la vieille rhétorique. Le vocabulaire des sciences sociales a repris sa terminologie. Les professionnels de la communication s’y réfèrent. Un publicitaire peut expliquer que sa campagne pour le yaourt X est conçue sur le modèle d’une gigantesque métonymie tandis qu’un sémiologue décèlera les
oxymorons ou anacoluthes de tel texte, voire telle image.
Or cette terminologie aussi difficile à retenir qu'amusante à étaler dans les dîners en ville n’est qu’une partie de la rhétorique.
Son territoire véritable s’étend quelque part entre ce que nous pourrions appeler la poétique pure (tout ce qui émeut dans la forme du discours) et la démonstration scientifique pure (prouver le vrai entre interlocuteurs admettant les mêmes prémisses et les mêmes modes de preuve, ce qui supposer a contrario que rhétorique, ruse ou rapports de force n’interviennent en rien dans la science vraie).
Initialement, la rhétorique était stratégique et pratique. Elle servait d’abord à gagner au tribunal (telle la première rhétorique née en Sicile, il y a 2.500 ans à l’occasion de procès immobiliers). Ces façons de vaincre par le convaincre fut mémorisées par des auditeurs qui notaient les « trucs » qui réussissaient, avant que les philosophes n’en fassent la théorie.
Par ailleurs la rhétorique frôle un autre courant grec : la sophistique. Le but est, là aussi, de prédominer face à un concurrent, d’emporter la conviction, voire de démontrer indistinctement le vrai et le faux. Les sophistes vendent leur savoir à celui qui est désireux de gagner dans un procès ou une délibération mais aussi à qui veut obtenir le suffrage ou le consentement de ses concitoyens dans les affaires de la cité comme dans les controverses philosophiques. Cette pensée orientée vers la victoire sur l’opinion et par l’opinion, présuppose une certaine indifférence à la vérité en soi, voire la conviction
que tout n’est qu’opinion. Qui dit sophiste dit sophismes : enchaînements de raisonnements, tours de passe-passe logiques qui amènent le malheureux auditeur soit à des conclusions biaisées, soit à des contradictions qui paralysent le raisonnement.
Si la sophistique cherche plutôt à disposer des propositions logiques ou pseudo-logiques jusqu’à mener au point voulu et la rhétorique à jouer des mots et de leur séduction, la frontière est fluctuante.
Un bon sophiste maîtrise la rhétorique : les plus célèbres sont réputés pour la fascination qu’exerçait leur déclamation. De l’autre côté, la rhétorique, qui énumère de multiples modesd’argumentation d’apparence rationnelle ne repose pas exclusivement sur l’art de ranger les mots : elel suppose une combinatoire les idées.
Selon la classification canonique, les discours rhétoriques sont soit judiciaires (plaidoiries devant le tribunal pour obtenir un acquittement ou une condamnation), délibératifs (qui décideront l’assemblée à choisir telle ou telle décision) et enfin des discours dits « épidictiques » ou démonstratif (éloge funèbre, discours d’apparat…). En d’autres termes, la rhétorique sert selon le besoin à établir des faits passés («mon client est innocent », « telle loi s’applique ou pas »), à emporter une décision future (faire ou pas la guerre sera utile à la patrie) ou encore à susciter un jugement de valeur (tel fait ou tel individu est digne d’éloge, tel autre honteux).
Ces pratiques reflètent des conditions typiques des cités grecques :
- où il y a loi écrite, il peut y avoir délibération sur le juste et l’injuste
- -où il y a démocratie et espace public, il peut y avoir débat sur la bonne politique, voire sur le bon régime
- où il y a des citoyens cultivés et un minimum de liberté d’expression, il est permis de disputer de sujets philosophiques et moraux. Voire d’en faire négoce comme les sophistes.
- où il y a publicité des actes, communauté d’égaux goût du combat et amour de la gloire, la réputation se défend aussi par la parole
Mais comment la rhétorique fait-elle pour l’emporter ? Une autre classification en énumère les moyens : logos, pathos et éthos, langage, émotion et position.
Le logos recouvre le champ de l’argumentation pure : l’orateur part de prémisses acceptées ou plus généralement de vérités tenues pour évidentes à une époque et dans une culture précise et amène l’interlocuteur à tenir comme digne de foi une proposition du type « ceci est cela » ou « il faut que… »).
Le pathos a déjà le sens du mot en français moderne : il s’agit de susciter indignation, peur, colère, admiration pour renforcer sa cause.
Enfin, le troisième ressort est l’éthos : la position, et surtout la position morale, de l’orateur donc la relation de confiance avec son interlocuteur, l’autorité.dont celui-ci le crédite, expertise, moralité, sincérité, bref son statut… Nous dirions aujourd’hui que l’éthos « crédibilise la source », ou se réfère à un code commun.
La rhétorique porte ainsi sur le contenu de propositions (au moins leur cohésion apparente avec les faits connus et principes admis), sur la psychologie des auditeurs (impliquant la façon dont les connotations du discours agissent sur eux et les passions que l'on flatte) et enfin sur l’image de l’orateur, la relation qu’il établit avec le public et les critères de valeur admis sur lesquels il s'appuie pour obtenir l'adhésion
Outre des conseils généraux sur l’art de composer, structurer, mémoriser, délivrer son discours, la rhétorique débouche sur des recettes pratiques : des figures ou tropes Ce sont des combinaisons des mots ou idées, devant produire à volonté émotion et conviction. Chacune a son nom qui permet de
l’identifier dans les discours d’autrui ou de la mémoriser pour y recourir soi-même. Ce sont autant des catégories d’analyse qu’un arsenal de répliques toutes faites, trucs et astuces imparables, voire des recours en cas de panne d’inspiration .
Ainsi, face au slogan « La femme est une île. Fidji est son parfum », le rhéteur décèle immédiatement
-une synecdoque (la femme pour toutes les femmes),
-une allitération (les sonorités de femme et parfum se
répondent)
-une parisose (le rythme du nombre de syllabes),
-une comparaison avec ellipse (la femme est une île pour « la
femme est comme une île »),
-une exploitation des connotations du mot île (un endroit isolé, secret, unique, souvent précieux et paradisiaque qui peut abriter un trésor).

Tout cela aide à comprendre les ressorts, littéraires ou autres, du discours publicitaire mais non à en mesurer l’efficacité. Par ailleurs, cela n’implique aucun jugement de valeur : il n’y a rien de criminel à orner son annonce de zeugmas. Le fait qu’un écrivain utilise des chiasmes ou des oxymorons ne nous renseigne ni sur son talent, ni sur le sens de son œuvre, ni sur la façon dont elle est reçue.
Quel est alors l’intérêt de donner des noms compliqués à des choses et à les ranger ainsi ? La réponse est que la classification vise une pratique en situation de confrontation. Donc une stratégie de combat
Tout d’abord, la rhétorique décèle des procédés auxquels nous sommes confrontés tous les jours et qui recèlent des erreurs de raisonnement ou des ruses paralysant le jugement.
Ainsi, la technique de l’homme de paille ou de l’adversaire imaginaire est fréquente dans des débats: elle consiste à présenter la thèse que l’on combat sous sa forme la plus extrême ou la plus caricaturale et si possible telle qu’elle a (ou aurait) été soutenue par un partisan ridicule ou odieux. Si on rajoute la technique de l’amalgame, il est possible de « contaminer » la thèse adverse pour la disqualifier. Par exemple, riposter à une critique de la politique pétrolière américaine on peut rappeler que nombre des antiaméricains sont des staliniens mal repentis, des islamistes ou des fieffés réactionnaires, que rien ne trouve grâce à leurs yeux, que peu leur importe que l’Amérique ait une politique interventionniste ou isolationniste, qu’en réalité, c’est la jalousie face à la réussite économique des USA qui les inspire, que justement Le Pen ou Besancenot sont exactement du même avis que vous sur cette question énergétique, et ainsi de suite. Le tout sans traiter la question de fond - à savoir si cette politique est efficace ou pas-.
Certains de ces procédés sont des fautes de raisonnement délibérées (syllogismes) ou involontaires (paralogismes) dénombrés depuis longtemps et inventoriés sous leurs noms grecs et latins.
Quitte à faire un peu "Astérix chez les intellos", il est intéressant d'en rappeler quelques unes.
- Ainsi le syllogisme « post hoc ergo propter hoc » consiste à croire, ou feindre de croire, que l’événement B a été provoqué par l’événement A parce qu’il le suit chronologiquement (« à peines sont-ils arrivés au pouvoir qu’il a fallu dévaluer, donc ils sont responsables de la ruine du pays »).
- -L’argument ad ingorantiam consiste à renverser le fardeau de la preuve (« rien ne prouve le contraire de ce que je dis »),
- L’affirmation du conséquent est le procédé qui consiste à affirmer que puisque le fait A entraîne toujours la conséquence B, de l’existence de B on peut déduire que la cause est A. Exemple : dans tous les pays totalitaires on fait des fichiers des délinquants sexuels, or vous demandez à ce que l’on fiche les violeurs, donc vous nous menez au totalitarisme.
- La réification ou hypostase consiste à s’appuyer sur un concept (l’Histoire, la Science, la Religion) et à le faire parler comme si c’était un être réel (« La Science démontre que mon point de vue est vrai. »).
- Et ainsi de suite pour quelques dizaines d’autres.

Ces procédés sont faciles à repérer quand on les pousse à l’absurde (« Vous aimez les chiens, Hitler aussi… », « Tous les pays totalitaires ont une météo d’État, or la météo est un service public chez nous. », « Les jeunes conduisent tous trop vite, vous venez de faire un excès de vitesse, donc vous êtes jeune. », «Ce médecin a un forcément un mauvais diagnostic, il a été condamné pour fraude fiscale. ») ; ils restent pourtant d’un emploi quotidien.
Et du reste, qui pourrait se vanter de n’avoir jamais employé l’argument d’autorité, suscité un faux dilemme (il n’y a que deux solutions, la mienne et la mauvaise), ou recouru sans en connaître le nom au corax (disqualifier l’argument adverse parce que trop probable : « j’étais sûr que tu allais me sortir ce cliché ! ») ?
La rhétorique, analyse formelle des procédés de persuasion, analyse à laquelle les meilleurs esprits ont contribué pendant des siècles, est sans doute exhaustive. Nous ne croyons guère possible de découvrir une figure de style ou de pensée qui n’ait déjà été repérée..
Quand Schopenhauer écrit « L’art d’avoir toujours raison » en 1830, ce petit manuel d’érisitque – art de gagner dans une controverse - énumère une quarantaine de stratagèmes. Ils servent à démontrer la faiblesse de l’argumentation adverse, décontenancer l’adversaire, se concilier l’auditoire, etc. Mais il
n’en est probablement pas un seul qui ne figure déjà dans des manuels de l’Antiquité. Qu’il s’agisse de dissimuler ses pétitions de principe, de s’en prendre au passé de son interlocuteur, de jouer sur le double sens d’un mot, toutes sont déjà connues depuis quelques siècles. Ce qui n’ôte rien au mérite du philosophe..
De même, dans les années 30, quand des scientifiques américains réunis dans le cadre de l’institut pour l’analyse de la propagande (IPA) en décrivent les grands ressorts, il n’en est aucun qui n’ait son équivalent dans la rhétorique traditionnelle. L’appel à l’autorité, à l’opinion majoritaire, à la raison du plus fort ou à la peur ne sont pas nouveaux. Là où les modernes parlent de l’effet moutonnier, de bouc émissaire ou de glissement sémantique, ils pourraient aussi bien ressortir du tiroir l’argument ad populum, ad baculum ou ad antiquitatem : respectivement « Les braves gens pensent que… », « La raison du plus fort veut que… » ou « On a toujours pensé que… ».
Malgré la multiplicité de ses figures, la rhétorique joue finalement toujours des mêmes moyens.

Tantôt, elle énonce une proposition et la qualifie : l’idée A que je soutiens est conforme à la Raison, à la science, aux témoignages, à l’avis des experts, à l’intuition de l’homme de la rue et à la sagesse des nations… Le procédé se retourne pour démontrer que seul un individu malhonnête, asocial, fascisant, irrationnel…, peut soutenir la thèse inverse.
Tantôt, elle en évoque les conséquences ou celles de l’opinion inverse, désordres, injustices…
Tantôt enfin elle montre une cohérence entre sa thèse et un ensemble d’opinions communément admises. Le discours doit en effet s’appuyer des prémisses et modes de preuve que l’orateur
partage avec l’auditeur : attitudes morales, faits historiques admis, exemples reconnus valables, opinions sur ce qui est souhaitable ou accord sur le sens des mots.
Tout ce qui précède ne vise pas à démontrer qu’il n’y aurait rien de nouveau sous le soleil. Il ne suffit pas d’un dictionnaire grec ou latin pour être immunisé contre la propagande et la désinformation. Simplement, savoir combien les manifestations d’un phénomène rentrent dans des catégories connues depuis longtemps permet a contrario de discerner ce qui est propre à chaque époque.
Car la rhétorique n’est pas seulement une matrice produisant beaux et bons discours sur un modèle unique. Elle s’intéresse à l’auditoire (dans les modernes sciences de l’information et de la communication, nous dirions « à la théorie du récepteur ») : à ce qu’il est, ce qu’il attend, ce qu’il croit et ce qui lui plaît, à la façon de le séduire et de se le concilier selon ses dispositions
précises du moment. C’est une psychagogia : une science qui agit sur le psychisme des gens. Elle enseigne les trucs et astuces qui de clore le bec à l’adversaire.
Cet adversaire, celui qui soutient la thèse contraire ou contradictoire, est toujours présent au moins à titre virtuel. Faire de la rhétorique, c’est toujours opposer l’argument faible au fort, ou faire paraître fort (en conviction) le faible (en raison ou en vraisemblance). La pratique évoque un duel « à la loyale »même si elle implique quelques ruses. La rhétorique implique une relation symétrique ( on argumente contre une objection formulée ou probable). D’une certaine façon elle s’adresse à des égaux, comme si elle révélait à l’autre ce qu’il avait toujours cru sans le savoir, comme si « sachant ce que l’on sait, on ne peut penser que ce que l’on pense. »..

Le tout présuppose qu’orateur et auditeur aient accès aux mêmes données non falsifiées. Et que les valeurs impliquées soient explicites. La rhétorique énonce donc une opinion ouvertement formulée pour y faire souscrire un public précis. Elle ne vise ni à une conversion complète, ni à la mobilisation de l’auditeur ou du lecteur au-delà du moment où son acquiescement a été obtenu. Elle sert à faire croire que, pas croire en….
Là est la limite : la rhétorique s’arrête, le discours une fois prononcé (ou au texte fixé sous sa forme écrite) ; c’est un art de solitaire. Certes, elle peut préparer ou seconder prosélytisme, propagande, éducation ou manipulation de l’opinion.. Mais ces processus complets supposent des moyens techniques comme les médias, des modes d’organisation, comme un corps de prédicateur, des moyens d’action comme un meeting ou une mise en scène. De plus, la rhétorique n’agit que par le verbe et ne
suppose ni l’action ni l’exemple vivant. Elle opère sans prothèses techniques. Contrairement à la manipulation ou au stratagème, elle n’agit que par le verbe, non par la production d’une pseudo- réalité.
L’orateur aux pieds de l’Acropole enflamme l’ardeur des citoyens tandis que le sophiste démontre à des gogos ébahis que le rapide Achille ne dépassera jamais la tortue à la course : ce tableau ne ressemble guère à celui de la propagande moderne.
Celle-ci mobilise tous les médias du cinéma à l’affiche, pour s’assurer le contrôle des pensées à chaque instant. La petite musique du rhéteur n’est pas grand chose comparée aux grosses machines symphoniques qui font défiler des milliers de partisans à Nuremberg ou sur la place Rouge.
Par ailleurs la rhétorique est efficace dans le seul contact direct, nous dirions aujourd’hui « en présentiel » ou par la force de l’écrit. Elle interpelle un interlocuteur formant son jugement et conscient que l’on cherche à l’influencer pour en obtenir un changement d’opinion.. La manipulation des faits bruts, la
capacité d’empêcher le récepteur de connaître certaines données, sans parler de la censure n’ont rien à voir avec son art pur.. La propagande, elle, agit aussi bien en amont par la manipulation cognitive des informations accessibles qu’en aval en « suivant » le néophyte pour confirmer sa nouvelle croyance. La propagande moderne suppose un véritable environnement d’idées et d’image, pas la présentation d’un un contenu persuasif.

Que retenir au final de la rhétorique ?
-D’abord une méthode de communication, au sens où elle enseigne à bien s’exprimer, par oral ou par écrit.
-C’est ensuite un instrument d’analyse et de défense : déceler les syllogismes que l’on tente de vous imposer, qualifier un argument spécieux, détecter un procédé d’entraînement…
-C’est un moyen de riposte. Il est possible de la pratiquer pour emporter les suffrages d’une assemblée, gagner dans un débat, etc.., ou à titre de gymnastique mentale. Il s’agit alors de multiplier simulations, parodies, substitutions (si je défendais telle thèse, je recourrais à tel procédé ; si je soutenais l’avis inverse, je ferais cela…) à des fins de recherche de la vérité ou hygiéniques de construction de ses propres défenses mentales.
La rhétorique vaut enfin leçon de stratégie pour qui observe comment le rhéteur déplace ses phrases et fait donner ses tropes, comme un général ferait bouger son infanterie et tirer ses canons.
Tout cela est déjà énorme. Mais, pas plus que l’étude des 36 stratagèmes chinois ne suffit à exceller dans les ruses, la connaissance des structures rhétoriques ne garantit certitude de convaincre, ni immunité contre les artifices de la séduction intellectuelle.
Au-delà de la vieille rhétorique se dressent toutes les machines à faire croire : médias et médiations, institutions, appareils idéologiques et poids des cultures, pressions des groupes. Au- delà aussi le domaine de l’image dont les pouvoirs dépassent les catégories verbales. Au-delà enfin la question du contrôle des flux d’information, le poids de la technologie, la puissance des stratégies, toute l’analyse médiologique..
Mais vingt-cinq siècles après son invention, la rhétorique reste une indispensable introduction aux pouvoirs stratégiques de l’information. Et nous venons d’énoncer là une sacrée litote !






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