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Iran : l'inconnue stratégique
Le moment du choix pour Obama

Nouveaux morts et nouvelles arrestations en Iran, dénonciations de complots et ingérences, prises de position de l'ayatollah Khameini (en retour mis en cause par les manifestants en dépit de son statut de guide spirituel jusque là au -dessus des partis), intervention des Gardiens de la Révolution et épuisement des manifestations d'opposants, Rafsanjani discret dans l'ombre, tous ces événements signifient-ils qu'Ahmaninedjad a gagné ?

Sur le plan électoral, nous ne le saurons jamais : personne ne prouvera que les fraudes aient pu inverser un résultat qui donnait une confortable avance au candidat sortant : tricher à hauteur de 63% n'est pas une mince affaire. De façon générale, la plupart des médias européens dont le contact avec l'Iran passe par des gens exilés depuis vingt ans ou par les enfants des élites urbaines qui parlent anglais et utilisent Twitter ne nous aident guère à nous faire une idée. En revanche que les soutiens d'Ahmaninejad se recrutent plus dans les campagnes que dans les universités ou dans l'importante diaspora iranienne, voilà dont il est difficile de douter.

Sur le plan politique, dans de tels cas, il y a trois scénarios de base que l'on peut avancer tout en sachant que l'iranologie n'est pas une science plus précise que feu la soviétologie.

Celui que préféreraient les Occidentaux, un équivalent persan de la révolution orange ou de la chute de Milosevic : les foules pacifiques armées de leurs seuls téléphone mobiles et de portraits de la martyre Neda faisant reculer les soudards illettrés et le nouvel Hitler s'enfuyant par la porte de derrière. Difficile de croire à ce script de rêve. La baisse d'intensité des manifestations et le ton des autorités ne le laissent guère croire.

La victoire durable des conservateurs - les manifestants rentrant chez eux et les choses reprenant comme avant - n'est pas non plus le plus la suite la plus évidente. Encore qu'avec une bonne dose de répression et en agitant le spectre de l'influence occidentale, le pouvoir actuel - guère impressionné par les déclarations de Baroso ou les protestations sur You Tube - puisse sans doute tenir assez bien.
Quant aux sanctions économiques occidentales,il nous semble que ce pays a connu pire.

Le scénario le plus vraisemblable est celui d'une lutte confuse et indécise où diverses factions joueront leur partition dans un système où l'équilibre des pouvoirs entre instances politiques et religieuses est d'une subtilité inégalée.

Ce n'est pas une bonne nouvelle, pour Obama en particulier.

Jusqu'à présent, sa politique étrangère avait consisté en deux choses :

- jouer l'effet de contraste par rapport à la période précédente, tendre des mains, faire des déclarations sur le dialogue et l'ouverture...

- préparer en douceur la reconversion de l'effort américains de l'Irak (une politique de retrait déjà commencée avant lui) vers l'axe Afghanistan/Pakistan.


Il n'y a rien à critiquer aux deux points précédents, tant ils semblent logiques.

Mais la politique de la déclaration d'intention n'a de sens que si elle ne dure qu'un moment.
Sur le second point, la politique américaine suppose un "grand bargain" réglant les problèmes par une négociation globale, y compris avec des "talbans modérés" côté sunnites et des mollahs présentables côté chiite.

Cette politique suppose également un négociation avec l'Iran, clef du problème chiite (Irak, Hamas, Hezbollah...) dans la région. C'est ce qui éclaire la lettre d'ouverture adressée par Obama à l'ayatollah Khameini avant les élections et dont l'existence vient d'être révélée par le Washington Times.

On comprend bien que les Américains auraient préféré négocier avec des modérés Encore qu'une Moussavi, premier ministre de 1981 à 1989 ne soit pas exactement un Sakachvili ou un Iouchtechenko.

Et que négocier : nucléaire et fin du soutien aux mouvements terroristes contre.. contre quoi, au fait ? La réintégration dans le concert des nations ?
D'où la valse hésitation de la diplomatie américaine. D'un côté, il est difficile lorsqu'on veut incarner une politique morale des droits de l'homme, de ne pas élever quelques protestations sur ce qui se passe en Iran. Mais ce qu'a dit le président US n'est as assez pour ne pas décevoir les globamaniaques. Et c'est trop pour ne pas nourrir la théorie du complot occidental qui fait les affaires d'Ahmaninejad. Il vient du reste de s'adresser à Obama en le traitant d'émule de Bush et en l'accusant d'ingérence.

Au final, il faudra bien discuter avec des gens que l'on n'aime guère et le faire avec discrétion. Car si les faucons américains qui rêvaient de "bomb, bomb, bomb Iran" ne sont pas au sommet de leur forme, les faucons israéliens, eux, peuvent toujours être tentés par une frappe préventive pour briser le processus de nucléarisation de l'Iran. Avec les risques d'une opération qui est bien plus complexe que la destruction des installations nucléaires irakiennes pratiquées par Tsahal à Osirak.


Attendre une transformation inévitable de l'Iran, à savoir l'évolution culturelle de ses élites, tenter de faire pression sur le régime en espérant vaguement précipiter sa chute, parier au contraire, qu'affaibli à l'intérieur il sera plus conciliant à l'extérieur...
C'est exactement maintenant que nous allons voir ce que vaut la nouvelle stratégie américaine. Ou plus exactement quelle elle est.

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