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Monsieur Plus, Monsieur Moins et Jo le Plombier
Le dernier débat entre Mc Cain et Obama

Quand s'ouvre le débat du 15 Octobre, Mc Cain se trouve confronté à un problème : comment se dissocier de G.W. Bush et comment éviter d'apparaître comme "l'homme en colère" qui attaque faute de proposer ? Et surtout comment le faire sans désappointer une part de son propre électorat ? Pour Obama qui fait la course en tête, le but est plus simple : rassurer, rassurer, recentrer.

Disposés cette fois non pas derrière le traditionnels pupitres où l'on se tient debout, mais assis en triangle avec l'animateur, les deux concurrents ont tenu leur rôle, se parlant surtout indirectement.

Du reste, dans les débats précédents MC Cain avait tendance à parler de son adversaire à la troisième personne et Obama à interpeller "John".

Ayant tout deux milité pour le plan Paulson, ils devaient marquer leur différence au cours d'une discussion centrée sur les solutions économiques. La discussion rythmée par la règle du jeu (une question de l'animateur, une réponse de chacun, une discussion de deux minutes, une question de l'animateur....) a très vite viré au concours de baisse d'impôts (une promesse dont on peut douter en ces temps où l'État US rachète et subventionne à tout va).

Toujours très "Amérique profonde", McCain explique qu'il comprend la colère justifiée de ceux qui croyaient au rêve américain et qui ont été trompés ; il dit pourquoi son plan permettra à chacun d'avoir sa maison. Obama tape sur le clou : il est le candidat de la classe moyenne, de ceux qui gagnent moins de 250.000 dollars par an ; son plan réduira les impôts pour 95% des contribuables.

Tous deux jouent la carte du changement et revient l'inévitable thème de Bush III :" je ne suis pas le président Bush. Si vous vouliez vous opposer au président Bush, il fallait vous présenter il y a quatre ans» dit l'un. "Si je confonds par erreur votre politique et celle de George Bush" réplique l'autre, c'est que vous l'avez toujours soutenu.

À partir de là, les rôles sont fixés. Les candidats ont visiblement assimilé les techniques du "storytelling" (soyez concrets, racontez des cas vécus, présentez des personnages auxquels les électeurs peuvent s'identifier).
Si bien que la vedette devient "Jo le plombier", un Américain moyen, Mr. Wurzelbacher, qui a interpellé Obama dans un de ses meetings.
Pour McCain qui s'adresse directement à lui en regardant la caméra, ce malheureux petit patron indécis et inquiet (exactement la cible du débat) ne pourra jamais réaliser son "rêve américain" puisque le plan Obama lui prendra son argent pour mal le répartir. Pour Obama, c'est le plan McCain, fait pour les plus riches, qui ruinera le pauvre Jo.

Mc Cain essaye de démontrer qu'Obama (qui "ne dit pas la vérité aux Américains") propose des solutions bureaucratiques et inefficaces, que c'est un marchand de rêve. Obama répète que son adversaire est dans la même ligne que Bush et que sa politique ne profitera qu'aux riches.

Le même schéma resservira pour la discussion sur la couverture de santé : revoilà Jo le plombier. Obama promet de le protéger alors que la santé maintenant est réservée aux riches, Mc Cain veut lui laisser la liberté de choisir son système de protection et critique la politique de répartition systématique...

Le pétrole ? Forer plus ou forer moins ? Plus ou moins d'énergies alternatives ? Les candidats restent chacun dans leur rôle tout en affirmant poursuivre le même objectif sur le fond. Il ne pouvait pas y avoir de surprise, il n'y en a pas eu.

Mais derrière cette compétition pour rassurer Jo s'en déroulait une autre : celle qui visait à faire passer l'adversaire pour l'agresseur. Là aussi, c'est une concours. Qui a fait le plus de "negative ads", ces spots télévisés typiques des campagnes américaines, où un des candidats s'en prend au programme et souvent à la personne de l'adversaire, souvent pour le montrer comme ridicule ou inquiétant. Pour McCain jamais personne - et il dit pouvoir le prouver - n'a fait autant de "negative ads" que l'autre. Pour Obama, c'est le Républicain qui en a fait trois fois plus que lui. : "John, 100% de vos annonces sont négatives.". McCain regrette que son adversaire ait refusé de s'asseoir à la même table plus que lui pour établir les règles financières de la campagne. Plus modéré que moi, tu meurs...

La bagarre pour démontrer que c'est l'autre qui se bagarre prend de l'ampleur. On a crié "tuez le" dans les meetings de McCain, on a traité Obama de terroriste, Palin met de l'huile sur le feu. Mc Cain se défend : il a désavoué tous les excès de se partisans. Au tour d'Obama : il y a des T-shirts insultants dans ses meetings, il a caricaturé la position de Mc Cain sur l'immigration. Et d'ailleurs, a-t-il désavoué les propos du démocrate John Lewis accusant le ticket républicain de semer la haine comme au temps de la lutte pour les droits civiques et le comparant aux gouverneur Wallace ? Oui il a désavoué.

Et Ayers ? Cet ancien "Weather Man" qui avait voulu faire sauter le Capitole, et avec qui Obama a travaillé à Chicago. Réponse : "Il y a quarante ans, quand j'avais huit ans, il a commis des actes méprisables avec un groupe radical. J'ai condamné ces actes".

Qui est Monsieur plus d'impôts ? Qui est Monsieur Moins d'attaques personnelles ? Qui est le plus rassurant et le plus calme ? Qui a le plus désavoué ? Sourires, poignées de main, accolades... Jo tranchera.

Réponse, assez prévisible, dans moins de trois semaines.

 Le débat intégral en vidéo
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