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Think tanks de gauche
Fondations, clubs, cercles, réseaux, initiatives de réflexion, force de proposition, lieux de débat et de rencontre. Les think tanks de gauche ou assimilés semblent bénéficier d'un effet de mode ... Se proposant de rénover, refonder, inspirer, réarmer idéologiquement, reconquérir, débattre, inventer, et pour les plus francs de "gagner en 2012"... Se voulant tous "autres", dérangeants et différents, se plaignant unanimement de la domination de la pensée unique libérale, du manque d'idées et de l'archaïsme idéologique de la gauche. Précisant leur appartenance soit explicitement ("Espoir à gauche", "Répondre à gauche",  "Rénover maintenant", "Inventer à gauche", "Besoin de gauche", " Cercle 21 Gauche et modernité", "Maintenant à gauche", "À gauche en Europe", "Mémoire des luttes", ces derniers étant quasiment tous liés à une tendance du PS ou à une personnalité..) soit implicitement (les Gracques, Jean Jaurès, Gabriel Péri,...), soit de manière très allusive (Terra Nova, la Forge)...



Depuis quelques temps les think tanks de gauche fleurissent. Beaucoup se réfèrent aux traumatisme des défaites électorales de 2002 et 2007 (depuis quelques jours, certains ajoutent : 2009).

Difficile, d'ailleurs de tracer la frontière entre, d'une part, les vrais centres de réflexion implantés avec authentique production intellectuelle et éditoriale, et d'autre part les simples pseudopodes d'une tendance du PS, voire les boîtes à idées d'une personnalité (à supposer que ce ne soit pas la même chose).

 Il y pourtant une différence entre des instituts avec chercheurs permanents, revues, bibliothèques et  des sites réactualisés toutes les six semaines. Entre un véritable "intellectuel collectif" dont les propositions seront reprises et des cercles organisant un déjeuner débat tous les deux mois quand ce ne sont pas de simples listes de noms d'intellectuels soutenant tel ou tel aspirant candidat.

Du reste, faites le test devant des gens du sérail ; pour eux "l'espoir à gauche" c'est Peillon, , "répondre à gauche"c'est Hollande, "Rénover maintenant", Montebourg, "Gabril Péry", Mauroy, les Gracques, des rocardiens, "Terra Nova" les strauss-kahniens, la Forge, un bien en indivision entre Mamère et Hamon, ....

Bref, si cent fleurs s'épanouissent, beaucoup sont périssables, certaines artificielles, mais personne ne va se plaindre d'une floraison. Cette soudaine crise de gramscisme à gauche est une réponse, pour le moment désordonnée, à un problème réel. C'est d'ailleurs un singulier retournement dans notre pays où où il semblait établi depuis quelques décennies qu'intellectuel de gauche était un pléonasme et intellectuel de droite un oxymore : un des rares thèmes communs à tous ces cercles est le constat d'un manque à gauche et d'une domination idéologique à droite.  



Cela dit, et sans préjuger de la qualité de leur production quelles sont les perspectives des think tanks de gauche ?



Ils devront surmonter deux sortes d'obstacles : ceux qui rencontrent les think tanks français en général et ceux que rencontrent les think tanks de gauche en particulier.



Les premiers ont été souvent évoqués sur ce site (en particulier dans les cadre de l'inévitable comparaisons France USA) :

- la difficulté de créer des centres de recherche indépendants de l'État

- la tendance française à croire au pouvoir des intellectuels, surtout s'ils se disent critiques et se bornent au rôle de la conscience indignée, tandis que les Américains, que l'on dit pragmatiques et peu conceptuels, ont plutôt confiance dans le pouvoir des idées (les idées applicables s'entend)

- parallèlement l'habitude des administrations de pratiquer l'endogamie intellectuelle (avec ses propres commissions, ses propres rapports, ses propres énarques, ses conseillers)

- la concurrence qu'exercent les revues comme centre de regroupement d'intellectuels

- la fonctionnarisation de beaucoup d'experts (travaillant pour une université, le CNRS, un ministère...). Il n'y a pas un très gros marché du travail de l'expert indépendant en France (et surtout de l'expert susceptible de devenir demain éditorialiste, membre d'un cabinet ministériel, de retourner à l'université ou dans le privé, de recommencer, etc.)

- la forte tradition des clubs liés à des partis (avec l'enchaînement idéal bien connu : l'idéologie produit le parti qui engendre le programme, qui prend le pouvoir, qui change la réalité, que l'intellectuel critique et qui reproduit de l'idéologie...).

- d'évidents problèmes de financement donc de subventions donc d'indépendance.



Mais d'autres problèmes semblent spécifiques d'une pensée gauche dans notre pays et paradoxalement, ce sont des problèmes que l'on s'attendrait plutôt à voir surgir à droite :

- personnalisation de la politique qui transforme facilement un centre en boîte à idée et caution intello de Machine ou Truc

- manque de dynamisme idéologique de la gauche coincée entre nostalgie désolée (tous les malheurs du monde viendraient de l'érosion du service public), besoin de qualifier les idées plutôt que de les discuter (crainte de paraître social-démocrate ou au contraire archaïque marxisant), pensée magique (appels à penser "autrement" ou à imaginer, audace limitée à l'invocation de l'audace), et recherche d'un bouc émissaire (l'idéologie et le complot néo-libéraux) dont la dénonciation tient lieu de posture.



Bien entendu, il y a une énorme différence entre vraies fondations dont les chercheurs produisent des analyses spécifiques sur des problèmes bien cernés, restant donc dans un rôle d'analyse et de proposition indépendantes et un vague club de partisans de la motion Théodule du prochain congrès du PS. Et personne ne se plaindrait si les premières pouvaient réaliser leur ambition de devenir un équivalent français des think tanks démocrates qui reprennent du poil de la bête outre-Atlantique. Mais ceci suppose outre un système de production d'idées et de solutions un réseau de diffusion et de mise en valeur. Donc quelques changements culturels majeurs.

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