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Obama : les fabriques de l'espérance
Soft Obama



L'anthologie des textes sur l'élection d'Obama publiés sur ce site

SOFT OBAMA

Si un lexicographe analysait les millions de mots qui déferlent sur les médias en plein orgasme obamaniaque, il classerait sans doute comme les plus fréquents et significatifs : espoir, changement, diversité, modernité, rêve américain… De leur côté, les Américains qui font la fête, des ghettos jusqu’à Wall Street, sont sincèrement persuadés que « le monde va de nouveau nous aimer », comme si leur choix leur restituait une innocence perdue et rendait au pays l’attraction qu’il n’aurait jamais dû perdre.
Ils auront d’ailleurs raison pendant quelques semaines ou quelques mois, le temps d’un état de grâce planétaire que pourraient entretenir déclarations ou gestes symboliques, comme la fermeture de la prison de Guantanamo ou le retour de quelques boys.
Parmi les admirateurs européens d’Obama, il en est sans doute qui découvriront à propos du Moyen-Orient, de la présence de l’Otan en Afghanistan ou de l’Iran, que l’élu de leur cœur n’est pas tout à fait sur la ligne qu’ils espéraient. Et qu’il demandera beaucoup à des alliés qui n’auront plus à lui opposer la litanie des fautes originelles de Bush (guerre d’Irak, refus de signer le protocole de Kyoto, unilatéralisme…).
Pour le dire en termes plus galants, les politologues s’interrogent sur le retour du « soft power » américain (les méthodes « hard » chères aux néo-conservateurs ayant échoué avec une évidence difficile à contester). Mais au fait qu’est-ce que le soft power ?
On peut trouver des ancêtres à l’idée formulée dans les années Clinton : la guerre « pour le cœur et l’esprit » de toutes les Nations engagée par Woodrow Wilson, ou la « diplomatie publique » chère à Eisenhower, cette action internationale de promotion des États-unis et de l’idéologie occidentale libérale par médias interposés qui fut si typique de la guerre froide. Mais quand le doyen Joseph Nye formule pour la première fois le concept de soft power en 1991 dans un livre au titre significatif (Bound to lead), il a quelque chose de plus précis en tête et qui suppose le rayonnement du modèle politique, économique, culturel et technologique des U.S.A. Il s'agit d'amener le reste du monde à partager leur point de vue, sans recourir à la carotte ni au bâton. Par un savant dosage de l’attraction (l’image des USA et notamment sa culture), de la persuasion (par la conversion à ses valeurs politiques) et enfin d’une action diplomatique où la recherche de la légitimité et du soutien des autres États tient une grande part.
Cette politique s'appuie sur la capacité de doser aide et négociation, incitation et coopération jusqu’à amener d’autres États à coopérer avec les USA, moitié sous la pression de leur opinion convertie aux valeurs US moitié sous l’incitation d’une diplomatie US soucieuse des formes et des susceptibilités. Dans son esprit, le tout coïncide peu ou prou avec le sens de l'histoire où les USA jouent une fonction avant-gardiste. Ainsi pour Nye «La bonne nouvelle est que les tendances sociales de l'âge de l'information globale contribuent à façonner un monde qui sera davantage en sympathie avec les valeurs américaines à long terme.» . En somme, être moderne, branché et « global » impliquait d’être proaméricain.
Depuis, la façon de penser la politique extérieure comme un dosage entre soft et hard power, entre l'attractif et le coercitif, est depuis devenue un lieu commun du débat politique outre-Atlantique. Il serait, du reste, caricatural d'assimiler soft à démocrate et hard à républicain : Nye lui-même insiste sur le fait que les nécessités du temps exigent un mélange des deux, et il baptise «smart power» l'heureux mélange. Et sur ce point, Obama pourrait être son disciple.
Soyons clairs : dans soft power, il y a pouvoir (au sens le plus classique : la probabilité d'obtenir d'autrui un comportement conforme à vos désirs). Sa pratique consiste moins à être sympathique et «respectueux» (des diversités, de l'écologie, des sensibilités, des cultures…) qu'à être efficace en économisant les moyens de la puissance. Ce pourrait bien être l'art de faire coïncider les intérêts des USA avec les désirs des autres, au sens où l'idéologie est la représentation mentale d'une position et d'intérêts particuliers sous forme de vérités universelles..
Cela marche souvent. Rappelons-nous le discours du président Sarkozy devant le Congrès US le 7 novembre 2007 : « Dans l'imaginaire de ma génération, il y a la conquête de l'Ouest et Hollywood. Il y a Elvis Presley, qu'on n'a peut-être pas l'habitude de citer dans ces murs, mais, pour ma génération, il est universel ! Il y a Duke Ellington, il y a Hemingway. Il y a John Wayne, il y a Charlton Heston. Il y a Marilyn Monroe, Rita Hayworth. Il y a aussi Armstrong, Aldrin, Collins réalisant le plus vieux rêve de l'Homme le jour où des Américains ont marché sur la lune, l'Amérique était universelle et chacun voulait être de cette aventure. »
Notre président qui a lui-même présenté Obama comme « son copain » pourrait donc être un des plus réceptifs à cette politique. Et il ne sera pas le seul.
Obama le grand communicateur s’est montré exceptionnellement brillant pour incarner et attirer. Mais la politique étrangère ne consiste pas seulement à conquérir des « territoires mentaux », elle suppose aussi de trancher et d’agir contre. Il se pourrait que les temps soient un peu durs pour une politique soft.



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