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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Les terroristes de Bombay et la piste pakistanaise
Comment des terroristes censés appartenir à un groupe inconnu peuvent ils mener une opération qui dure plus de 48 heures, frapper une dizaine d’objectifs simultanément dans une ville comme Bombay, tuer près de 200 personnes et mettre en échec l’armée et la police indienne  ? tout cela sans s’être fait repérer, en débarquant par la mer en secret, en ayant caché tout le matériel nécessaire, après avoir parfaitement repéré les lieux, en sachant utiliser des armes lourdes, en se coordonnant et s’informant minute par minute  ? On pourrait continuer longtemps la liste des « performances » de ce groupe dont on dit maintenant qu’ils était composé de dix personnes, des exploits de commandos qui sembleraient exagéré dans un film de Bruce Willis.
Outre que les responsables du « 11 septembre indien » pourraient avoir été un petit peu plus nombreux et avoir un peu plus de complicités, il est difficile de douter de la qualité de leur préparation et de leur entraînement.
Pour expliquer cette surprenante réussite les autorités indiennes ont déjà pointé vers l’ennemi traditionnel le Pakistan. Le ministre des affaires étrangères indien, Pranab Mukherjee, le dit explicitement. Mais de quoi exactement serait responsable le Pakistan dans cette affaire  ? D’avoir laissé prospérer Lashkar-e-Taïba, groupe basé au Cachemire côté pakistanais, que Russes et Américains s’accordent à pointer comme véritable coupable (sous le masque d’un groupe islamiste supposé du Deccan)  ? L’affiliation de ces islamiste basés au Pakistan à al Qaïda ne fait de doute pour personne et il est maintenant question des « camps d’entraînement d’al Qaïda » à la frontière indo-pakistanaise. Le Pakistan serait-il responsable d’avoir aidé ce groupe au Cachemire ? D’avoir directement commandité l’action de Bombay  ? et qui au fait  au Pakistan  ? L’ISI dans son ensemble, le service secret connu pour ses sympathies islamistes  ? Ses éléments « durs » que l’actuel pouvoir pakistanais semblait avoir commencé à chasser  ? Faudrait-il, au contraire, chercher les responsables plus haut à Islamabad  ? On imagine qu’il n’est pas facile de répondre à ces questions, surtout dans l’état de décomposition actuel du Pakistan.

De ce point de vue, le débat médiatique pour savoir si les terroristes de Bombay ont suivi le modus operandi d’al Qaïda est un peu surréaliste. D’abord parce que la méthode d’al Qaïda, ou des groupes qui s’en réclament, c’est l’innovation perpétuelle  : voiture piégée, attaque par mer, détournement d’avion, bombes dans les transports publics... Ils ont à peu près tout essayé. Alors pourquoi pas une attaque simultanée avec armes automatiques et prise d’otages  ?
Ensuite parce que le Lashkar-e-Taïba, alias "l'armée des pieux" fondée il y a une quinzaine d'année, déjà soupçonnée d’avoir mené l’attaque des islamistes contre le Parlement indien en 2001 semble capable de mener des opérations de ce type, tout en entretenant des liens très lâches avec la structure centrale d’al Qaïda. Personne ne pense vraiment que les terroristes communiquaient avec ben Laden sur leur Blackberrys et que l’opération a été planifiée par des arabes salafistes quelque part dans les zones tribales comme le onze septembre avait été planifié par la « direction ».

Quelles leçons (très provisoires) retenir en l’état (très imparfait) de notre information  ?

-La relativité de la perception médiatique. Les événements de Bombay devraient nous rappeler que le problème terroriste n’est pas un monopole du moyen-Orient et que le sous-continent indien en souffre peut-être davantage. Cela ne date pas d’hier. Pour la petite histoire, on notera que le même jour que les attaques de Bombay, le même nombre de gens (200 environ) étaient massacrés dans le même temps dans un autre conflit religieux et sans que les médias en fassent leur gros titre. Les victimes des affrontements entre musulmans et chrétiens au Nigéria (nombre qui s'est encore accru depuis) n’intéressent visiblement personne.
- La technique de prises d’otage multiples et de dispersion des attaques sur une même ville employée par les supposés Lashkars est redoutable. Cela fait réfléchir beaucoup de monde à commencer par les services français qui se préparent déjà à un scénario de ce type.
- Le débat sur le « déclin d’al Qaïda » est peut être passablement dépassé  : la capacité offensive de divers groupes islamistes à travers le monde reste intacte, quelle que soit leur allégeance purement formelle à « l’émir». Et c’est cela qui compte.
- À supposer même que l’Inde et le Pakistan ne se soient pas redéclaré la guerre entre temps, Barack Obama a un énorme problème le 21 janvier 2009 au matin. Le pouvoir ou l’absence de pouvoir à Islamabad. Si le nouveau président a très justement pointé l’importance du problème afghan et a non moins judicieusement suggéré que sa solution, comme pour l’Irak, se trouve au Pakistan, un bon diagnostic ne fait pas une bonne ordonnance. Si quelqu’un sait comment il faut gérer un pays qui a la bombe atomique et pas d’État véritable, il est demandé d’urgence à la Maison Blanche.



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