huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Divers
Armes non létales
En collection Que sais-je ?, après "ADN et enquêtes criminelles", voici "Les armes non létales", avec une préface d'Alain Bauer, sortie 18 février 2009.

128 pages
8.00 €
Numéro : 3841
ISBN : 978-2-13-057412-5


L'ouvrage

Des armes qui ne tuent pas (ni ne laissent de lésion définitive) ? Cet apparent paradoxe est né dans les années 1960 est s’est développé dans une perspective de « Révolution dans les Affaires Militaires » d’après guerre froide, mais la notion joue désormais un rôle crucial dans les stratégies policières de maintien de l’ordre au quotidien. La gamme des armements s’étend depuis des moyens bien connus de disperser une foule par des gaz, des sons ou autres moyens « incapacitants » jusqu’à des armes de science-fiction comme des radars émettant des radiations. La controverse très médiatisée sur le Taser, le pistolet à impulsion électronique assurant la neutralisation neuromusculaire montre que le débat n’est pas seulement technique (sur l’efficacité des systèmes) mais qu’il porte sur le mode de gestion de la violence dans nos sociétés. L’arme non létale est-elle la solution intermédiaire entre l’impuissance face à la violence privée et les dérives du monopole de la violence légitime ?
Table des matières

Sommaire (provisoire) de l’ouvrage


Introduction

Chapitre I. – Une arme, zéro mort

I. Qu’est-ce qu’une arme ? –
II. Arme non létale, incapacitante, intermédiaire : l’importance des mots –
III. Monopole de la violence légitime : l’État et la mort d’homme –
IV. Dimensions éthiques, politiques, médiatiques, stratégiques…

Chapitre II. – Du militaire au policier

I. Stratégies de contrôle de la révolution dans les affaires militaires aux politiques sécuritaires –
II. Conflits asymétriques, armes duales… : de nouvelles notions –
III. Les origines civiles –
IV. Violence contrôlée et violence visible.

Chapitre III. – Les panoplies

I. Les usages : disperser, bloquer, maîtriser, désorienter… – II. Les principes d’action : malaise, paralysie, choc, bruit, odeur, immobilisation…
III. Les vecteurs : grenade, projectiles, sprays, électrodes, ondes…
IV. Les matériels sur le terrain : efficacité et dangerosité

Chapitre IV. – Du gourdin au Taser : l’avenir de l’arme non létale

I. L’évolution vers l’arme électronique, les modèles –
II. La neutralisation neuromusculaire par le Taser –
III. Une controverse sur les morts et la “torture” –
IV. Utilisation du Taser : traçabilité et conditions d’emploi.

Conclusion

Bibliographie


Le sens de létal “qui tue” (du latin letum la mort) ne fait guère de doute et l’usage du vocable dans des expressions comme “injection létale” (pour l’exécution des condamnés à mort par une piqûre), “dose létale” d’un produit ou “gène létal” (qui entraîne la mort plus ou moins précoce de celui qui le porte) sont sans aucune ambiguïté.
En revanche, pour la forme négative “non-létal”, l’interprétation varie souvent suivant l’interlocuteur. Qui ne tue pas..., certes ! Mais comme nous l’avons vu, il n’y a probablement pas grand-chose qui ne puisse finir par tuer un être humain y compris les médicaments qui sont censés le guérir.
Ainsi, en poussant le raisonnement, un simple clic de souris pourrait avoir des conséquences mortelles au bout de la chaîne. Ainsi, un virus informatique pourrait contribuer à la paralysie des systèmes de communication d’un pays, retarder l’arrivée des services de secours, perturber les hôpitaux, provoquer indirectement des accidents routiers ou aériens, entraîner la mise sur le marché de produits avariés ou dangereux pour la santé...


Cette question est discutée notamment par les spécialistes du cyberterrorisme ; ils se demandent quel degré de nocivité indirecte doit entraîner une attaque informatique pour être qualifiée d’acte de guerre. Et ne parlent-ils pas des « infrastructures vitales » ? Une opération financière, dans ses effets les plus pervers, va peut-être appauvrir un pays ou une population avec pour résultat final une famine ou carence des moyens médicaux..., d’où morts...
....

Dans les textes officiels français, à côté de « non-létal » ou « de force intermédiaire », plus rarement « armes incapacitantes » qui correspond à une notion propre (mais à quoi l’on pourrait objecter qu’il n’y a rien de plus incapacitant que d’être mort). Le terme le plus répandu dans la littérature stratégique est pourtant « Armes Non Létales » que nous utiliserons par son acronyme ANL.
Mais ce débat sémantique n’est rien en comparaison de celui qui s’est déroulé aux États-Unis. L’imagination verbale et le goût des acronymes ont toujours fleuri au DOD (Department of Defense), dans les « law enforcment agencies » (les institutions de maintien de l’ordre), et dans les think tanks qui s’occupent de questions de stratégie et d’armement.
Résultat, tout ce monde parle de « Soft kill, mission kill, life conserving, no collateral damages munitions (LCDMs), non injurious incapacitation, disabling munitions (DMs) , bloodless, less than letal weapons (LLWs), non lethal disabling technologies (NLDTs), non lethal weapons (NLWs).

En fait, derrière la notion de “ne pas tuer” se dissimulent plusieurs finalités des ANL, chacun insistant suivant le cas sur l’une ou l’autre
- freiner, faire reculer, disperser des foules ou des groupes hostiles en évitant un bain de sang
- handicaper un individu hostile, le rendre incapable d’agir, le temps de le désarmer ou de l’arrêter
- éviter les dommages collatéraux sur des civils ou des passants, voire sur le matériel ou l’environnement, donc parfaitement cibler l’usage de la violence
- s’emparer (ou protéger) une zone précise, un bâtiment, un aéronef

Pour certaines ANL qui agissent sur le matériel et en particulier les véhicules il faudrait ajouter : paralyser les infrastructures adverses, créer du désordre et de la confusion dans l’organisation ennemie, sans faire de dégâts définitifs, ou simplement arrêter un fuyard.

....

Faut-il comprendre comme non-létal ce “qui est conçu pour ne pas tuer” ? “qui est censé ne pas tuer dans des conditions normales d’emploi” ou “ qui ne tue pratiquement pas, sauf accident rare” ? Faut-il introduire la notion de risque statistique ?

La notion de probabilité apparaît dans quelques définitions comme celle-ci “des armes conçues pour mettre hors d’état de servir le personnel, les armements, l’approvisionnement ou les équipements de telle façon que la mort ou la mise hors d’état grave ou permanente sont improbables”.

...

Pour rester dans le vocabulaire militaire, elles ne sont pas orientées vers l’attrition. L’attrition (terme qui se réfère d’abord à l’offense envers Dieu en théologie et à l’usure des matériaux en physique) consiste à user la volonté de combattre de l’adversaire en lui causant des pertes. Au contraire, l’arme non-létale ne poursuit pas la recherche d’un dommage pour lui -même (et surtout pas un dommage irréversible) mais plutôt un résultat pratique immédiat : X qui, il y a quelques secondes, était menaçant ou rebelle ne peut plus rien faire.

Nous venons de rencontrer plusieurs fois que les armes non-létales sont “incapacitantes”. Elles empêchent de faire quelque chose de fâcheux ou répréhensible (du point de vue de leur utilisateur). Elles mettent quelqu’un provisoirement hors d’état d’accomplir un acte, sans chercher à lui infliger un châtiment surtout s’il est définitif. Mais certains se demandent si elles ne s’assimilent pas alors à des instruments de torture.

La question est débattue : dans la pratique certaines armes non-létales remplissent leur fonction (essentiellement immobiliser) en infligeant une souffrance (sensation de nausée ou de brûlure, suffocation), certains la qualifieront d’inhumaine ou d’insupportable. Pourtant le but n’est pas, comme dans la Question d’antan, d’infliger la plus grande souffrance possible à quelqu’un qui est réduit préalablement à l’impuissance, mais le moins de souffrance possible tout lui interdisant d’accomplir une action (courir, frapper...).

Résumons les caractéristiques idéales de l’ANL

- incapacitant si possible sur le champ
- avec des effets temporaires et réversibles (au moins en principe)
- offrant une alternative à l’usage d’une force supérieure et potentiellement mortelle
Mais aussi :
- utilisable dans une situation où il y a à recourir à la force, mais dans un environnement humain qu’il faut épargner, ou encore dans une situation confuse, bref là où des armes discriminantes sont de rigueur.



 Commander le livre
 Imprimer cette page