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Obama et les symboles de l'après 20 Janvier
L’obamania ou plutôt le « globamisme » est une idéologie planétaire qui  procède par incantation (Oui, nous pouvons), par invocation (le changement, l'altérité,  la diversité), et par indignation (fini le temps de l’horrible Bush, le « good guy » a gagné). Il connaîtra sans doute son apogée le 20 janvier prochain lors des cérémonies d’intronisation du nouveau président où ne manqueront ni le spectacle, ni les vedettes, ni l’argent. Il n’est pas besoin d’être un grand expert pour prédire que le risque de déception est grand pour des millions de partisans du nouveau président (surtout dans notre pays où le globamisme est considéré à tort comme une forme particulièrement seyante de progressisme modéré). Même si aucun homme raisonnable ne songe à s’en réjouir, et quelles que soient ses capacités personnelles, le nouveau président ne peut être à la hauteur des espérances qui ont été placées sur lui. Les raisons en sont connues  : la très faible marge de manœuvre que lui laissent les circonstances, notamment en économie, son orientation pragmatique (dont témoignent les nominations annoncées). Mais aussi l’impossibilité ou il risque de se trouver de faire certains des gestes symboliques que l’on attendait de lui. Nous en prendrons deux exemples  : la situation au proche Orient et Guantanamo.

Personne ne sait quelle sera la  situation de la bande de Gaza le 21 janvier au matin, si Tsahal se sera retirée après une expédition punitive même très sanglante, si elle s’enlisera face à un Hamas capable d’égaler les exploits du Hezbollah au Liban sud, si le conflit se sera étendu ailleurs, qui sera sur le point de remporter les prochaines élections israéliennes du 10 Février, dans quel état sera l’autorité palestinienne et qui sera en mesure de négocier avec qui. Mais, dans tous les cas, le nouveau président qui comptait avoir un peu de temps pour s’attaquer au dossier devra envoyer des signaux sans ambiguïté sur sa stratégie dans la région.

Or, jusqu’à présent, ils ne sont pas d’une clarté aveuglante, d’autant que l’équipe Obama maintient officiellement la ligne « un seul président à la fois » et prend le prétexte de ne pas gêner G. W. Bush pour s’en tenir à des propos vagues. Ainsi son conseiller et « spin doctor » David Axelrod déclarait  : "Manifestement, la situation est devenue encore plus compliquée au cours des deux derniers jours et des dernières semaines (...) Mais c'est une chose (la paix) pour laquelle il est déterminé" à oeuvrer... Difficile de contredire de tels propos. Mais le choix d’Hilary Clinton qui n’est pas exactement une amie des Palestiniens pour le secrétariat d’État ou les déclarations d’Obama sur le statut de Jérusalem devant l’AIPAC think tank pro-israélien ne laissent guère augurer d’un vrai changement de relations entre les USA et l’État hébreu (du reste, le porte-parole d’Obama vient de réaffirmer son attachement à cette relations privilégiée).



Quant à la fermeture du camp de Guantanamo, tout le monde la souhaite (MC Cain l’avait inscrite à son programme et même G W Bush avait affirmé en 2006 qu’il faudrait le fermer et juger aux moins certains détenus sur le sol américain). Ou plutôt, personne n’est vraiment contre la fin de la désastreuse expérience  : la détention de présumés terroristes non jugés, considérés comme « combattants illégaux », non protégés par la convention de Genève et enfermés dans les conditions que l’on sait sur un territoire qui , théoriquement n’est pas soumis à la législation américaine. Que ce soit pour des raisons juridico-morales (les nombreux scandales et les accusations de torture et d’atteinte aux droits de l’homme) ou pour des raisons politiques (le désir de faire cesser une situation qui nourrit l’antiaméricanisme sans se justifier par la qualité des renseignements obtenus des prisonniers), Obama a vraiment intérêt à tenir sa promesse et le souhaite sans doute très sincèrement. Le problème est celui du comment.

Première question  : si l’on ferme le camp, que faire des détenus  ? Continuer à interroger ceux qui n’ont pas donné d’informations valables en sept ans ne semble pas très productif. Il faut donc envisager de libérer les lampistes et de juger les gens dangereux. Certes  !

Mais où renvoyer les premiers  ? Dans leur pays d’origine  ? Où ils seront éventuellement emprisonnés, torturés ou exécutés  ? Qu’arriverait-il, par exemple, aux cent prisonnier yéménites une fois rentrés chez eux  ? sinon ou les renvoyer  ? à quel pays ami passer la patate chaude  ?

Mais les autres  ? qui les jugera  ? lesquels seront trop dangereux pour être relâchés  ? lesquels seront présentables devant une cour US  ? quels actes d’instruction (quels aveux éventuellement obtenus sous la torture, par exemple) tiendront le coup devant un tribunal  ? militaire ou civil, au fait  ? et que faire à l’avenir des futurs prisonniers, si Guantanamo est fermé  ? faut-il les amener immédiatement sur le sol US et comment  ?



Faute de résoudre ces questions, les autorités américaines risquent de se retrouver   avec  :

- d’ancien détenus livrés à des bourreaux qui les attendent chez eux

- d’autres rendus à la liberté et ayant toutes les raisons de devenir vraiment terroristes une fois au pays

- des détenus présentés devant des tribunaux mais dans un tel état physique ou mental qu’ils ne pourront être condamnés et qu’ils serviront de preuve vivante de la honte de Guantanamo

- des responsables terroristes qui, avec l’aide de bons avocats, ridiculiseront l’instruction menée contre eux et qu’il faudra bien relâcher en sachant qu’ils vont recommencer. L’expérience des procès déjà en cours devant des tribunaux spéciaux (dont un qui a rendu son jugement contre le « chauffeur de ben Laden ») ne suggère pas forcément que les condamnations seraient automatiques ou très lourdres.

- d’autres qui voudront bien reconnaître leur culpabilité, réclameront la peine de mort, transformeront leur procès en tribune et se prépareront au martyr devant les caméras

- dernière catégorie dont il faut envisager l’existence  : des « procéduriers », c’est-à-dire des détenus qui profiteront de toutes les failles du système juridique américain - éventuellement aidés d’avocats cherchant la publicité - pour jouer la montre, chercher les incidents de procédure, voire, pourquoi pas, demander des dommages et intérêts.

 L’auteur de ces lignes n’a que de très vagues souvenirs de droit constitutionnel américain, mais il est prêt à parier qu’un détenu ayant déjà contesté sa qualification devant des  Tribunaux d'examen du statut d'ennemi combattant (déclarés inconstitutionnels depuis 2005), arguant qu’il a été torturé, n’a pas eu connaissances des chefs retenus contre lui, n’a pas été assisté d’un avocat, etc. etc. et qui attaquerait les conditions de sa détentions sous « Executive Order » du Président pourrait, s’il était bien conseillé, déclencher un bon procès fleuve de quelques années.



Nul ne doute que l’équipe juridique d’Obama ne soit en train de chercher des solutions à ces problèmes.

Mais la perspective d’une fermeture immédiate de Guantanamo s’éloigne, comme celle d’un acte fort au Proche-Orient.

Et les actes symboliques sont souvent ceux qui comptent le plus.





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