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Clip UMP : euphorie, nunucherie et doublage
La communication politique ne bouge que les lèvres


Angoisse politique. Le lip dub va-t-il remplacer le storytelling ?

Traduction :

- comme l'a montré l'histoire du clip de l'UMP ("qui veut changer le mooonde"), la communication politique se transforme en exhibition infantile (militants et ministres béats agitant les bras sur fond musical ), doublée, sans jeu de mot, d'une technique très télévisuelle de play back (les participant font semblant de bouger les lèvres, mais la bande son a été réalisée en studio par des chœurs professionnels). Le lip dub, qui, en principe devrait se dérouler en un seul plan séquence, consiste donc à promener une caméra entre des gens, appartenant au même parti, à la même université ou à la même entreprise, et qui manifestent des signes de contentement régressif et communautaire en faisant semblant de chanter des couplets benêts et en se dandinant. En général le sens du message est que grâce à ces gens si heureux d'être rassemblés et de travailler ensemble les choses vont aller de mieux en mieux..., ce qui n'est pas une thèse très provocatrice. Même si elle va bien dans l'air du temps avec le triomphe de l'État séducteur, la peopelisation de la politique, l'euphorie obligatoire, le citoyen festivus festivus...

Il faut rendre à justice que l'UMP n'a fait là qu'imiter les Verts : voir le clip d'Europe Écologie. Cohen-Bendit, Eva Joly ou José Bové dénonçant la surconsommation spectaculaire/ marchande / polluante, sur un air digne d'une publicité Coca Cola, même avec l'alibi de l'ironie et du second degré, ce n'est pas mal non plus. Et d'autant plus paradoxal que les écologistes reprenaient là une technique publicitaire initialement destinée aux vidéos commerciales ou à la promotion des universités de communication par leurs étudiants, autour du thème "ouah ! on s'éclate ici" ou "nous ferons la fête ce soir". Le principe du "lip dub" est de provoquer un effet d'engouement, notamment chez les internautes se repassant ou se signalant la vidéo, suivant le principe du buzz.

- Quant au storytelling, alias communication narrative c'est la dernière (ou c'était l'avant-dernière) tendance du management. On peut résumer ainsi : pour diffuser un message, et en particulier pour renforcer votre image, racontez une belle histoire qui résume bien les idées et les valeurs auxquelles vous vous référez, quelque chose d'émouvant qui implique les auditeurs ou les spectateurs. C'est une technique qui a bien entendu suscité pléthore de séminaires, conseillers, spécialistes et gourous et qui fleurit dans le domaine de la communication politique (suivant le principe de l'exemplarité, l'orateur raconte un cas, histoire d'un citoyen particulièrement méritant ou d'une victime dont le sort démontre ce qui ne va pas dans un système) et elle fonctionne suivant le principe d'identification : le cas vaut règle. Dans le domaine économique, le storytelling vise surtout à associer des souvenirs, des émotions, voire des croyances à l'histoire héroïque ou mythifiée d'une marque par exemple (le combat de son fondateur, son développement, la façon dont elle s'est associée aux événements de l'époque et à ceux de la vie des consommateurs)...  D'après le livre éponyme de Christian Salmon, le storytelling aurait surtout été lancé en politique par Reagan, grand spécialiste du "je vais vous raconter une anecdote qui illustre ce que je veux dire", et serait plutôt "de droite" (au sens ou Barthes disait que le mythe est "de droite" en ce sens qu'il naturalise ou présente comme éternel et universel ce qui est le produit contingent d'un rapport social). Mais en réalisant un clip télévision de plusieurs millions de dollars intitulé justement " Une histoire américaine" tout à la fin de sa campagne électorale de 2008, Obama lui apporte un démenti que confirment bien d'autres cas de "il était une fois".

Plus sérieusement, l'idée de raconter un événement dramatisé porteur d'enseignement et pour provoquer certaines émotions n'a attendu ni les gourous de le pub, ni les Républicains et leurs spin doctors : sans remonter jusqu'à la définition du mythe ou du conte, la parabole résume assez bien tous les caractères que l'on attribue au storytelling : narrativité, exemplarité, intentionnalité...

Bien entendu tous ces phénomènes sont liés à la prédominance de l'image et des médias qui imposent leur rythme et leur style à tous les discours, et surtout politiques.

Mais ils renvoient aussi à des fondamentaux, à des règles immémoriales de la persuasion délibérée, donc de l'antique rhétorique sur laquelle nous reviendrons sur ce site.

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